1-Depuis quand vous avez constaté le problème de fausses informations sur la Chine circulées en France ? Comment la situation s’est évoluée ? et jusqu’en vous amenant à coéditer La Chine sans œillères avec Maxime Vivas ?

En France, les médias ne supportent pas la publication d’ouvrages qui portent un regard ouvert et exprime le souci de comprendre la Chine, pays qui mérite le respect pour la contribution de son peuple à l’histoire humaine. Il n’est même pas nécessaire que l’auteur se manifeste en faveur de la Chine pour déchaîner les insultes : il suffit qu’il soit soupçonné de dire la vérité. Peu importe ce qu’il écrit, il est suspect.

C’est le cas, avec les attaques infamantes et calomnieuses contre mon ami Maxime Vivas. Celles-ci contreviennent aux prescriptions de la Charte des journalistes. Elles sont des atteintes à la liberté d’expression. Elles nuisent à l’image du métier de journaliste et contribuent à une perte inquiétante de tout esprit critique, ce qui est nécessaire au débat d’idées, mais pourtant elles se poursuivent, et même s’intensifient.

Il y a, je crois plusieurs causes à cette situation déplorable qui déshonore un pays comme le nôtre que tant de Chinois admirent et aiment.

Il y a d’abord dans ces comportements, de la servilité à l’égard des Etats-Unis et une adhésion inconditionnelle à cette mentalité de guerre froide que Washington a provoquée à l’égard de la Chine. On vient de le voir ces jours-ci à travers un document sans preuves fiables fabriqué par un Institut militaire français de recherche stratégique lié à l’OTAN sur ce que serait les supposées ambitions secrètes et dominatrices de votre pays. C’est caricatural et c’est inexcusable. Imaginons l’inverse, que dirait la France ?

Ceci n’est pas indifférent également au fait que notre pays et il n’est pas le seul a un lourd passé colonial qui a influencé et influence toujours le comportement de ses élites comme de ses médias. Déjà, au 19e siècle, avec la seconde guerre de l’opium, les actes de vandalisme des armées françaises et britanniques en Chine ont conduit à imposer « les traités inégaux » par la force et donc par des destructions innombrables dont une des merveilles du monde, le Palais d’été à Pékin (Yiéyuan), et aussi par des pillages, des massacres. Ces humiliations n’ont jamais suscité ni repentance, ni réparation pour l’incroyable préjudice causé à la Chine et à son peuple. Je fais ce rappel historique, car la bourgeoisie française d’hier comme celle d’aujourd’hui n’accepte jamais de se remettre en question. Elle continue avec arrogance à revendiquer un passé qui pourtant est étranger aux valeurs qu’en principe nous prétendons défendre.

Mais il y a une autre raison ! Médias et politiciens manifestent en continu de l’hostilité à l’égard de la Chine parce que la cupidité, la convoitise, l’arrogance occidentale ne supporte pas l’idée qu’un pays de 1,5 milliards d’habitants se soit arrachée au sous- développement, à la pauvreté, qu’il s’est libéré de la tutelle oppressante des anciennes puissances coloniales. Tout cela alors que les sociétés occidentales au premier rang desquelles les USA et la France connaissent un déclin difficilement contestable, une violence et une polarisation extrême de leurs sociétés.

Récemment, j’ai noté avec un certain amusement les commentaires de Jack Sullivan le principal conseiller de Joe Biden pour la sécurité nationale. Il remarquait :” qu’il fallait s’interroger pourquoi beaucoup trop de gens pensent que la méthode pour résoudre le problème de la pandémie de covid 19 est autrement plus efficace en Chine que les préconisations libérales aux Etats-Unis”. Cet aveu d’impuissance est significatif à mes yeux !

