Combien d’habitants de la planète seront menacés par la montée des eaux ? Des chercheurs germano-américains répondent à cette terrible question dans une nouvelle étude parue ce mardi 12 octobre dans la revue Environmental Research Letters. Les conclusions de leur rapport sont sans appel : jusqu’à un milliard de personnes pourraient être menacées par la monté des eaux sur le long terme. Ces chiffres dramatiques sont à envisager dans le cadre du pire scénario avancé par le GIEC, soit une hausse des température de 4°C. Si l’Accord de Paris pour le climat est respecté, ce serait moins d’un demi-milliard de personnes qui vivra dans une ville inondée. Quoi qu’il en soit, les scientifiques alertent : « une partie des émissions de dioxyde de carbone d’origine humaine déjà libérées restera dans l’atmosphère pendant des centaines d’années, augmentant les températures et le niveau de la mer dans le monde » de toute façon. A l’aube de la nouvelle COP prévue le mois prochain à Glasgow, les chercheurs se sont joints à l’organisation Climate central pour proposer des visualisations de nombreuses villes du globe en fonction des niveaux de réchauffement. Les images glaçantes des plus grandes métropoles sous les eaux avertissent : il est temps d’agir, et vite.

Si le GIEC prévoit une élévation du niveau de la mer de près d’un mètre d’ici la fin du siècle dans le pire scénario de réchauffement de l’atmosphère, des chercheurs allemands et américains se sont alliés pour explorer le monde d’ici 200 à 2000 ans. Dans ces prévisions sur le long terme, ils tentent de définir les conséquences d’une augmentation de la température atmosphérique selon plusieurs scénarios de réchauffement. Ainsi, si les engagements pris lors de la COP21 sont respectés, les scientifiques estiment qu’un demi-milliard de personnes se verront contraintes de vivre au sein de villes exposées régulièrement voire continuellement à des inondations de grandes envergures.

Une montée des eaux inévitable

A +2°C, c’est plus de 200 millions de personnes supplémentaires qui seront touchées par la montée des eaux. Mais pour l’heure, la planète se dirige davantage vers un réchauffement de 3 à 4°C d’ici 2100. Dans ce scénario à fortes émissions, le niveau moyen des mers pourrait s’élever de 8,9 mètres selon l’équipe scientifique, avec un milliard de personnes en proie à des inondations violentes. Dans ce dernier scénario, les habitants touchés « devraient se défendre contre des niveaux d’exposition jamais atteints (…), ou faire face à la perte partielle à quasi-totale de leur territoire », explique l’étude.

Si ces prévisions sont dramatiques et alertent sur la nécessité d’agir rapidement pour faire décroître drastiquement nos émissions, les chercheurs signalent qu’une montée du niveau des eaux du globe est toutefois inévitable. En effet, la pollution engendrée par les activités humaines depuis la révolution industrielle est déjà présente dans l’atmosphère. Le dioxyde de carbone ainsi libéré continuera de produire ses effets sur le réchauffement pendant des siècles et cela aura inévitablement un impact sur le niveau des mers et océans.

Dans un scénario ultime où l’on cesserait immédiatement toute activité polluante, l’équipe de chercheurs envisage tout de même une hausse de 1,9 mètres d’ici quelques centaines d’années : de quoi faire vivre 360 millions d’humains sous le niveau de la mer. Aujourd’hui, « la concentration actuelle de CO2 est de 50 % supérieure à celle de 1800 et la température moyenne à la surface de la Terre a augmenté de 1,1 °C. C’est suffisant pour faire monter le niveau des mers de près de deux mètres, que cela prenne deux siècles ou dix », avance ainsi Benjamin Strauss à l’AFP, l’auteur principal de l’article publié dans la revue scientifique Environmental Research Letters.

La ville de Mumbai, en Inde, se retrouvera totalement immergée par les eaux dans un scénario à +3°C. Crédits : Picturing Our Future.

Nouvelle illustration de l’inégalité climatique

Et même si chaque coin du globe sera touché, l’Asie, qui compte neuf des dix mégapoles à plus haut risque, connaîtra certainement le plus de pertes. On retrouve plus précisément la Chine en tête de liste, ainsi que l’Inde, l’Indonésie, le Vietnam et le Bangladesh. Au delà des grandes villes présentes sur le continent, de nombreuses petites nations insulaires sont gravement menacées d’une disparition totale. « Les pays plus pauvres entourés de vastes masses d’eau – qui ont contribué le moins au réchauffement climatique, y compris à l’élévation rapide du niveau de la mer – se trouvent aujourd’hui à la merci des pollueurs », avait ainsi déclaré, amer, Ronny Jumeau, l’ambassadeur des Seychelles, devant les Etats membres des Nations Unies en 2009. Dix ans plus tard, quatre îles du Golf du Bengale avaient déjà été englouties par les eaux, alors que des dizaines d’autres sont aujourd’hui en péril.

Conscients d’être les premières victimes de la montée du niveau des mers et océans, 43 des plus petites îles insulaires et des régions côtières de faible élévation ont forgé une alliance appelée l‘Alliance des petites Iles insulaires (AOSIS) aux Nations-Unies. Alors qu’AOSIS représente plus d’un quart des pays du monde, ces pays sont responsables de moins d’1% des émissions mondiales de carbone. De quoi démontrer une fois de plus le paradoxe climatique : les responsables sont aussi les moins menacés…

Des simulations visuelles pour (r)éveiller les consciences

Mais les nations de l’hémisphère sud du globe ne seront pas les seuls à trinquer. En France, des villes comme Nice, Anglet et Bordeaux seront inondées à leur tour si une hausse des températures de plus de 3°C est enregistrée. L’étude n’a toutefois pas pris en compte les éventuelles mesures de protection mises en place par les pouvoirs publics et privés, tels que les digues ou l’élévation des terrains. Malgré tout, les chercheurs assurent que « même de monumentales mesures d’adaptation ne permettront pas d’éliminer tous les risques ».

En Belgique, l’eau envahira la cathédrale anversoise si rien ne change. Crédit : Picturing our Future.

Afin de visualiser leur travail et de permettre une meilleur compréhension de ce qui nous attend, l’équipe de chercheurs s’est joint à Climate Central, une organisation indépendante de journalistes et scientifiques. Ensemble, ils ont alors créé des simulations de la montée des eaux dans différentes villes à travers le monde. Au fil de notre navigation, on découvre ainsi le nouveau visage de nombreuses villes à travers le monde. Inondées au fil des degrés qui augmentent, elles affichent une réalité brutale mais nécessaire. Ainsi, « au moins une grande nation sur chaque continent, excepté l’Australie et l’Antarctique, fera face à une exposition aux inondations exceptionnellement élevée : entre un dixième et deux tiers de la population mondiale actuelle tombera en dessous du niveau de la mer », selon les émissions produites.

De quoi alerter l’opinion publique et politique sur l’urgence d’agir, s’ils n’en étaient pas encore convaincus. « À Glasgow et jusqu’à la fin de cette décennie, nous avons la possibilité soit d’aider les cent prochaines générations, soit de les trahir », conclut Benjamin Strauss Ben Strauss, également président de l’organisation Climate Central.

L.A.

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