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Wiesław Wałkuski. – Image réalisée pour l’exposition « Les maîtres de l’affiche polonaise » à Chicago, 1996

Fargin, en yiddish, désigne la joie ressentie pour quelqu’un à qui il arrive ou peut arriver quelque chose de bien. Mamihlapinatapai, en yagan, langue amérindienne parlée en Terre de Feu, est réputé l’un des mots les plus difficiles à traduire. Il signifie un regard échangé entre deux personnes dont chacune espère que l’autre va prendre l’initiative de quelque chose que toutes deux désirent, sans qu’aucune des deux y parvienne.

Chercheur en psychologie positive appliquée à l’université de Londres-Est, Tim Lomas a lancé en janvier 2016 le positive lexicography project, un dictionnaire en ligne de mots « intraduisibles » décrivant le bonheur. L’idée lui est venue lors d’une conférence en Floride sur le mot sisu, terme finnois qui désigne la ressource face à l’adversité, le courage et la ténacité, valeur partagée par tous les Finlandais, très importante dans le pays. Ce lexique en soixante-deux langues couvre toutes les nuances de l’amour et de l’affection. Certains mots intraduisibles manquent cruellement en français, comme l’allemand Vorfreude : l’anticipation joyeuse de celui qui imagine un plaisir futur.

Dans ce dictionnaire en ligne, où les internautes peuvent proposer des mots et affiner les définitions, Tim Lomas réfléchit à ces mots qui pourraient exprimer des nuances que les autres langues ne connaissent pas. Le français est présent avec « retrouvailles », qui n’existe pas par exemple en anglais, ou encore « s’apprivoiser » ou « coup de foudre ». Lomas rappelle que nous faisons déjà assez naturellement des emprunts à la langue du voisin. Savoir-faire est utilisé tel quel en anglais, de même que joie de vivre. Nous sommes, avec cette approche, dans une conception extrême de l’intraduisible, qui fait de chaque mot une monade, un isolat, alors qu’en linguistique moderne on pense le sens des mots en fonction de leur contexte.

Traduttore, traditore — « traduire, c’est trahir », ou, plus littéralement, « traducteur, traître » : l’adage italien bien (…)

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