27 octobre 2021 à 09h27,
Mis à jour le 28 octobre 2021 à 14h58

Durée de lecture : 5 minutes

Économie
Luttes

Paris, reportage

La septième édition du Climate Finance Day devait se dérouler sans anicroche. Plusieurs centaines de professionnels de la finance s’étaient réunis, mardi 26 octobre, dans le grand auditorium du Palais Brongniart, à Paris. Pendant toute une journée, des pointures des milieux de la banque et de l’assurance devaient s’exprimer sur la manière dont la « finance à impact » pourrait créer un « meilleur futur ». Le programme de ce colloque a été bouleversé par une action menée par Les Amis de la Terre et Alternatiba. Les deux associations dénoncent le soutien massif des acteurs financiers aux énergies fossiles et le laisser-faire du gouvernement.

Peu avant 10 heures, alors que l’assemblée écoutait religieusement le discours inaugural du ministre de l’Économie Bruno Le Maire, des militants ont actionné des haut-parleurs cachés entre les sièges. Tandis que le ministre appelait les acteurs de la finance à « faire mieux » et « plus vite » en matière climatique, des alarmes ont commencé à résonner dans l’auditorium. Une voix enregistrée s’est mise à scander : « Climate emergency. Climate emergency. » (« Urgence climatique. Urgence climatique. ») Pancartes à la main, le visage recouvert de peinture noire, une dizaine d’activistes disséminés dans l’assemblée se sont ensuite levés pour crier : « Macron, Le Maire, il faut choisir, les énergies fossiles ou notre avenir ! »

Les militants écologistes au Climate Finance Day, le 26 octobre 2021. © Hortense Chauvin/Reporterre

L’action a interrompu le colloque pendant plus de deux heures. « Your finance, our lives ! » (« Votre finance, nos vies »), ont répété les militants, tandis que les organisateurs enjoignaient les invités à patienter dans une salle adjacente. Malgré les tentatives d’évacuation par les forces de sécurité, les activistes sont restés dans l’auditorium dépeuplé. « On n’est pas là pour rigoler », a lancé l’un d’entre eux à un organisateur agacé par leur présence. « Nous, c’est notre avenir qui est en jeu. » Parmi les activistes, dix ont été placés en garde à vue. Ils ont été libéré le lendemain, à midi.

« La priorité politique et climatique, c’est de stopper tout soutien financier aux énergies fossiles, a expliqué à Reporterre Lorette Philippot, chargée de campagne Finance privée aux Amis de la Terre France. Et le secteur financier français est un acteur majeur de leur expansion. » En 2020, rappelle-t-elle, la place boursière de Paris est devenue le premier financeur européen des énergies fossiles, devant celle de Londres. Depuis la signature de l’Accord de Paris en 2015, les financements accordés au charbon, au pétrole et au gaz par BNP Paribas, le Crédit agricole, la Société générale et la Banque populaire Caisse d’Épargne (BPCE) ont augmenté de 19 % par an en moyenne. « En cinq ans, 295 milliards d’euros ont été alloués aux énergies fossiles », poursuit-elle.

Les militants des Amis de la Terre et Alternatiba au Climate Finance Day, le 26 octobre 2021. © Hortense Chauvin/Reporterre

Des « engagements dérisoires »

Peu avant le début de leur action, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire avait formulé quelques promesses. Il a notamment annoncé que le gouvernement ne financerait plus les projets gaziers qui ne respectent pas les « meilleurs standards environnementaux internationaux ». Il a également rappelé l’objectif du gouvernement de mettre fin aux garanties publiques à l’export pour le pétrole et le gaz en 2025 et 2035. « Cela n’a aucun sens climatiquement, déplore Lorette Philippot. Les garanties publiques à l’export peuvent être comparées à une assurance fournie par l’État sur des projets pétroliers et gaziers. Cela revient à continuer de les subventionner jusqu’en 2035. »

L’activiste regrette que le gouvernement continue de s’en remettre au bon vouloir des acteurs financiers français, en dépit de l’urgence climatique. « L’année dernière, Bruno Le Maire avait appelé les acteurs financiers présents à cette même tribune à se doter de stratégies de sortie des pétroles et gaz non conventionnels. Un an après, les grandes banques et établissements ont pris des engagements dérisoires. Non seulement le ministre n’a pas annoncé des mesures pour les contraindre, mais il n’a même pas renouvelé cet appel, qui risque de rester lettre morte. » Exception faite de la Banque postale, qui s’est engagée le 14 octobre dernier à liquider ses 1,2 milliard d’actifs liés aux énergies fossiles, aucun acteur ne semble prêt à abandonner cette manne financière, dit-elle.

Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire au Climate Finance Day, le 26 octobre 2021. © Hortense Chauvin/Reporterre

L’action menée par Les Amis de la Terre et Alternatiba n’a pas fait l’unanimité parmi les personnes présentes. D’abord circonspects, parfois goguenards, certains participants ont fait part de leur agacement. « Il y a des invités qui ont dû annuler à cause de leurs agendas serrés, alors que des choses allaient avancer sur le secteur financier », a lâché une participante, au bord des larmes, aux activistes qui refusaient de quitter les lieux. « Il devait y avoir des annonces pour faire progresser le secteur financier, elles devront être faites plus tard dans la semaine, a commenté Pauline Becquey, directrice générale de Finance for Tomorrow, l’un des organisateurs. Nous sommes une organisation qui se veut ouverte à tout l’écosystème. Nous aurions préféré qu’un dialogue s’engage plutôt que d’avoir une telle action pendant l’évènement. »

Dans le foyer où les invités en costume-cravate pouvaient patienter autour d’un café et de viennoiseries, certains ont jugé l’action inopportune. « Tout le monde a le droit à la parole, mais il ne faut pas empêcher les gens de discuter. Là, ils ont empêché le dialogue. C’est dommage d’en arriver là », a regretté un participant travaillant pour une société créant des outils de mesure de la durabilité des portefeuilles. « Il n’y a pas que le secteur financier, il y a aussi le monde réel et toutes ses parties prenantes. Il faut les écouter aussi, a tempéré un autre. On ne fait pas de finance à impact sans prendre en compte l’intérêt collectif. »

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