Fabrice di Vizio didier Raoult

“Didier Raoult a été d’une précision extraordinaire” Me Di Vizio, son avocat

« L’institution judiciaire s’en est trouvée grandie » : c’est un avocat satisfait de la qualité de l’audience qui nous la relate. Fabrice Di Vizio plaidait vendredi à Bordeaux pour défendre le professeur Raoult qui comparaissait devant la chambre disciplinaire du Conseil de l’Ordre. Du temps pour examiner en détail le dossier, du temps laissé à la défense pour s’exprimer, les débats ont été selon lui d’une bonne tenue, raconte son défenseur, prolixe et plutôt confiant, le lendemain. Quels griefs exacts étaient formulés ? Comment s’organise la défense du directeur de l’IHU, qu’il partage avec Maître Grazzini ? Quelles spécificités ont ces juridictions disciplinaires dont il est familier ? Comment a-t-il vécu cette procédure ?

Me Di Vizio rappelle que la qualification des faits reprochés était imprécise, sinon absente – comme l’était d’ailleurs la présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône de l’Ordre, ce qu’il ne s’est pas privé de souligner. Il revient avec nous sur le statut particulier de “professeur des universités-praticien hospitalier” (PU-PH), qui allie la liberté d’expression universitaire et l’obligation déontologique du médecin dans son expression (prudence…) : où s’arrête l’une, où commence l’autre ? Que dit le droit ?

Le droit, et uniquement le droit, était justement son axe de défense : il a plaidé l’irrecevabilité de la plainte, pour des raisons de procédure d’abord, mais aussi et surtout au fond : il a voulu convaincre la chambre (composée de huit médecins et d’un magistrat administratif) qu’elle n’avait pas à se prêter à un jugement manifestement politique, son rôle n’étant pas de “dire la science”, ni d’obliger les médecins à être des relais zélés des discours des autorités. Il a souhaité la mettre en garde contre le risque d’ouvrir une boîte de Pandore, qui créerait un précédent, figerait éventuellement la jurisprudence “pour 15 ans”, et encombrerait les juridictions d’innombrables procédures.

Car il s’agissait bien d’un procès à caractère politique, insiste l’avocat : il était manifestement reproché au professeur Raoult d’avoir refusé de concourir à l’alarmisme des autorités. Il a davantage été question de ses prises de parole que de ses traitements, dans une procédure qui a pris un tour très personnel, puisque ni Philippe Brouqui, ni Philippe Parola, qui avaient été mis en cause pour les mêmes faits, n’ont été convoqués. Le périmètre de la “parole autorisée” pour un médecin était en cause, et au fond, conclut l’avocat, on ne pardonne pas à Didier Raoult, non seulement d’avoir tenu un discours pouvant diverger de celui du gouvernement ou des diverses instances, mais aussi d’avoir “parlé aux gens”.

Revenant sur la particularité d’un client comme le professeur marseillais, réfractaire à toute consigne et qui l’a surpris lui-même, en mentionnant par exemple à l’audience ses échanges réguliers avec le président de la République, et la réflexion que ce dernier lui a confiée sur les molécules repositionnées, alors que ce n’était pas prévu, Me Di Vizio note qu’il a été d’une “précision remarquable”. Professoral sur les aspects scientifiques, et délivrant une “leçon de médecine” sur le soin, le directeur de l’IHU a pu s’expliquer sur tous les sujets, notamment l’importance de prendre en charge les patients, qu’il a une nouvelle fois martelée, mais aussi certains points sur lesquels on ne l’avait pas entendu jusqu’ici, ou pas dans ce registre.

Faisant feu de tout bois, Fabrice Di Vizio ne s’est pas privé de rappeler les contradictions des diverses autorités qui ont pu affirmer leur hostilité à l’approche du Pr Raoult et de son IHU. Agnès Buzyn, quand elle était présidente du Collège de la HAS, avait affirmé que les médecins ne devaient pas être ligotés dans les recommandations officielles ; la SPILF, société savante d’infectiologie, qui interpelle les médecins et scientifiques d’Afrique pour leur indiquer qu’ils font fausse route sur leurs traitements, soulignant ainsi qu’il n’y a pas de consensus international – or la jurisprudence tend à considérer que le fameux “consensus” n’a pas de frontières… Santé publique France, qui avait rappelé qu’en période épidémique, la prescription hors AMM (autorisation de mise sur le marché) devait s’entendre d’une façon souple… Ou bien encore le fameux dogme des études randomisées en double aveugle qui s’impose à géométrie variable… Autant de coins que la défense du professeur Raoult a tenté d’enfoncer dans le bloc de reproches qui lui étaient faits pour l’ensemble de son oeuvre.

La décision sera rendue le 3 décembre : espérant que la chambre déclarera la plainte irrecevable, Me Di Vizio explique que si d’aventure son client devait être condamné – les sanctions pouvant aller d’un simple avertissement à la radiation, symbolique en l’espèce puisque Didier Raoult est désormais retraité de ses fonctions hospitalières -, il ne sait pas encore s’il ferait appel.

D’ici là, Fabrice Di Vizio reste sur la brèche et prévoit d’aller à Marseille lundi pour remettre au procureur de la République les dossiers médicaux mis en cause dans l’affaire des soins administrés à des patients atteints de tuberculose, accusés d’être des essais cliniques illégaux par une enquête (à charge) parue dans Mediapart. Des accusations que réfute fermement l’IHU, et qu’il compte bien tuer dans l’œuf en fournissant de lui-même les éléments qui le prouvent.

Quant à l’accusation relayée par Marianne le jour même de l’audience, selon laquelle les frais de justice engagés par l’IHU pour les nombreuses procédures impliquant Didier Raoult seraient pris en charge hors de toute procédure (sans avis du conseil d’administration), n’étant pas concerné puisque pour sa part il ne demande pas d’honoraires pour ce dossier, il n’a rien de particulier à en dire, si ce que ce n’est à ce stade qu’un nouvel épisode du feuilleton des attaques, dont beaucoup se sont avérées sans fondement.

Nous étions restés sur un rendez-vous manqué avec Me Di Vizio suite à l’annonce de son vrai-faux retrait médiatique, qui a finalement tourné à un simple repositionnement (lui aussi…). Le retrouver quelques semaines plus tard était l’occasion de poser la question. Lassé de “l’hystérisation des débats” et des attaques subies, dans le collimateur de son propre Conseil de l’Ordre, il avait semblé tiraillé entre la lassitude (voire la tentation de tout envoyer promener) qui le gagnait, et son goût du combat, y compris dans l’arène médiatique. Alors, s’est-il vraiment mis en retrait ? Il répond qu’il continue d’aller dans l’émission de Cyril Hanouna par exemple, mais beaucoup moins souvent. Suffisant pour éviter pour de bon la pente glissante vers un rôle d’histrion ? C’est en tout cas en véritable avocat, sans doute sa meilleure place, qu’on l’a retrouvé pour ce “debriefing”, proposé en partenariat avec BonSens.org.

Fourmillant toujours de projets, il enchaînait ensuite avec un direct sur la plateforme “Twitch” dans lequel il comptait revenir sur l’audience, mais également sur le “PfizerGate” – pour lequel il compte déposer une plainte lundi – et présenter un “Noël des soignants suspendus” qu’il organise. Disponible en rediffusion : partie 1 et partie 2.

Partie 1 :

Partie 2:



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