Yougoslavie, avril 1941. Une faune rocambolesque – un apprenti chanteur, un tuberculeux, un chasseur, un notable, un ancien combattant, deux musiciens tsiganes… – attendent l’arrivée d’un car brinquebalant qui doit les emmener à Belgrade. Menée par un chauffeur totalement irascible, la petite troupe s’embarque dans un voyage loufoque, accueillant au passage un couple de jeunes mariés. Mais rien ne se passe vraiment comme prévu…

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Réalisé par le cinéaste serbe Slobodan Šijan en 1980, année de la mort de Tito, Qui chante là-bas ? est un film noir et drôle. Noir parce qu’il dénonce la noirceur de comportements veules, drôle parce qu’il le fait d’une façon grotesque, mettant en scène dans un mix de road-movie et de huis clos (l’intérieur du car) des personnages tous plus caricaturaux les uns que les autres.

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Slobodan Šijan

À ce titre, seuls les Tziganes chanteurs trouveront grâce aux yeux du réalisateur dans cette série de portraits peu reluisants. Il faut dire qu’entre le contrôleur auprès duquel Harpagon passerait pour un homme généreux et le suppôt des nazis, le réalisateur ne fait pas dans la dentelle. En effet, tous les protagonistes présents dans le bus sont atteints de nombreuses tares : lâcheté, racisme, voyeurisme et autres hypocrisies diverses. Même le car, dont on se demande comment il arrive encore à avancer au vu de son état de délabrement, fait partie de cette galerie de portraits emblématiques.

Les passagers sont ici les représentants d’une population qui se prépare en 1941 à l’invasion de son territoire par les nazis. Le car est à l’image d’une société serbe en bout de course qui emporte dans son intérieur hommes et animaux vers un destin commun et inéluctable. Les opinions et comportements divers des protagonistes ne pourront rien y changer. Mais cette tragédie loufoque vise autant dans ses critiques l’année 1941 que la propre époque du réalisateur.

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Qui chante là-bas ?

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Qui chante là-bas ?

De plus, comme pour toute tragédie, cette œuvre semble toujours d’actualité et ses critiques trouvent encore un écho dans notre société contemporaine. À ce titre, Qui chante là-bas ? est une parfaite illustration du proverbe (rom) :

« Vous pouvez me tuer mais laissez-moi chanter ma chanson ».

Porté par un chœur constitué de deux musiciens tziganes, ce long-métrage devient au final un appel à la tolérance et un hymne à la culture, nécessaires en ces temps sombres où le secteur culturel est le grand oublié des gouvernements.



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