Pourtant, les résultats de votre pays sont incontestables dans tous les domaines et démontrent la vitalité et l’efficacité des choix politiques qui sont les siens pour avancer dans la construction d’une société socialiste moderne. Ses progrès ne tombent pas du ciel, ils prennent appui sur l’unité, la cohésion, le travail et la défense intransigeante de principes comme ceux de souveraineté, d’indépendance, de dignité, d’égalité et de libre choix. Pourquoi ne pas chercher à comprendre et à partager la fierté du peuple chinois devant l’œuvre titanesque qu’il a réalisée depuis que le Président Mao Zedong avait proclamé en 1949 ”nous les 475 millions de Chinois, nous nous sommes levés et notre avenir est infiniment lumineux.”

Ce sont toutes ces raisons et ces constats qui nous ont conduits avec Maxime Vivas à prendre l’initiative de ce livre “La Chine sans œillères”. Nous avons souhaité qu’il soit un livre pro vérité et non pas un livre en faveur d’un modèle. Cette préoccupation était partagée par les 17 intellectuels de disciplines et de sensibilités différentes des 5 continents que nous avons sollicités. A la question de se rendre efficace dans ce combat pour la clarté et la vérité, tous et toutes ont donné leur accord avec raison et enthousiasme.

2-Comment vous avez identifié et réuni tous ces auteurs brillants qui ont chacun donné une enquête approfondie dans leur domaine spécialisé pour éclairer et compléter la compréhension du public occidental sur la Chine ?

Dans le contexte de la crise systémique du capitalisme que nous connaissons internationalement, il faut se féliciter qu’un grand nombre d’hommes et de femmes de culture continuent à avoir un regard neuf et sans préjugés sur la Chine comme sur le monde. Notre livre en est, je crois l’illustration. Nous avons voulu dès le départ souhaité que tous et toutes s’expriment sans contraintes. Notre choix s’est porté sur des auteurs qui dans leur travail, souvent dans d’autres ouvrages ont pour qualité première de chercher à comprendre et à faire partager une idée simple : ce qui se passe en Chine, ce pays continent à la civilisation cinq fois millénaire, nous concerne tous. Ils se sont déclarés disponibles et ouverts au partage de leurs connaissances, de leurs visions et de leurs expériences.

Certains d’entre eux ont eu le privilège de séjourner et résider dans votre pays, certains l’ont visité à plusieurs reprises, ont participé à des conférences universitaires, y sont allés pour des raisons professionnelles, parfois même pour des raisons syndicales ou politiques et aussi pour des motivations privées. Je serai donc tenté de dire que ce sont des gens d’une grande diversité qui savent de quoi ils parlent. Pour chacun, ces rencontres avec la Chine, ont souvent marqué leur vie. C’est mon cas et cela est vrai aussi pour ceux qui se sont exprimés dans ce livre avec modestie à travers leurs sensibilités, leur vécu, leurs convictions sociales et politiques et les fonctions qui sont les leurs.

Comme vous l’avez noté, les auteurs que nous avons sollicités représentent un éventail très large. À moins de faire preuve d’un esprit partisan, on ne saurait pas mettre en doute leur sincérité autant que leur compétence. Dans cet ouvrage s’expriment des économistes, des historiens, des diplomates, des syndicalistes, de hauts fonctionnaires, des journalistes de différentes sensibilités, une médecin. Curieux et attentifs sur tout ce qui a un rapport avec la Chine, ils ont en commun de refuser la propagande malsaine de ces commentateurs et pseudo-experts sans talent très souvent ignorants qui peuplent les salles de rédaction de trop nombreux medias.

C’est pourquoi en prenant cette initiative afin de nous exprimer collectivement et dans le respect des opinions de chacun, je dirai que nous avons fait de ce travail avec le professionnalisme de notre éditeur Delga quelque chose d’utile et non partisan pour le public français autant que pour le public chinois. Ce livre, qui se veut pédagogique, est aussi un trait d’union en faveur d’une approche intelligente, respectueuse et civilisé de relations entre nos deux peuples.

3-Pourquoi vous avez choisi le sujet de Hong Kong ? Vous avez été un observateur attentif de cette région depuis longtemps ?

