Avec la décision prise en décembre par un tribunal britannique d’annuler une décision antérieure contre l’extradition, il semble de plus en plus probable que Julian Assange reviendra aux [plutôt « sera extradé vers »… NdT] États-Unis pour faire face aux accusations liées à la publication par Wikileaks, en 2009-2010, de plus de 700 000 documents que Chelsea Manning a volés à l’armée américaine. Pour des raisons tant juridiques que politiques, la décision de l’administration Biden de poursuivre cette action en justice est une grave erreur.

En droit, Assange a été accusé d’un chef de conspiration en vue de commettre une intrusion dans un ordinateur. Mais Assange n’a pas conspiré pour pirater des ordinateurs américains – Manning y avait déjà accès. La tentative ratée d’Assange d’aider à générer un mot de passe pour se connecter par le biais d’un autre compte avait pour but de cacher l’identité de Manning, et non d’obtenir l’accès aux fichiers.

Non seulement les journalistes encouragent fréquemment leurs sources à divulguer des informations, mais ils les aident également à cacher leur identité. En effet, les journalistes sont tenus de le faire lorsque leurs sources sont exposées à un “danger, à des représailles ou à d’autres dommages”, selon le code de déontologie de la Society of Professional Journalists. Le New York Times, par exemple, dispose d’une page web qui donne des conseils et des encouragements de ce type : nytimes.com/tips.

Assange est également accusé de 17 chefs d’accusation d’espionnage, mais aucune personne raisonnable ne peut interpréter ce qu’il a fait comme de l’espionnage. Contrairement à l’espion israélien Jonathan Pollard, Assange, pour autant que nous le sachions, n’a pas agi en tant qu’agent d’une puissance étrangère. Il n’a pas vendu ou tenté de vendre les documents volés qu’il a obtenus. Il les a simplement mis à la disposition du public par le biais de Wikileaks. Ce n’est pas illégal, et cela ne devrait pas l’être.

Les politiciens comme les profanes doivent se rappeler que la presse est au service des citoyens, pas du gouvernement. Comme l’a expliqué la Cour suprême dans son arrêt sur les Pentagon Papers : “La presse a été protégée [par les Fondateurs] afin qu’elle puisse dévoiler les secrets du gouvernement et informer le peuple. Seule une presse libre et sans entrave peut exposer efficacement les mensonges du gouvernement. Et la responsabilité primordiale d’une presse libre est d’empêcher toute partie du gouvernement de tromper le peuple et de l’envoyer dans des pays lointains pour y mourir de maladies étrangères ou sous les balles.”

Beaucoup ont prétendu qu’Assange avait mis en danger le personnel et les agents américains, mais le gouvernement a acquitté Manning pour aide à l’ennemi. Et si quelques carrières diplomatiques ont été compromises, rien ne prouve que la fuite ait entraîné des décès ou des blessures.

D’autre part, les documents que Manning a remis à Assange détaillent des crimes de guerre manifestes, comme la torture de prisonniers et des attaques illégales contre des civils irakiens. Ces informations servent clairement aux citoyens américains en tant que frein au pouvoir de l’État.

Il est également important de se rappeler que les étrangers ne sont pas des vassaux des États-Unis. Bien que cela puisse être désagréable à reconnaître, en tant qu’étranger politiquement opposé aux guerres américaines contre l’Irak et l’Afghanistan, Assange n’est absolument pas obligé de respecter les classifications de secret de l’armée américaine.

En outre, le motif des poursuites semble fondé sur la vengeance, et non sur la primauté du droit. En 2016 – après que l’administration Obama a décidé de ne pas poursuivre Assange en raison des implications du premier amendement – Assange a divulgué les emails de John Podesta, qui ont exposé les malversations du Parti démocrate pour saper la poussée progressiste menée par Bernie Sanders. Ces informations ont peut-être contribué à l’échec d’Hillary Clinton dans son ascension vers la présidence.

À la lumière de la frustration enragée des démocrates à la suite de leur perte catastrophique en 2016, il n’est pas déraisonnable de soupçonner que la décision de l’administration Biden de poursuivre Assange pour des motifs rejetés par l’administration Obama est motivée par une soif de vengeance partisane et non par un dévouement impartial à la justice.

James Miller et Peter S. Fosl

James Miller enseigne le journalisme et le droit des droits civils à la DuPont Manual High School.

Peter S. Fosl est professeur de philosophie à l’université Transylvania.

Traduction “répéter l’évidence pour ceux et celles qui auraient raté le train… notamment les journalistes” par Viktor Dedaj avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles





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