L’annonce a été faite via un communiqué du Palais de l’Élysée dans la matinée du lundi 4 juillet. Le secrétaire général du parti de centre droit Horizons, Christophe Béchu, remplacera Amélie de Montchalin à la tête du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires. Cette nomination fait suite à l’échec de cette dernière aux élections législatives. Déjà membre du premier gouvernement d’Élisabeth Borne — il était jusqu’à présent ministre délégué chargé des Collectivités territoriales —, Christophe Béchu travaillera désormais main dans la main avec Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique. Tous deux devront épauler la Première ministre dans sa mission de « planification écologique ».

Ancien membre de l’UMP, puis de Les Républicains, Christophe Béchu est président d’Angers Loire Métropole et maire d’Angers (Maine-et-Loire) depuis 2014. L’homme de 48 ans n’est pas connu pour son engagement en faveur de la lutte contre le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité. « Jamais croisé Christophe Béchu sur la moindre lutte écologiste », a commenté sur Twitter l’écoféministe Sandrine Rousseau, députée (Nupes) de la neuvième circonscription de Paris. On ne relève dans son parcours de sénateur (de 2011 à 2017) et de député européen (de 2009 à 2014) aucun travail d’envergure sur ces sujets. Il semble au contraire plutôt avoir œuvré contre certaines avancées. Le secrétaire général d’Horizons avait notamment voté, en 2016, contre l’interdiction des néonicotinoïdes « tueurs d’abeilles ». Trois ans plus tard, il déclarait « ne pas être un grand fan » de l’éolien. « L’homme est entré au gouvernement car il était secrétaire général d’Horizons », pense Delphine Batho, députée (Nupes) des Deux-Sèvres, interrogée par Le Monde.

Il faut fouiller pour trouver un lien entre le nouveau ministre et son futur portefeuille

Le nouveau ministre de la Transition écologique est plus connu pour ses prises de position homophobes. En 2013, lors du débat parlementaire autour du mariage pour tous, il estimait que l’ouverture du mariage aux couples de même sexe « menaçait l’équilibre de notre société ». En 2016, il avait également demandé à la société JCDecaux de retirer des affiches de prévention contre le VIH mettant en scène des couples d’hommes, qu’il jugeait « choquantes ». Ces affiches auraient selon lui constitué « un trouble sur l’espace public ».

Dans ses rares prises de parole sur l’écologie, Christophe Béchu défend une approche technosolutionniste de la transition. Dans une interview pour le Hub Institute en 2021, il affirmait, après avoir vanté les mérites de la foire annuelle de la high-tech de Las Vegas, vouloir faire d’Angers « une véritable smart city ». « Ma conviction, c’est que les technologies nous permettent de participer à cette fantastique bataille ô combien cruciale pour l’avenir de la planète qu’est la lutte contre le réchauffement climatique », expliquait-il, avant de dénigrer les partisans de la décroissance « qui nous expliquent qu’il faudrait tout arrêter ».

Il faut fouiller pour trouver un lien entre le nouveau ministre et son futur portefeuille. A-t-il été choisi parce que la ville qu’il dirige, Angers, a été classée en 2020 à la tête du palmarès des villes les plus vertes de France ? En tant que maire, Christophe Béchu y a notamment soutenu la mise en place d’un plan vélo, la création d’un programme d’aides aux particuliers qui souhaitent planter des arbres, ainsi que le sauvetage de 35 hectares de zones humides initialement « aménageables ». Mais son action reste vivement décriée par l’opposition locale, qui la juge trop timide et dépolitisée.

« Notre maison brûle, et Christophe Béchu nous propose des verres d’eau (participatifs) pour éteindre l’incendie », écrivait en 2021 la conseillère municipale d’opposition Claire Schweitzer (La France insoumise), en réaction à la publication du plan pour la transition concocté par la métropole. « Alors qu’il faudrait dès maintenant stopper net la bétonisation des terres et la construction de nouvelles zones commerciales, M. Béchu nous propose d’attendre 2025 pour adopter un hypothétique “objectif d’arrêt d’expansion des villes” (…) Alors qu’il faudrait immédiatement interdire l’élevage intensif et généraliser l’accès à une alimentation végétarienne, bio et locale (qui est notre principal levier de baisse des émissions de CO2), M. Béchu nous propose “d’accompagner les producteurs locaux”, ou de planter des arbres fruitiers en ville. »

« Il ne s’est jamais exprimé de manière forte sur ces sujets »

« Christophe Béchu a une qualité, c’est qu’il connaît bien les collectivités et les territoires, tempère auprès de Reporterre l’ancien député de Maine-et-Loire Matthieu Orphelin, qui a travaillé avec lui sur le plan vélo de la métropole. Par rapport à Amélie de Montchalin, qui venait plutôt de la technostructure, c’est un vrai avantage. Pour réussir la transition, il faut la mener avec les territoires. » Anne Bringault, du Réseau Action Climat, est circonspecte. « Il ne s’est jamais exprimé de manière forte sur ces sujets », dit-elle à Reporterre. Elle note cependant que le nouveau ministre a récemment déploré le manque d’investissement de l’État dans le secteur ferroviaire. « On espère que ce constat restera, et qu’il fera en sorte que l’exécutif investisse les 3 milliards d’euros nécessaires pour respecter notre feuille de route sur le climat. »

Le directeur général de Greenpeace France, Jean-François Julliard, est moins optimiste. Le choix de Christophe Béchu est selon lui « symptomatique de l’absence de vision du gouvernement sur les enjeux environnementaux ». « Nommer à un poste si important un responsable politique sans expérience sur les enjeux de transition écologique, et qui n’a quasiment jamais pris position sur les questions nationales ou internationales de climat ou d’environnement, démontre à la fois un réel manque d’ambition et l’incapacité du gouvernement à nommer une personnalité reconnue pour ses compétences sur les enjeux écologiques », a-t-il réagi dans un communiqué.

Signe possible de ce manque d’ambition : au cours du remaniement, le ministère de la Transition écologique a été rétrogradé dans l’ordre protocolaire, passant de la cinquième à la dixième place. Loin derrière le ministère de l’Économie (à la première place), mais aussi celui de l’Agriculture (qui hérite de la neuvième). Même si l’exécutif s’en défend, les ministres haut placés ont davantage de poids que les derniers de la liste. Faut-il en déduire que Christophe Béchu devra courber l’échine face à Bruno Le Maire et à Marc Fesneau ? « Ce n’est en tout cas pas un bon signal », estime Anne Bringault.

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