Hong Kong (Huenguong) avec la rivière des perles et sa baie de Kowloon est sans doute une des plus impressionnantes portes d’entrée de la Chine. Hong Kong est et demeure en Chine, n’en déplaise à ceux qui continuent à interpréter hypocritement la décision “d’un pays deux systèmes”. Cet accord conclu entre la Chine et l’ancienne puissance coloniale il y a presque 25 ans suppose le respect et doit écarter résolument toute interférence ou ingérence, a fortiori pour des raisons qui n’ont rien à voir avec les intérêts de la population de cette grande métropole inséparable de ce qui est sa mère patrie.

Les événements que l’on a connus dans la presqu’île ont fait l’objet d’une intense campagne médiatique contre la Chine. On a même cherché à internationaliser ces tensions, et faire de Hong Kong une espèce de Cheval de Troie à utiliser pour déstabiliser la Chine. Les apprentis sorciers ont été mis en échec par le sang-froid et la patience des institutions locales nationales et par les citoyens de Hong Kong eux-mêmes.

Cette situation impliquait de faire la clarté et d’expliquer les causes politiques véritables de cette situation dangereuse. Comme ancien dirigeant syndical, j’ai eu à connaître Hong Kong et en particulier son pluralisme syndical, il m’a donc semblé nécessaire d’apporter mon témoignage en plusieurs occasions, ce que j’ai fait, d’autant que de nombreuses déclarations cherchaient à abuser l’opinion. Les mêmes ont une mémoire sélective et ont oublié très vite la répression d’une grande violence décidé par le Gouverneur Britannique en 1967 contre des travailleurs en grève pour des revendications sociales et qui avaient entraîné des dizaines de morts, des centaines de blessés, des milliers d’arrestations et des condamnations très sévères.

Il ne s’agit pas de fermer les yeux sur les problèmes de Hong Kong, ils sont réels : Hong Kong est une des villes les plus chères du monde et depuis plusieurs années son influence économique a décru. Il faut connaître ce que sont souvent les conditions de vie et de travail dans cette immense mégapole. Il faut faire l’effort de s’informer sur l’existence précaire de gens qui vivent à Hong Kong dans les immenses bidonvilles de Kowloon, de ShamShui Po ou Kwun Tong pendant que le marché de l’immobilier se partage entre quatre conglomérats. Ces problèmes qui affectent la vie locale et les inégalités qui en découlent ont pour cause le libéralisme sauvage et la corruption qui ont trop longtemps dominé Hong Kong. Ceux qui en jouissent et qui veulent conserver leurs privilèges sont les mêmes qui craignent les réformes et les changements.

Ces individus sont ceux que l’on présente abusivement de “pro démocratie” quand en fait, ils sont des profiteurs aux relations complices avec l’establishment politicien nord-américain, britannique et occidental. Hong Kong mérite mieux que ces personnages corrompus. En comblant un vide législatif l’Assemblée nationale Populaire de Chine a assumé ses responsabilités d’Etat en charge d’une ville qui aura à réaliser sa transition définitive le moment venu. C’est là un droit inaliénable. Au vu de l’évolution de la situation locale, il me semble évident que la population de Hong Kong a compris et su tirer toutes les conséquences. D’ailleurs, j’ai noté que les instigateurs des troubles ont annoncé récemment l’auto dissolution de leurs organisations.

4- Pouvez-vous raconter un peu vos rapports avec la Chine ? Par exemple, voyages en Chine, lectures sur la Chine, etc. Pourquoi vous avez un intérêt particulier sur ce pays ?

J’avouerai que je suis d’abord curieux et qu’ensuite comme disait le philosophe “je sais que je ne sais rien” ! Personnellement et depuis mon enfance la Chine m’a toujours intrigué, fasciné. Dans mon adolescence avec les voyages de Marco Polo, puis plus tard à travers mes lectures en particulier celles de Victor Segalen, d’André Malraux, Han Suyin, Edgar Snow, Alexandra David-Neel, ou les films de Joris Ivens et Marceline Lauridan et d’autres. Au début des années 70 et à cause de mon intérêt pour l’histoire de l’art, je me suis intéressé aux interventions et causeries sur la littérature et l’art que le Président Mao Zedong avait données en 1942 à Yan’an. À cette époque, je contribuais aux activités de l’Association des amitiés franco-chinoise, mais c’est surtout quand j’ai exercé des responsabilités syndicales et politiques nationales comme membre du Comité Central du Parti Communiste Français de l’époque et aussi comme responsable du département international de la CGT, la plus ancienne confédération syndicale française, que je me suis engagé en faveur du développement de nos relations avec le mouvement ouvrier de votre pays en particulier avec la Fédération des Syndicats de Chine.

