La situation humanitaire et environnementale à Gaza est chaque jour plus désespérée. Non seulement la bande de Gaza fait face à des tueries incessantes et aux aux destructions de bâtiments et infrastructures, mais elle est également confrontée à une véritable catastrophe écologique.

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© Haim Zach/GPO
Le Premier ministre Naftali Bennett (à droite) rencontre le cofondateur de Microsoft, Bill Gates, en marge de la conférence sur le changement climatique COP26 à Glasgow, le 2 novembre 2021.

Avec plus de deux millions de personnes, entassées dans un espace de seulement 41 km de long sur 10 km de large, Gaza est surpeuplée et y survivre est une lutte de tous les instants.

Quiconque ne connaît pas la manière dont Israël, et l’occupation militaire de la Palestine en particulier, portent atteinte de manière active et irréversible à l’environnement pourrait en conclure à tort que Tel-Aviv est à l’avant-garde de la lutte mondiale contre le changement climatique. La réalité est l’exact opposé.

Dans son discours à la conférence de l’ONU sur le changement climatique en cours, connue sous le nom de COP26, à Glasgow, le Premier ministre israélien d’extrême-droite [pléonasme – NdT] Naftali Bennett a mis en avant la marque israélienne “d’innovation et d’ingéniosité” pour “promouvoir l’énergie propre et réduire les gaz à effet de serre.”

Israël utilise cette enseigne publicitaire particulière à de nombreuses fins, notamment en se présentant comme le sauveur de l’Afrique, en aidant les gouvernements à intercepter les réfugiés en fuite, en répandant les armes mortelles sur le marché mondial et, comme Bennett l’a fait en Écosse, en soi-disant sauvant l’environnement.

Avant de rejeter hâtivement la rhétorique de Bennett comme un ramassis de mots creux, nous devons nous rappeler que certains se laissent convaincre par cette propagande israélienne, notamment le milliardaire américain Bill Gates.

Le lendemain du discours de Bennett la semaine dernière, Gates a rencontré le Premier ministre israélien en marge de la COP26 pour discuter de la création d’un “groupe de travail” chargé d’étudier la coopération potentielle “entre l’État d’Israël et la Fondation Gates dans le domaine de l’innovation en matière de changement climatique”, rapporte le Times of Israel.

Selon le journal, Gates, qui a affirmé lors de sa rencontre avec Bennett que seule l’innovation peut résoudre le problème du changement climatique, a déclaré : “C’est vraiment ce qui fait la réputation d’Israël”.

L’obsession de Gates pour l’ “innovation” l’aurait-t-elle rendu aveugle aux autres problèmes pour lesquels Israël est “connu”, à savoir le fait d’être le premier violateur des droits de l’homme au monde, dont le terrible bilan d’apartheid racial et de violence est connu de tous les membres de l’ONU ?

Et il y a autre chose dont Gates n’est peut-être pas conscient : la destruction systématique et délibérée de l’environnement palestinien résultant de l’occupation israélienne et de l’appétit insatiable de Tel Aviv pour la supériorité militaire, d’où son “innovation” constante.

Chaque action menée pour renforcer l’occupation militaire consolide le contrôle colonial d’Israël, tandis que l’expansion des colonies illégales a un impact direct sur l’environnement palestinien.

Il ne se passe pas un seul jour sans qu’un arbre ou un verger palestinien ne soit incendié ou abattu. Le “nettoyage” de l’environnement palestinien est, et a toujours été, une condition préalable à la construction ou à l’expansion des colonies réservées aux seuls juifs.

Pour que ces colonies puissent être construites, d’innombrables arbres doivent être abattus, ainsi que les Palestiniens qui les ont plantés.

Au fil des ans, des millions d’oliviers et d’autres arbres fruitiers palestiniens ont été déracinés en raison de la soif insatiable d’Israël pour plus de terres. L’érosion des sols qui s’ensuit dans de nombreuses régions des territoires occupés en dit long sur cet horrible écocide.

