18 novembre 2021 à 14h10,
Mis à jour le 19 novembre 2021 à 09h52

Durée de lecture : 4 minutes

Monde

Montréal (Canada), correspondance

Trois mois après avoir reçu une alerte d’évacuation pour un feu de forêt qui menaçait la ville, les 7 000 habitants de Merritt, à 200 kilomètres au nord-est de Vancouver, ont dû cette fois-ci quitter leur domicile devant la folle montée des eaux. Elijah Mack-Stirling a mis quelques vêtements dans son sac et a pris la route, direction Kamloops, laissant derrière lui son commerce, le Kekuli café. Il voyait l’eau de la rivière Coldwater grimper. « Je n’ai pas de moyen de savoir si le café a écopé [français du Québec pour « a subi des dommages »], explique-t-il par téléphone à Reporterre. J’ai un mauvais pressentiment, mais je garde espoir. » Il n’a eu que deux heures pour quitter les lieux. « Quand j’ai appris que la ville menaçait d’être inondée, j’ai décidé de laisser mon café ouvert le plus longtemps possible pour accueillir des gens qui en avaient besoin. Avec l’avis d’évacuation, il n’y avait plus le choix. La police cognait à ma porte pour me demander de quitter les lieux. »

Depuis, des dizaines de maisons de la ville ont été inondées. Le volume des précipitations a paralysé le système de traitement des eaux usées de la ville et des images montrent un niveau d’eau dans les rues supérieur à certains panneaux de signalisation. La ferme de Pam Velt a, elle, été complètement emportée par les flots : « C’est trop dur pour nous d’en parler pour l’instant », dit-elle à Reporterre. Elle et son mari ont eu le temps d’embarquer leurs six chiens et la plupart de leurs chats, avant que la rivière avale leur logis.

Un glissement de terrain meurtrier

Les pluies diluviennes ont aussi causé la mort d’une femme, ensevelie dans une coulée de terre suite à un glissement de terrain, près de Lillooet, à trois heures de route de Vancouver. Trois autres personnes restent portées disparues. Lundi 15 novembre, plusieurs centaines d’automobilistes ont été héliportés après avoir été coincés sur une autoroute, en partie détruite après un autre glissement. D’importants axes routiers sont coupés par ces coulées, isolant plusieurs villes.

L’armée, déployée sur place par Ottawa, tente de maintenir les chaînes d’approvisionnement à flot par voie aérienne et d’organiser le transport des évacués. Près d’un millier d’entre eux ont trouvé refuge dans une école et une église de Hope, à l’est de Vancouver. D’autres, comme Elijah, se sont dirigés vers Kamloops, où un centre d’accueil a été mis sur pied. « J’ai préféré prendre un motel, car la liste d’attente est trop longue pour accéder au refuge, explique-t-il. Et encore, je suis chanceux de pouvoir me payer une chambre, il y en a qui ont dormi dans la voiture. Le foyer est complètement dépassé et en plus, il y a des épiceries qui n’ont déjà plus de nourriture. »

Une partie de l’autoroute Coquihalla, en Colombie britannique, a été emportée. Flickr / CC BYNCND 2.0 / B.C. Ministry of Transportation and Infrastructure

Pour Mike Farnworth, ministre de la Sécurité publique de Colombie-Britannique, il ne fait « aucun doute que ces événements sont liés au réchauffement climatique ». Armel Castellan, météorologue pour Environnement Canada, est du même avis. Dans une entrevue à l’émission Phare Ouest, de Radio-Canada, il affirme que ces pluies sont un phénomène hors du commun qui se produit tous les cent ans. L’intensité et la durée de la rivière atmosphérique — un corridor étroit d’humidité concentrée dans l’atmosphère — sont en tout point exceptionnelles. Du moins jusqu’à présent : l’expert s’attend à ce que des événements similaires se multiplient à l’avenir.

La Colombie britannique enchaîne, ces derniers temps, les catastrophes climatiques. Cet été, le mercure a grimpé au-delà des 45 °C dans plusieurs villes, cuisant au passage un milliard de mollusques. La vague de chaleur, inédite, s’était accompagnée de violents incendies, enfumant la population de particules fines et causant la mort de plus de sept cents personnes.

Quand il pourra reprendre la route de Merritt, après avoir vu à quoi ressemble son café, Elijah compte aider à nettoyer les débris dans sa ville. « Quand la communauté est dévastée, il faut rester. Et si on continue d’avoir peur des catastrophes naturelles, on va passer notre temps à fuir. Avec mère Nature, tout peut arriver, tout le temps. » Après une accalmie, la pluie repointera le bout de son nez à Merritt ce week-end.

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