Début novembre, des activistes s’opposaient en Allemagne à la démolition du hameau de Lützerath dans le cadre de l’extension d’une gigantesque mine de charbon à ciel ouvert : la mine de Garzweiler, gérée par l’entreprise minière RWE, soit la plus polluante d’Europe. En solidarité avec les activistes et peuples colombiens qui luttent contre  la mine El Descanso, bien plus grande et destructrice que Garzweiler, plusieurs groupes d’activistes européens ont alors mené une action non-violente mardi dernier. Reportage.

En réponse à l’appel à la mobilisation du peuple indigène Yukpa de Colombie, une alliance de militants de quatre pays (Espagne, France, Italie, Allemagne) ont mené une action commune et simultanée à Paris, Madrid, Séville, Berlin et Milan, le même jour à la même heure. Dans le cadre de cette campagne articulée avec les autorités politiques et spirituelles du peuple indigène Yukpa, Extinction Rebellion France a organisé une action artistique, visuelle, perturbante et semi-bloquante, ce mardi 16 novembre en milieu d’après-midi, à Paris. 

Le but ? Interpeller sur les conséquences désastreuses de la mine El Descanso en Colombie, tant humaines que environnementales, laquelle représente quatre fois Paris en termes de grandeur et ce contre le greenwashing opéré par le gouvernement français. Mr Mondialisation a suivi de près cette action. 

 

Cette action avait pour but de dénoncer l’inaction du gouvernement colombien pour protéger la biodiversité colombienne et les peuples indigènes qui la défendent. En effet, deuxième pays au monde avec le plus de biodiversité, abritant une partie de la forêt amazonienne, la Colombie représente un enjeu de préservation de la vie sur terre. Plus précisément, les militants d’Extinction Rebellion dénonçaient la mine de charbon à ciel-ouvert “El Descanso”, installée sur le territoire ancestral du peuple Yukpa et qui les met actuellement en danger d’extinction.

La mine El Descanso, vue d’en haut / Crédits photo : Extinction Rebellion

Cette mine est une des plus grosses au monde : elle mesure 430 km 2, c’est-à-dire 4 fois la taille de Paris et produit 60 millions de tonnes de charbon par an. Installée depuis 2009, sans consultation libre, préalable et informée [ndlr, droit fondamental des peuples autochtones] au peuple Yukpa, sur leur territoire dans le département Cesar du nord-est de la Colombie, la mine a détruit toute la biodiversité. Il n’y a plus d’animaux, l’air est pollué et la faune ne se développe plus.

Le ministère de l’environnement a autorisé le détournement de rivières qui sont fondamentales pour la pêche et la survie du peuple Yukpa et des écosystèmes de la région. Tout cela affecte non seulement la capacité de ce peuple à se nourrir et vivre mais aussi celle de transmettre leur culture, aggravant l’état d’extinction imminent dans lequel ils se trouvent, comme il a été décrété par la Cour Constitutionnelle colombienne en 2009 (dans un arrêt appelé Auto 004 de 2009).

Juan Pablo Gutierrez, délégué international de l’Organisation National Indigène de Colombie– ONIC – et du peuple indigène Yukpa, souligne : 

“Nous nous mobilisons pour cette cause car si les peuples indigènes représentent seulement 5% de la population mondiale, ils constituent 95% de la diversité culturelle / humaine et leurs terres abritent 80% de la biodiversité mondiale. Nous ne surmonterons pas les défis climatiques des décennies à venir sans leur savoir ancestral.”

Dans son rapport annuel, l’ONG Global Witness révélait en août 2021 qu’au moins 227 militants écologistes ont été tués dans le monde l’année précédente. Parmi eux, près d’un tiers (65) l’ont été en Colombie. Les activistes indigènes y sont en réel danger : menacés de mort, exilés … quand ils ne sont pas tués. Pourtant, ce sont eux qui sont à la tête de la défense du Vivant en Colombie.  Ils doivent faire face à un greenwashing de plus en plus présent, et même légitimé par l’Etat colombien. Il suffit de voir la communication de la mine en question sur les réseaux sociaux, ainsi que les tweets du président Ivan Duque lors de la COP26 : 

“Les interventions pour développer la mine à ciel ouvert font en sorte que la protection de la biodiversité se convertisse en l’une de nos principales priorités”, explique l’entreprise gérant la mine El Descanso.
“Nous arrivons à la COP26 où, avec les leaders du monde, nous rendrons concrètes les actions visant à faire face au changement climatique. Nous ratifierons les engagements de la Colombie à réduire de 51% les émissions de CO2 en 2030 et à atteindre la neutralité carbone en 2050”, affirme Ivan Duque.

Ces discours semblent bien loin et déconnectés de la réalité. Des représentants du peuple Yukpa nous confient, à propos de la mine El Descanso, à quel point cela les affecte dans leur vie quotidienne : 

  • détournement de rivières fondamentales pour la pêche et la survie du peuple Yukpa, autorisés par le ministère de l’environnement
  • profanation de leurs sites sacrés et cimetières où ils ont toujours laissé leurs ancêtres (d’anciens travailleurs de la mine disent qu’à plusieurs reprises ils ont trouvé des corps de Yukpa enveloppés dans des tissus et qu’apparemment ils ont été emmenés hors du pays dans des musées).
  • destruction de toute la biodiversité (il n’y a plus d’animaux pour chasser, l’air est pollué et la plupart des rivières sont mortes)
  • affectation de leur culture : ils ne peuvent plus trouver de plantes médicinales car beaucoup d’entre elles se trouvaient sur ces terres, les matériaux pour fabriquer leurs flèches, tissus, pipes, sacs à dos etc.)… ils ne peuvent pas exercer leur culture car le territoire est fondamental pour pouvoir le faire. 
  • enfin, cela a affecté leur éducation traditionnelle, étant donné que leur éducation est orale et se transmet des grands-parents aux jeunes… et qu’aujourd’hui il n’y a pratiquement rien à enseigner aux jeunes en pratique, ce qui accélère l’extinction culturelle du peuple.

Cette mine est bien “légale” car elle dispose d’une licence d’exploitation accordée par le gouvernement colombien. Le peuple Yukpa, soutenu par les groupes d’activistes d’Extinction Rebellion en Allemagne, France, Italie et Espagne, soutiennent donc que le gouvernement colombien est coupable du fait d’avoir accordé cette licence ; laquelle justifie et autorise l’absence d’indigènes sur ces terres. 

Crédits photo : Extinction Rebellion

L’objectif de cette action devant les ambassades de Colombie à Paris, Berlin, Madrid, Séville et Milan était donc d’interpeller le gouvernement colombien pour qu’il applique la Sentence T-713 de 2017 ; laquelle l’oblige à délimiter officiellement le territoire ancestral du peuple autochtone Yukpa. Jusqu’aujourd’hui le gouvernement n’a pas voulu le faire car s’il délimite le territoire, tout le monde prendrait connaissance immédiatement et officiellement du fait que ces mines se trouvent sur leurs territoires et qu’il faudrait donc les enlever.

Affaire à suivre … 

-Camille Bouko-levy

Crédit photo de couverture Comunidad Yukpa, los Angeles del Tukuko, côté Venezuela de la frontière. @ManuelGonzález / Wikimedia commons

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