Le ministre de l’Intérieur a expliqué que le polémiste avait «une vision très marxiste des choses», qu’il était «libertaire» au sujet du cannabis, et que Zemmour ne parlait jamais «des personnes très faibles qui sont exploitées par les capitalistes».

Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a déroulé un raisonnement inattendu à propos d’Eric Zemmour, ce 10 novembre sur Europe 1. Selon lui, l’essayiste et candidat putatif à l’élection présidentielle a «une vision très marxiste des choses» et serait «peut-être l’un des derniers marxistes», ce que l’ancien maire de Tourcoing trouve «intellectuellement intéressant».

Eric Zemmour a effectivement cité en 2014, dans son livre Le Suicide français, les analyses de Karl Marx pour expliquer à sa manière la mutation du capitalisme : «Conformément aux intuitions de Marx, le capitalisme a entamé un nouveau cycle afin de rétablir une meilleure rentabilité du capital qui passe par une contre-réforme sociale destinée à limiter et à liquider les acquis des travailleurs sur fond de financiarisation de la production et des marchés. […] Le capitalisme a enchaîné les femmes et les enfants, ainsi que les hommes transformés en enfants et en femmes, à sa machine consumériste», écrivait alors l’essayiste.

Monsieur Zemmour est pour la légalisation du cannabis

Poursuivant sa démonstration des emprunts de Zemmour à la gauche, Gérald Darmanin a également pointé une logique selon lui «libertaire» chez le polémiste – qui continu d’entretenir le suspens quant à ses ambitions présidentielles – illustrée par sa position favorable à la légalisation du cannabis. «C’est une ligne de fracture extrêmement forte. Je ne sais pas si les gens qui sont conservateurs, réactionnaires, qui ont un besoin d’autorité – ce que je respecte profondément – savent que Monsieur Zemmour est pour la légalisation du cannabis», a-t-il souligné, y voyant le signe que le natif de Montreuil «baisse les bras» et «ne croit pas en la politique».

Le ministre faisait là référence à une évolution idéologique du journaliste. Alors qu’il jugeait en 2011 sur RTL qu’une telle mesure relèverait de la «capitulation», Eric Zemmour a expliqué en mai 2021 sur CNews se demander «si on ne devrait pas organiser la légalisation ordonnée du cannabis». Devant la surprise de l’animatrice Christine Kelly, celui qui était encore chroniqueur s’est justifié : «Je savais que je vous étonnerais ! J’essaie de faire un raisonnement froid en dehors de mes réflexes et de mon tempérament. […] Il y a un million d’heures consacré à la répression du trafic de cannabis. Ça ne marche pas ! Ça coûte une fortune. Les policiers se mettent en danger», a-t-il développé, jugeant qu’il fallait «réfléchir en fonction des faits et des réalités» afin de «trouver une autre solution».

Darmanin accuse Zemmour de ne pas parler «des personnes très faibles qui sont exploitées par les capitalistes»

Ce 10 novembre, Gérald Darmanin a également reproché à Eric Zemmour, ainsi qu’aux candidats de la primaire LR, «de ne jamais s’en prendre aux entreprises». «Il y a des entreprises – des très grandes marques – qui embauchent des étrangers en sachant très bien qu’ils sont en situation irrégulière, utilisent leur force de travail […] et dès que quelque chose se passe mal […] leur font du “chantage” à la régularisation des papiers», a ainsi pointé le ministre de l’Intérieur, estimant: «[C’est] facile de dire que c’est que la faute des étrangers ; c’est aussi la faute de certains capitalistes de pouvoir utiliser la misère humaine».

Gérald Darmanin a critiqué les différents candidats de droite sur le fait que parmi eux, il n’y aurait «pas beaucoup de dénonciation de ces chefs d’entreprise, peut-être parce que c’est le moment où ils demandent beaucoup de dons à certaines personnes». Le représentant du gouvernement a achevé sa démonstration en vantant le travail «extrêmement remarquable» de la CGT qui accompagne «des personnes très faibles qui sont exploitées par les capitalistes». «Ça par exemple, Monsieur Zemmour n’en parle jamais», a-t-il conclu.

Toujours dans les pages du Suicide français consacrées aux travers du capitalisme, l’ancien chroniqueur de CNews pointait néanmoins : «La richesse fabuleuse de la nomenklatura des hypermarchés – Auchan, Casino, Carrefour, Leclerc – a été bâtie sur un crime social de masse.» «Toute réduction, même la moins justifiée, même la moins légitime, des avantages sociaux se pare des atouts de la réforme, tandis que la défense des acquis sociaux est diabolisée et assimilée au conservatisme», dénonçait-il encore.





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