Le collectif Beyond Plastics a publié un nouveau rapport à la fin-octobre 2021 : les industries productrices de plastique produiront plus d’émissions de gaz à effet de serre que les centrales au charbon d’ici moins de dix ans, aux Etats-Unis. Un phénomène qui continue toujours de s’aggraver à mesure que la production ne ralentit pas. Alerte.

Il n’y a plus d’autres choix, il faut que la consommation de plastique s’arrête nette. Un goût de déjà entendu quelque part ? Et pourtant.

C’est un nouveau rapport catastrophique que publie le groupe Beyond Plastics, un projet du Bennington College dans le Vermont, ce 21 octobre 2021. Dans ce rapport, le collectif montre que la production de plastique aux États-Unis est actuellement responsable de 232 millions de tonnes métriques de gaz à effet de serre chaque année. C’est l’équivalent de 116,5 gigawatts de centrales à charbon. Bien entendu, ces chiffres sont susceptibles d’augmenter en parallèle de l’augmentation de production.

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Et pourtant, personne ne s’alarme du côté politique, le problème passe totalement « sous le radar, avec peu d’examen public et encore moins de responsabilité gouvernementale », d’après Beyond Plastics.

Judith Enck, présidente de Beyond Plastics et ancienne administratrice régionale de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA), a déclaré que le rapport avait été volontairement publié à l’approche du sommet COP26 à Glasgow, en Écosse, lorsque les dirigeants politiques mondiaux se réuniront pour discuter des stratégies à adopter dans la lutte contre le changement climatique.

« Il y a une petite discussion sur les déchets, mais pas beaucoup », a déclaré Enck à Mongabay dans une interview vidéo. « Mais la contribution des plastiques au changement climatique n’est pas à l’ordre du jour. » En effet, le point principal du sommet sera la question de l’alimentation, et de l’urgence alimentaire à venir. Cependant, le plastique est plus que jamais d’actualité, même à ce propos, car il est également et fortement impliqué dans le secteur agroalimentaire et la grande distribution.

Le rapport « New Coal: Plastics and Climate Change » s’appuie sur des sources de données publiques et privées pour analyser les 10 étapes de la production de plastique aux États-Unis, dont en particulier : l’acquisition, le transport, la fabrication et l’élimination du gaz.

Il a été ainsi révélé que l’industrie américaine des plastiques, à elle seule, est actuellement responsable d’au moins 232 millions de tonnes métriques de gaz à effet de serre chaque année. Et ce nombre devrait n’est pas sur le point de diminuer : des dizaines d’installations de plastique sont actuellement en construction à travers le pays, principalement au Texas et en Louisiane, selon ce même rapport.

« Ce qui se passe discrètement sous le radar, c’est que l’industrie pétrochimique – l’industrie des combustibles fossiles – a augmenté ses investissements dans la production de plastique », a déclaré Enck, et que « À moins que vous ne viviez dans les communautés où cela se passe, les gens ne le savent tout simplement pas. »

On parle beaucoup de la pollution causée par la consommation du plastique, mais peu de celle causée par sa production

Bien qu’il y ait eu une large couverture médiatique sur les déchets plastiques et les microplastiques, moins d’attention a été accordée aux impacts environnementaux de la production de plastique. Pour créer des emballages alimentaires et des bouteilles de boissons en plastique qui sont devenus omniprésents dans la vie quotidienne, les gaz doivent être extraits du sol par fracturation, transportés et traités industriellement. Chaque étape contribue à des millions de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre, en particulier de méthane, qui est considéré comme 25 fois plus puissant que le dioxyde de carbone pour piéger la chaleur dans l’atmosphère.

Image : Pixabay

La fracturation du schiste a été la méthode de choix pour acquérir des gaz tels que l’éthane et le méthane nécessaires à la production de plastique. Mais la fracturation hydraulique peut libérer, d’après le rapport de Beyond Plastics, des quantités nocives de méthane dans l’atmosphère, contaminer les eaux de surface et souterraines, et même déclencher des tremblements de terre.

On estime que la fracturation hydraulique aux États-Unis libère environ 36 millions de tonnes de (CO2e) par an, soit, comparativement, le même volume que 18 centrales électriques au charbon de taille moyenne (500 mégawatts) en 2020, selon le rapport. Ces chiffres devraient augmenter à mesure que la demande de plastique augmente et que les opérations de fracturation hydraulique se développent.

L’une des étapes les plus polluantes de la production de plastique est le processus de « craquage » de l’éthane. Le vapocraquage est un procédé pétrochimique qui consiste à obtenir, à partir d’une coupe pétrolière, des alcènes, c’est-à-dire des hydrocarbures insaturés, mieux valorisés tels que l’éthylène ou le propylène par exemple. Ces alcènes sont principalement à la base de l’industrie des matières plastiques (polyéthylène, polypropylène, etc.).

Très réactifs, les alcènes servent à la production de nombreux produits dans les domaines de la cosmétique, la pharmacie, la construction, les industries électrique, électronique, le textile, l’aéronautique, etc. Les produits cités s’organisent dans ces grandes familles : matières plastiques (polyester, nylon, etc.), solvants, résines, fibres synthétiques, détergents, plastifiants, élastomères, adhésifs, médicaments, cosmétiques et engrais.

