Dans la fabrique des erreurs judiciaires

La population carcérale a diminué de plus de moitié en Russie depuis vingt ans, signe que la couverture médiatique des arrestations à caractère politique, multipliées par dix depuis 2015, ne donne qu’une image partielle de l’évolution de la justice pénale dans ce pays. Cependant, même si la longueur des peines a diminué, le système demeure programmé pour punir, sans égard pour les droits de la défense.

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Sasha Romashko. — « My Friend » (Mon ami), 2015

Sasha Romashko – Galerie Stanislas Bourgain, Paris

Boris Nemtsov est mort ici. Sur le trottoir glacé, quelques roses et des rameaux de sapin bordent le visage du dissident politique, figure persécutée du mouvement anticorruption et antiguerre dès l’annexion de la Crimée. Arrêté à trois reprises et emprisonné, il est mystérieusement abattu sur ce pont en février 2015, à quelques dizaines de mètres des fortifications du Kremlin. « Aujourd’hui, vous n’avez plus besoin d’être un activiste connu pour être inquiété », lâche M. Sergueï Davidis, qui nous emmène vers la rue Tverskaïa, les Champs-Élysées russes. Responsable du programme de soutien aux prisonniers politiques au sein de l’organisation non gouvernementale (ONG) Mémorial, le quinquagénaire à l’allure de Kazakh a pris une habitude d’homme traqué : jeter sans cesse de furtifs coups d’œil autour de lui.

Plus de quinze mille personnes ont déjà été arrêtées pour avoir protesté contre l’invasion russe en Ukraine, selon l’ONG OVD-Info. L’explosion des arrestations arbitraires n’est pas nouvelle. Renata Mustafina, doctorante spécialiste des procès politiques dans la Russie contemporaine, explique : « Tout d’abord, les mouvements en 2011-2012 contre le retour de Vladimir Poutine rassemblent beaucoup plus de participants qu’auparavant. Si la police fait d’abord preuve de prudence, la manifestation de la place Bolotnaïa du 6 mai 2012 marque un tournant. La plupart des citoyens arrêtés sont encore condamnés pour des infractions dites “administratives” — ils passent quelques heures au commissariat et s’en tirent avec une amende. Les plus militants sont envoyés en rétention quelques jours, voire quelques semaines. Mais depuis lors, les grandes manifestations d’opposition se terminent aussi avec environ une vingtaine de procès pénaux, dont la plupart débouchent sur une peine de prison. »

Mémorial suit actuellement 420 détenus politiques, mais l’organisation estime qu’il y en a probablement trois fois plus. « Les dissidents politiques ou intellectuels tombent pour fraude, comme Alexeï Navalny, ou (…)

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