À cette époque, nos deux organisations ont fait le choix ensemble de redynamiser celles-ci, et j’ai été chargé de ce travail pour la partie française. Cela a produit très vite des résultats importants, utiles pour nos syndicats. Cela s’est concrétisé à travers des jumelages des syndicats de grandes régions comme celle de Paris avec celle de Beijing, ou celle de Lyon avec Shangaï , ou encore à travers des programmes de formation syndicale communs. D’une manière plus générale en partageant nos expériences sur les pratiques sociales des sociétés multinationales françaises présentes en Chine. C’est ce qui m’a permis de me rendre plusieurs fois dans votre pays, mais toujours dans le cadre de missions de travail.

Voyez-vous, nos relations sont très anciennes ! Des dirigeants aussi importants pour votre pays comme Zhou Enlai ou Deng Xiaoping ont appartenu à la CGT (CGT.U) pendant leur séjour en France au début des années 1920. D’ailleurs, le camarade Deng Xiaoping a été licencié en 1923 de l’usine Hutchinson de Montargis dans la région centre de la France. Au 70e anniversaire de la Fédération des Syndicats de Chine ou j’ai eu l’honneur de représenter la CGT, j’ai offert le fac-similé de ce document historique qui contenait l’ordre donné par le patron de l’entreprise de ne pas reprendre Deng Xiaoping à cause de ses activités syndicales et politiques. Celui qui fut votre Premier ministre, Zhou Enlai, cet homme remarquable qui a tant marqué l’histoire contemporaine de la Chine et du monde travaillait chez Renault à l’usine de Billancourt et logeait dans un tout petit hôtel proche de la Place d’Italie à Paris où une plaque de marbre sur le mur de la rue rappelle aux passants qu’il avait vécu à cet endroit. J’ai donc ainsi noué avec mes homologues chinois des relations d’amitié forte et de confiance.

C’est pourquoi je n’ai pas varié et à chaque fois qu’il a été nécessaire, j’ai voulu contribuer à ce que l’on comprenne mieux la Chine et son peuple et ce que signifiait par exemple l’épopée extraordinaire de la “longue marche” conduite par le président Mao Zedong et les révolutionnaires de cette époque. Vous connaissez la célèbre fable du paysan Yukong et comment il déplaça les montagnes ! À mes yeux, sa détermination exemplaire ainsi que celle de ses fils continue à inspirer le peuple chinois et ses dirigeants actuels dont le Président Xi Jinping et c’est cela et rien d’autre qui permet à la Chine de voir son influence et son rayonnement en progrès continu. Le niveau de vie des Chinois s’améliore constamment, alors que le nôtre régresse. Nous devons même à la Chine une bonne partie de notre croissance économique. Combien de Français savent que leur emploi dépend des initiatives économiques chinoises comme celle par exemple des routes de la soie.

Dans ces conditions, pourquoi devrions-nous craindre les choix qui sont ceux d’un grand pays comme le vôtre. Les peurs surtout quand elles sont irrationnelles confortent les conservatismes. Tout au contraire, nous devrions nous féliciter de cette renaissance chinoise, car elle représente une opportunité pour le monde afin de faire progresser la raison et une autre conception des relations humaines. Par conséquent, s’en saisir devrait être la réponse correcte plutôt que d’entretenir des craintes absurdes à l’égard de la Chine en la stigmatisant de manière irresponsable.

Pour ma part, je continuerai à mener ce combat pour la clarté, la vérité, et l’amitié entre nos deux peuples. C’est pourquoi ma curiosité à l’égard de la Chine demeure intacte.





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