Le spectacle que nous donne à voir notre régime politique est sinon déprimant, en tout cas totalement déconnecté des réalités du terrain. On voit bien, en effet, et spécialement depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron (EM), qu’il existe d’une part un exercice permanent de communication, et d’autre part, peu visible en réalité, une politique réelle qui ne donne pas lieu à débat. Car au fond, qu’EM soit un homme de droite, pratiquant une politique libérale, détricotant certaines des fonctions régaliennes de l’État tout en creusant le déficit public, est une évidence. Pour autant, il développe une communication mêlant habilement wokisme et discours moderniste, tout en adoptant des attitudes martiales n’admettant pas de contradiction. On peut dire que cet état politique est le fruit d’une société de communication qui profite d’un effondrement institutionnel au plan démocratique. 

La société du spectacle

Ce concept a été popularisé en France par Guy Debord qui relie parfaitement bien l’émergence de la société de consommation qui a un besoin absolu de se répandre dans la population par le biais d’une communication de masse. La standardisation des besoins est indispensable pour assurer la diffusion massive de produits convenant à tout le monde. C’est un des aspects de l’analyse de type marxiste de Guy Debord. Il n’est évidemment pas le seul à avoir abordé ce versant totalitaire des sociétés de consommation émergeant au milieu des siècle dernier. 

Marshall McLuhan a, de son côté, très bien pointé l’émergence d’une nouvelle société où les médias modernes changent profondément l’Homme : « L’enfant très jeune est comme le primitif : ses cinq sens sont utilisés et ont trouvé un équilibre. Mais les technologies changent cet équilibre ainsi que les sociétés. L’éducation développe un sens en particulier. Hier c’était la vue, par l’alphabet et l’imprimerie. Depuis plusieurs décennies, c’est l’ouïe. Et désormais, c’est notre système nerveux central. Video-Boy a été élevé par la télévision. Sa perception est programmée autrement, par un autre média ».

Le monde politique a évidemment accompagné ce profond changement sociétal ; ce qui n’est pas sur les écrans n’existe pas. C’est pourquoi en dehors des analyses de fond que l’on trouve dans la presse écrite, tout se passe à la télévision ou sur l’écran de nos ordinateurs, tablettes et autres téléphones.

Un régime politique où la démocratie ne fonctionne plus

Certes, nous avons toujours des élections. Mais notre système constitutionnel a la particularité de réserver la décision fondamentale aux scrutins présidentiels. Le reste n’a que peu d’importance, puisque les élections législatives doivent suivre l’élection du président, et jusqu’ici, a assuré à celui-ci une majorité godillot qui n’a pas de pouvoir.

Le scrutin majoritaire uninominal à deux tours, qui profite largement du réflexe légitimiste des Français, est fait pour assurer une majorité claire à l’assemblée nationale, et marginalement empêcher la montée en puissance de nouveaux partis. Durant le mandat législatif, le gouvernement est à l’abri, et n’a comme souci que de ménager les susceptibilités de sa majorité. Pas de débats internes, et donc une liberté d’action quasiment sans limites.

Notre régime de la Cinquième République n’a donné qu’un seul exemple du contrôle effectif du gouvernement par la chambre, le 5 octobre 1962, lorsque Georges Pompidou fut sanctionné par une motion de censure. Depuis lors, plus rien…

La crise des Gilets Jaunes

Faute de tout contrôle, les Français ont trouvé dans ce mouvement de révolte populaire, authentique, ce que les médias ont admis avec le recul, le moyen d’exprimer la contestation qui aurait dû se manifester au parlement. Pour autant, ce mouvement n’a pas eu d’effet réel, si ce n’est d’alerter le gouvernement.

Plutôt que de traiter les problèmes avec les moyens  de l’État, EM a entrepris une opération de pure communication, avec le « Grand débat National » et une loi « portant mesures d’urgence économiques et sociales ». Grand débat truqué avec des invités choisis et largement couvert par les médias quand EM s’y exprimait. Loi accordant 1 000 € aux salariés gagnant moins de 3 600 € et réduisant quelque peu la CSG sur les petites retraites. 

Ce n’est que grâce à l’action conjuguée des black blocs qui pourrissaient le mouvement et l’arrivée de la pandémie que la révolte a pris fin.

La manie des commissions et autres grands débats

Les événements survenus lors de la finale de la Ligue de Champions il y a peu n’auraient pas eu de traduction significative dans nos médias si la presse et la télévision étrangères n’avaient pas couvert ces épisodes violents, alors même que Le Monde avait titré le lendemain sur les violences policières…

Nos médias leur ont ensuite embrayé le pas, de sorte que le Sénat s’est emparé de la question, mais pour tout dire, il n’en sortira rien de sérieux. En « off », on sait qu’EM était furieux contre le sinistre préfet de police Lallement, et a obtenu que Gérald Darmanin présente enfin des excuses. Mais ce fiasco mêlant grève dans les transports publics, policiers laissés sans instructions et désorganisation de l’accueil au Stade de France aurait dû générer des sanctions.

On nous promet une réflexion sérieuse sur l’organisation future des Jeux Olympiques, alors même que la question centrale est pourtant l’existence de hordes de pillards venus notamment de la Seine Saint-Denis. 

Un président qui ne doute de rien

Quoi qu’il arrive, EM a su montrer une résilience et une assurance apparemment imperturbables. Il faut bien admettre que sans opposition parlementaire et à l’aide de médias incapables de pointer les dangers qui menacent la France, déficit budgétaire inquiétant, endettement abyssal et pression fiscale record, rien au fond n’entrave EM.

La mise en place du Conseil National de la Refondation, clin d’oeil au CNR, démontre en creux que l’élection présidentielle n’a pas été l’occasion pour les Français de choisir un programme ou une politique. Qui sait sur quoi EM a été élu, si ce n’est par défaut, face à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, tous deux incapables d’accéder à la présidence ? Ce néo CNR va servir, on le comprend bien, à agiter des problématiques et accoucher de recommandations. Recommandations qui ne serviront à rien.

L’extrême centre est devenu un néant politique. Nul doute qu’EM va pouvoir conduire une politique en gros identique à celle de son précédent mandat, tandis qu’il occupera le terrain médiatique pour maîtriser l’opinion publique et éviter une nouvelle révolte qui sans aucun doute va menacer dans les épreuves que la France affrontera.



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