ENTRETIEN — « La discrimination systémique utilisée par l’administration envers les personnes handicapées », voilà ce que dénonce Nicolas Sévin, qui en a lui-même été victime. Après de longues années de bataille contre le système et le gouvernement, ce travailleur handicapé s’est retrouvé débouté par les juges sans aucun motif et semble avoir tout perdu. Au terme de sa lutte contre le ministère de l’Agriculture notamment, il conclut et témoigne pour nous des dérives “sectaires” du gouvernement :

Quel diagnostic portez-vous finalement sur la justice administrative ?

L’affaire est très simple. J’aurais dû être titularisé au terme de ma formation de technicien, comme tous mes collègues de promotion au ministère de l’Agriculture. Les juges administratifs ont d’ailleurs tous reconnu que j’étais apte à exercer mes fonctions. Pourtant, ils ont donné raison à l’avis défavorable du ministre. Le diagnostic est sans appel : d’abord, ils n’ont pas le courage de motiver leur décision de rejet et ils n’hésitent pas à s’en prendre violemment à une population fragile comme les personnes handicapées ; ensuite, ils protègent la politique discriminatoire du gouvernement auquel ils sont structurellement affiliés ; enfin, ils représentent une institution dont les seuls principes consistent à défendre les droits de l’État de façon inaliénable.

C’est plutôt les droits de l’État, et non pas l’État de droit alors ?

Ils se moquent éperdument de l’égalité des chances ! Ces nouveaux inquisiteurs agissent en toute impunité. Aucun jury populaire n’existe, vous n’êtes jamais entendu, toute la procédure se fait exclusivement par écrit… Ils vivent en autarcie, complètement coupés du reste du monde, et sous la houlette de l’exécutif et de leur syndicat majoritaire comme j’ai pu personnellement le constater. Ils défendent une République socialiste, et non pas une démocratie libérale. Ils représentent une vieille noblesse qui méprise la Constitution, et le peuple. Cela n’a que l’apparence d’une démocratie dès lors que ce sont eux qui ont le dernier mot, et que les autres pouvoirs légitimement élus ne peuvent ou ne souhaitent les contrer. Cette justice arbitraire permet surtout à l’exécutif de détourner le vote des parlementaires par des jurisprudences fallacieuses. Ici, je témoigne de ma situation, donc du sujet du handicap, mais cela commence à se vérifier sur beaucoup d’autres sujets…

Quelles sont les conséquences en termes de jurisprudence ?

Les travailleurs handicapés ont perdu tous leur droits dans la bataille. L’État peut désormais, par jurisprudence, licencier une personne handicapée en dénigrant ses résultats et son comportement sans aucune justification, en dehors du parcours officiel de formation, et en passant outre toute procédure disciplinaire. De même, les avis médicaux des experts agréés n’ont plus aucune valeur. Ainsi, un pouvoir absolu est donné à l’administration. J’ai tout perdu dans l’affaire pendant les sept ans de procédure, mon seul tort étant d’être reconnu travailleur handicapé. Cette justice politique m’a écrasé.

Parvenez-vous encore à imaginer votre avenir professionnel ?

Bien que j’aie le niveau pour intégrer ce poste de technicien, tout à fait adaptable à mon handicap, je vais devoir changer de filière. Tous les diplômes que j’ai passés pour me spécialiser ne m’ont donc servi à rien. J’ai subi une répression de la part de l’administration qui m’a fait perdre l’affaire de façon honteuse, continue de me faire passer pour un incompétent et un inadapté auprès des employeurs et de ma famille, et condamne par extension toute ma carrière. Mon handicap est jugé gênant et ne mérite pas d’être pris en compte. Certains postes me sont interdits, comme sous le régime de Vichy. C’est à moi, et surtout à mon handicap, de s’adapter et de complaire aux a priori des employeurs, quitte à subir un déclassement.

Attendez-vous quelque chose des prochaines élections présidentielles ?

La Macronie est un mélange toxique entre un libéralisme de pure restriction budgétaire, qui se débarrasse de toutes contraintes en fait d’aménagement de poste, et en même temps, un régime stalinien répressif qui ne vous laisse aucune chance de vous défendre ni même d’être entendu. Cette politique ambivalente ne touche que les plus fragiles. Cela se passe dans l’indifférence la plus totale. Malgré la propagande incessante du gouvernement sur les bienfaits de l’inclusion des personnes handicapées, nous subissons en fait une véritable exclusion par la terreur.





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