Depuis quelques jours, les protestations pacifistes ont laissé place à de véritables scènes de guérilla urbaine en Guadeloupe. Une révolte sociale qui fait suite à l’instauration du passe sanitaire et à l’obligation vaccinale pour les soignants, alors que la population se montre très réticente aux vaccins contre le Covid-19. Selon l’Agence régionale de santé de Guadeloupe, 46 % de la population a reçu au moins une dose, contre 77 % en métropole. Une défiance qu’on ne peut que comprendre, surtout au regard du possible trucage des statistiques révélé par le Courrier des stratèges. D’après le témoignage de l’avocate Ellen Bessis, le Centre Hospitalier Universitaire a reçu pour consigne de déclarer comme non-vaccinés tous les vaccinés hospitalisés. « Si cette information se vérifiait, elle révèlerait un scandale absolu : le mensonge statistique organisé pour dissimuler la dangerosité du vaccin », commente le fondateur du Courrier des Stratèges Éric Verhaeghe dans son article.

Un peu partout sur l’île, les manifestants ont érigé des barricades pour entraver le trafic routier et l’activité économique. Les barricades sont formées à l’aide d’arbres tranchés (voir vidéo ci-dessous) ou de carcasses de voitures, laissées à l’abandon en raison de la faillite des services de dépannage.

La violence effraie ceux qui manifestaient cet été

Les ministres de l’Intérieur et des Outre-mer, Gérald Darmanin et Sébastien Lecornu, ont « condamné avec la plus grande fermeté les violences qui se sont déroulées ces dernières heures ». Une cinquantaine de membres du GIGN et du RAID ont été envoyés sur place en soutien des forces de l’ordre déjà déployées.

Joint par téléphone, le secrétaire général du syndicat de Confédération générale du travail de la Guadeloupe (CGTG), Jean-Marie Nomertin, dénonce les violences. Mais, elles sont selon lui une conséquence logique au sentiment qu’ont les Guadeloupéens de ne pas être écoutés depuis des mois, voire depuis des années : « Si on en est là aujourd’hui, c’est parce qu’on nous prend pour des idiots. Le droit du travail est attaqué, le système hospitalier est défaillant, les coupures d’eau à répétition où l’on ne change jamais les canalisations, ou encore le chlordécone que l’État remet toujours en question alors que l’on sait que le grand nombre de cancers de la prostate chez nous est, entre autres, fortement lié à cela. Et, maintenant on nous rajoute l’obligation vaccinale ? C’est trop ! C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, c’est une avalanche, là. » Le syndicaliste décrit une jeunesse ayant grandi sans aucune confiance envers les gouvernants : « Ces jeunes ont vu leur grand-père, leur père, leur mère, vivre en dessous du seuil de pauvreté et quand ils travaillent beaucoup de contrats ne sont pas déclarés à la Sécurité sociale. Quand ils voient ça, et qu’ensuite on les force à se faire vacciner, on comprend comment ils en viennent à trouver d’autres moyens. »

Selon Stéphane, habitant de l’île, les violences « ne sont pas près de s’arrêter ». S’il affirme soutenir ce mouvement sur le fond, il en désapprouve fortement la forme : « Ce n’est pas la même ambiance que durant les manifestations de cet été, où l’atmosphère était bonne. Dans les barricades, il y en a qui caillassent des voitures au hasard, sans savoir si les personnes à l’intérieur soutiennent leurs revendications ou non. »

Profitant du chaos ambiant, certaines bandes organisées se sont livrées aux cambriolages et aux pillages des magasins. Citoyen de Guadeloupe, il constate que ces manifestations sont plus chaotiques, que certains viennent en bande organisée pour cambrioler ou piller les magasins. Dans la nuit de vendredi à samedi, l’armurerie de la douane a été dévalisée. Les assaillants sont repartis avec une dizaine d’armes et plus de 2 000 munitions. Dans ces conditions, « ceux qui soutenaient le mouvement de contestation, lorsqu’il était pacifiste, vont maintenant peut-être s’en détourner », prédit Stéphane.





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