Dans les grands complexes industriels appelés « usines de craquage, ou vapocraquage », les gaz de fracturation sont surchauffés jusqu’à ce que les molécules « se craquent » en de nouveaux composés tels que l’éthylène, qui est à la base du polyéthylène, l’un des plastiques les plus courants au monde. Le polyéthylène est utilisé pour fabriquer n’importe quoi, des jouets pour enfants, aux sacs d’épicerie en passant par les emballages alimentaires à usage unique. Et c’est là le rapport directement établi avec la question alimentaire à l’ordre du jour de la COP26.

Selon le rapport, les installations dotées d’usines de craquage d’éthane ont libéré 70 millions de tonnes de CO2e en 2020, soit à peu près ce que 35 centrales électriques au charbon de taille moyenne ont libéré. L’expansion de ce secteur devrait ajouter 42 millions de tonnes de gaz à effet de serre supplémentaires par an d’ici 2025.

Le rapport met également en évidence le processus de « recyclage chimique », qui transformerait les plastiques en carburant mais laisserait une empreinte carbone lourde. Alors que très peu de recyclage chimique a lieu actuellement, l’expansion de l’industrie pourrait ajouter jusqu’à 18 millions de tonnes de gaz à effet de serre chaque année, selon le rapport.

Enck prévient : les chiffres présentés, déjà affolants, seraient en fait « très prudents ». La quantité d’émissions de gaz à effet de serre, comme nombreux rapports sur les quantités de pollution des grandes industries, est probablement sous-estimée.

« Il y a aussi beaucoup d’émissions qui ne sont pas suivies », a-t-elle déclaré. « Par exemple, il y a beaucoup de brûlures qui se produisent dans les fours à ciment. L’US EPA n’a aucune idée de ce que ces feux produisent comme émissions de gaz à effet de serre. »

En 2019, le Center for International Environmental Law (CIEL) a publié un rapport similaire, « Plastic and Climate Change : The Hidden Costs of a Plastic Planet », sur l’empreinte carbone de l’industrie des plastiques, bien qu’il ait adopté une perspective internationale sur la question. À l’aide de calculs prudents, il a constaté que d’ici 2050, les émissions de gaz à effet de serre provenant des plastiques pourraient dépasser 56 gigatonnes, ce qui représenterait 10 à 13 % de l’ensemble du budget carbone restant.

Steven Feit, avocat principal au CIEL et co-auteur de « Plastics and Climate Change », a déclaré que le nouveau rapport de Beyond Plastics fournit un « profil presque complet » des émissions actuelles de gaz à effet de serre provenant des plastiques et de l’augmentation attendue des émissions prévues dues à l’expansion des industries productrices aux États-Unis au cours des prochaines années. Il a ajouté que le rapport met en évidence des parties de l’industrie des plastiques que le rapport CIEL n’a pas abordées, notamment l’empreinte carbone des mousses isolantes, les additifs, la fabrication de matières premières et le recyclage chimique.

« Ce rapport opportun est une contribution importante qui articule davantage les impacts climatiques profonds de l’industrie des plastiques », a déclaré Feit à Mongabay dans un e-mail. « En identifiant dix sources distinctes mais interconnectées d’émissions de gaz à effet de serre du cycle de vie du plastique, The New Coal démontre le lien inextricable entre le plastique et la crise climatique et démontre pourquoi les solutions proposées qui ne traitent qu’une seule pièce du puzzle du plastique sont insuffisantes. »

Conclusion

Le changement climatique est considéré comme « l’une des neuf limites à ne pas dépasser par l’homme pour maintenir la planète habitable. » Les autres « lignes à ne pas dépasser » sont : changement climatique, perte de biodiversité, acidification des océans, appauvrissement de la couche d’ozone, pollution atmosphérique par les aérosols, utilisation de l’eau douce, flux biogéochimiques d’azote et de phosphore, système terrestre changement et la libération de nouveaux produits chimiques.

« Le garde fou » du réchauffement climatique est fixé à l’émission de gaz à effet de serre à 350 parties par million (ppm) de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, bien que cela ait déjà été dépassé en 1988, poussant la Terre dans un nouvel état caractérisé par des températures mondiales plus élevées et des événements météorologiques extrêmes. Si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas réduites, les températures mondiales pourraient augmenter de 3° Celsius (5,4 ° Fahrenheit) au-dessus des niveaux préindustriels dès 43 ans, selon le sixième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

L’association Bloomberg Philanthropies, et Beyond Coal rapportent que plus de 65% des centrales au charbon américaines ont été fermées depuis 2020. Mais bien qu’il s’agisse d’un fait remarquable, Enck dit que les effets produits par la fermeture de ces centrales pourraient être effacés par les émissions de plastiques – à moins que la production de plastiques soit, elle-aussi, réduite de manière drastique.

« Le plastique est le nouveau charbon », a déclaré Enck. « Nous devons réduire impérativement et nécessairement l’utilisation de plastique si nous voulons avoir une chance d’atteindre les objectifs fixés en matière de changement climatique. »

– Mary Doizon


Sources :

Mongabay : https://news.mongabay.com/2021/10/plastics-set-to-overtake-coal-plants-on-ghg-emissions-new-study-shows/?utm_medium=Social&utm_source=Facebook&fbclid=IwAR04RuOlgnCQ4RQkKRUaT5byZiKQVFO_-c0GZgYRY_kRFR_DnxH_ABrPlwI#Echobox=1634932283

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