5 novembre 2021 à 16h01,
Mis à jour le 5 novembre 2021 à 17h08

Durée de lecture : 5 minutes

Climat
Luttes

L’auteur de cette tribune est un étudiant qui préfère rester anonyme.


Comme chaque année, ou presque, médias et politiques nous parlent de « sommet décisif » ou même de « réunion de la dernière chance ». Et comme chaque année, nous allons assister à cet incessant ballet d’hommes et de femmes politiques désireux de se faire les grands défenseurs de l’environnement. Ceux-là mêmes qui, depuis tant d’années, ignorent tout des recommandations des scientifiques vont pendant quelques jours nous donner l’illusion qu’ils se sentent concernés par le funeste destin qui nous attend. La scène aurait presque quelque chose de comique si ce n’était notre avenir qui était en jeu, nous, la jeune génération.

Malgré la répression, les actions contre l’avion se multiplient

Comprenez-vous à quel point il est écœurant de voir ces individus prétendre le temps d’une semaine qu’ils se battent pour notre avenir alors qu’ils emploient tant d’énergie à nous museler et à nous faire taire le reste de l’année ? Comment notre président français peut-il se poser en protecteur de la planète alors qu’il n’a jamais hésité à envoyer ses forces de l’ordre pour réprimer nos joyeuses mobilisations pour le climat ? C’est bien dans son pays et sous son mandat que nous avons peur de nous rendre en manifestation et d’exprimer notre exaspération. Aujourd’hui, militer peut vous coûter un œil, une main et parfois vous envoyer en cellule. Alors comprenez, s’il vous plaît, qu’il soit difficile de ne pas être révolté face au décalage qui existe entre leurs allocutions vertueuses et la réalité des politiques mises en place au quotidien.

En septembre 2019, lors d’un rassemblement de convergence entre mouvement climat et Gilets jaunes, à Paris. © Jean Segura/Reporterre

Le pourfendeur de la Convention citoyenne pour le climat délivrera son habituel discours moralisateur, affirmant que les différents pays du monde n’en font pas assez en matière de réduction des émissions de CO2 ou même de protection de l’environnement. Le fait que l’État français a été condamné pour préjudice écologique par le tribunal administratif de Paris importe peu. Il affirmera haut et fort que le temps de l’action est venu et que nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre. Il pointera également du doigt les pays qui émettent le plus, ceux-là mêmes dans lesquels nous avons délocalisé une grande partie de notre industrie, et leur indiquera, non sans relents de colonialisme, la marche à suivre pour « protéger » la planète. Sans doute oubliera-t-il de préciser que la France s’autorisera, de son côté, quelques écarts dans les années qui viennent, comme la construction d’un solarium à la place des jardins ouvriers d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) pour les JO 2024 ou la bétonisation de milliers d’hectares de terres agricoles sur le plateau de Saclay (Essonne).

Mais notre cher président n’a que faire des incohérences. Il n’ose pas et n’osera pas faire face aux grands pollueurs et autres industriels en partie responsables de la crise environnementale. Il préfère voir sa police brutaliser des militants à peine adultes qui ont pour seul tort de désirer un avenir meilleur que celui que nous promettent les scientifiques.

Les travaux de bétonisation sur le plateau de Saclay (Essonne), en juin 2021. © NnoMan/Reporterre

Quant à nous, la fameuse « génération climat », notre crédulité et notre naïveté se sont éteintes sous les coups de matraque des policiers que l’on envoie faire taire nos revendications les plus légitimes. Il devient de plus en plus difficile de garder l’espoir et la volonté de se battre dans un système où tout est fait pour que rien ne change, où tout est mis en œuvre pour nous priver de notre voix.

La COP veut nous faire croire en cette chimère qu’est le capitalisme vert

Qu’y a-t-il donc à attendre de cette COP26 ? Les individus qui y siègent et qui sont supposés nous y représenter n’ont de cesse de se coucher devant les grands acteurs du capitalisme. Il est bien plus aisé pour eux d’aller faire bonne figure à Glasgow que de réellement s’employer à lutter contre le dérèglement climatique et la dégradation généralisée de notre environnement. Cette conférence n’a d’autre intérêt que de nous faire croire en cette chimère qu’est le capitalisme vert. Le chiffre 26 à lui seul devrait pourtant nous mettre à la puce à l’oreille. Vingt-six ans qu’ils se réunissent et ou en sommes-nous ? La situation s’est-elle améliorée ? Quelles ont été les retombées de ces sommets ? C’est un euphémisme de dire qu’elles sont bien loin d’être à la hauteur de l’enjeu, et ce ne sont pas les scientifiques qui manquent pour le souligner.

Dans notre monde où le bien-être des riches et des puissants prend le pas sur la raison, il n’est pas étonnant que ces sommets se répètent d’année en année sans avancée probante. La COP27 sera sans aucun doute, elle aussi, « la réunion de la dernière chance », et d’ici là un nouveau rapport du Giec, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, sera probablement venu souligner l’inefficacité de nos dirigeants en matière de protection de l’environnement. Qu’importe, une fois ces dix jours écoulés et la pièce de théâtre terminée, ceux-ci retourneront bien vite servir les intérêts du capitalisme. La planète peut bien attendre le prochain « sommet décisif », tout comme le futur des jeunes générations.

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