Mais cela ne s’arrête pas là, bien sûr. Pour que des centaines de colonies – toutes illégales au regard du droit international et qui abritent une population de plus de 600 000 colons – puissent survivre, un lourd tribut est prélevé sur l’environnement palestinien.

Selon les recherches approfondies d’Ahmed Abofou, un chercheur indépendant en droit, du groupe de défense des droits Al-Haq, les colonies israéliennes illégales “génèrent environ 145 000 tonnes de déchets domestiques par jour.”

Abofou rapporte que “rien qu’en 2016, environ 83 millions de mètres cubes d’eaux usées ont été pompés dans toute la Cisjordanie.”

De plus, Israël exerce un contrôle quasi-total sur les ressources en eau palestiniennes. Il s’appuie sur les aquifères de Cisjordanie pour satisfaire ses besoins, tout en refusant aux Palestiniens l’accès à leur propre eau.

Selon Amnesty International, un Israélien consomme en moyenne 300 litres d’eau par jour, alors que les Palestiniens n’en consomment que 73.

Le problème est accentué si l’on tient compte de la consommation d’eau des colons. Le colon moyen consomme jusqu’à 800 litres par jour, tandis que des communautés palestiniennes entières peuvent être privées d’une goutte d’eau pendant des jours, voire des semaines, souvent en guise de punition collective.

La question de l’eau ne concerne pas seulement le vol pur et simple, le refus d’accès ou la distribution inégale des ressources en eau, mais aussi le manque d’eau potable – un problème mis en évidence par les groupes internationaux de défense des droits de l’homme depuis de nombreuses années.

Des politiques injustes ont contraint de nombreux Palestiniens à acheter de l’eau apportée par camion à des prix allant de 4 à 10 dollars par mètre cube, selon Amnesty International, qui souligne que, pour les communautés palestiniennes les plus pauvres, “les dépenses en eau peuvent parfois représenter la moitié du revenu mensuel d’une famille.”

Aussi mauvaise que la situation puisse paraître, le sort de Gaza assiégée est bien pire que celui de la Cisjordanie. La bande de Gaza, minuscule et surpeuplée, est l’exemple parfait de la cruauté israélienne. Deux millions de Palestiniens y vivent, tout en étant privés des droits humains les plus élémentaires, sans parler de la liberté de circuler.

Depuis le début du blocus militaire israélien de Gaza en 2007, l’environnement de la région côtière n’a cessé de se détériorer. Sans électricité et avec des stations d’épuration régulièrement bombardées, les Palestiniens ont été contraints de déverser leurs eaux usées non traitées dans la mer.

Les eaux des nappes phréatiques de Gaza sont aujourd’hui tellement polluées que 97% d’entre elles sont imbuvables, selon les rapports des Nations unies.

Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. De la destruction des puits palestiniens à l’empoisonnement des arbres et à la démolition d’écosystèmes entiers pour faire de la place au mur d’apartheid d’Israël, en passant par l’utilisation d’uranium appauvri dans ses différentes guerres contre Gaza, Israël a mené un projet implacable de destruction de l’environnement de la Palestine dans toutes ses composantes.

En vérité, M. Gates, c’est ce pour quoi Israël est connu, selon tout un chacun qui se soucie d’y prêter attention. Permettre à Bennett de présenter son pays comme un sauveur potentiel de l’humanité, tout en soutenant et encourageant Israël par des investissements massifs dans “l’innovation”, c’est dénaturer – en fait, invalider – toute la campagne mondiale visant à comprendre réellement la nature du problème actuel.

Ceux qui portent préjudice à la planète n’ont aucun droit de prétendre au rôle de sauveurs. Israël, par sa constante violence est l’ennemi de l’environnement, et c’est cela sa “marque de fabrique”.

Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle. Son dernier livre est «These Chains Will Be Broken: Palestinian Stories of Struggle and Defiance in Israeli Prisons» (Pluto Press). Baroud a un doctorat en études de la Palestine de l’Université d’Exeter et est chercheur associé au Centre Orfalea d’études mondiales et internationales, Université de Californie.

Traduction : Chronique de Palestine



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