BRUXELLES (Reuters) – « L’OTAN va multiplier par plus de sept le nombre de soldats en état d’alerte pour le porter à plus de 300 000 », a déclaré lundi son secrétaire général, alors que les alliés se préparent à adopter une nouvelle stratégie décrivant Moscou comme une menace directe quatre mois après le début de la guerre en Ukraine. (…) Jens Stoltenberg a déclaré que l’OTAN disposerait à l’avenir de « bien plus de 300 000 soldats » en état d’alerte, contre les 40 000 soldats qui constituent actuellement la force de réaction rapide de l’alliance, la Force de réaction de l’OTAN (NATO Reaction Force – NRF). Le nouveau modèle de forces est destiné à remplacer la NRF et à « fournir une réserve plus importante de forces à haut niveau de préparation dans les domaines terrestre, maritime, aérien et cybernétique, qui seront préaffectées à des plans spécifiques pour la défense des alliés », a déclaré un responsable de l’OTAN.

L’OTAN ne dispose pas de 300 000 soldats à mettre en état d’alerte. Les troupes sont contrôlées par les États membres et je ne vois aucune volonté de leur part d’assumer les coûts qu’entraînerait un véritable statut d’alerte élevée. Des unités en état d’alerte élevée, cela signifie qu’elles sont dotées d’un effectif complet, sans personnel en congé, et qu’elles disposent de suffisamment de ravitaillement pour soutenir des semaines de combat. Tout cela coûte de l’argent. Les États membres désigneront plutôt les unités existantes comme des unités de « haute alerte » et ne changeront rien à leur équipement et à leur entraînement habituels.

Cette déclaration, ce n’est que du vent pour les relations publiques de l’OTAN. Stoltenberg n’a même pas demandé ou informé les États membres avant de faire cette annonce :

Cette déclaration de Jens Stoltenberg a pris au dépourvu les hauts responsables de la défense de nombreux membres de l’OTAN, les amenant à se demander lesquelles de leurs forces, le cas échéant, étaient incluses dans le chiffre de 300 000.

« Peut-être s’agit-il d’un chiffre magique ? » a déclaré un haut responsable européen de la défense qui, comme d’autres, s’est exprimé sous le couvert de l’anonymat pour parler franchement de la confusion.

Plusieurs hauts responsables européens de la politique de sécurité ont déclaré avoir été pris par surprise, sans avoir été informés à l’avance du projet d’élargir la force de réaction rapide de l’OTAN, qui compte actuellement 40 000 hommes, compte tenu de la guerre en Ukraine et des menaces militaires permanentes de la Russie à l’encontre du territoire de l’OTAN.

C’est l’une des idées typiques des bureaucrates de l’OTAN qui vivent dans leur propre monde imaginaire. C’est pour eux que le président français Macron a décrit l’OTAN comme « en état de mort cérébrale ». Et non, ce n’est vraiment rien de plus qu’une idée :

Un responsable de l’OTAN, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat conformément aux règles de base de l’Alliance, a déclaré que les chiffres par pays devaient encore être précisés. Même le total de 300 000 est théorique pour le moment : “Le concept n’a pas encore été entièrement élaboré”, a déclaré le responsable. « Nous devrons faire davantage pour construire le modèle avant de pouvoir déterminer quels peuvent être les engagements nationaux. »

Malgré cela, la ministre allemande de la défense, Christine Lambrecht, a déjà déclaré que son pays offrirait 15 000 soldats, soit une division complète.

Lambrecht n’a rien proposé. Elle va apposer le faux label « alerte élevée » sur une division existante et ne rien changer d’autre. Le fait qu’elle ait fait cela est en fait assez révélateur. Si l’Allemagne, l’un des plus grands pays de l’OTAN, ne propose qu’un élément de la taille d’une division, d’où viendront les 19 autres éléments de la taille d’une division qui sont nécessaires pour constituer une force de 300 000 hommes ? Existent-ils seulement ?

L’OTAN n’est plus que l’ombre d’elle-même. Les États membres ne disposent plus que de quelques troupes qui peuvent être désignées pour travailler sous l’égide de l’OTAN. Même celles-là manquent de munitions et d’armes en stock pour compenser les pertes éventuelles. Certains n’ont même plus les industries nécessaires pour fabriquer davantage de systèmes et de grenades. Ils sont également incapables d’en fabriquer de nouveaux qui soient adaptés à leurs besoins.

Aucune des armes « modernes », grandes ou petites, qui ont été données à l’Ukraine n’a fait la différence. Les Javelin avaient des batteries vides, les armes antichars britanniques NLAW [Next generation Light Antitank Weapon (Arme antichar légère de nouvelle génération) – NDT] étaient trop faibles pour vaincre les blindés russes. Les drones suicide Switchblade ne sont pas contrôlables dans les conditions de guerre électronique russe. Les missiles Stinger ont des capteurs thermiques trop lents pour acquérir une cible en mouvement rapide. L’obusier « léger » M-777 est trop léger pour les conditions réelles de combat et a tendance à se briser.

Les pays de l’OTAN ont investi trop d’argent dans leurs forces aériennes qui seront incapables de percer les excellentes défenses aériennes de la Russie. La défense aérienne de l’OTAN est en revanche trop faible. Il suffit de demander aux Saoudiens si leurs systèmes Patriot ont bien fonctionné contre les drones yéménites. Ces systèmes ne peuvent rien contre les missiles de moyenne portée de la Russie. Des systèmes comme Iskander et Kalibr, dont la Russie dispose en grand nombre, sont difficiles à trouver dans les armées de l’OTAN.

Quelle est la dernière fois où des unités de l’OTAN se sont entraînées dans des conditions de guerre électronique ?

Le New York Times a interrogé près de deux douzaines de soldats ukrainiens au cours des dernières semaines, et ils ont tous fait état de problèmes similaires : les Russes brouillaient constamment leurs radios, ils n’avaient pas assez de matériel de communication et ils avaient souvent du mal à joindre un commandant pour demander un soutien de l’artillerie. La communication avec les unités stationnées à proximité était également un problème, ont-ils dit, ce qui a conduit les forces ukrainiennes à tirer occasionnellement les unes sur les autres (…) Le général a déclaré que ses deux radios disponibles dans le commerce étaient constamment brouillées. « Ils utilisaient le signal le plus fort sur la même fréquence », a-t-il dit. Les troupes des unités plus spécialisées ont reçu des radios cryptées fournies par les États-Unis et peuvent se parler sans entrave, a déclaré un soldat, mais la puissance élevée de la radio signifie que les Russes peuvent trouver les endroits d’où ils émettent. « C’est pourquoi nous avons cessé de communiquer et n’avons communiqué que le minimum nécessaire, par exemple si une évacuation était nécessaire ou une aide urgente », a ajouté le soldat, qui se fait appeler Raccoon.

Matériellement, l’OTAN n’est pas prête à combattre. Politiquement, non plus.

John Helmer cite des extraits d’une interview de l’ancien chef d’état-major de l’armée polonaise, Miecyslaw Gocul :

Vous vous plaignez, et le [Secrétaire général de l’OTAN] Jens Stoltenberg a annoncé : « le sommet de l’OTAN à Madrid sera révolutionnaire. Avec un nouveau concept stratégique, nous apporterons un changement fondamental à la dissuasion et à la défense de l’OTAN. »

Avant le sommet de l’OTAN à Varsovie [en 2016], au comité militaire du Pacte, j’ai demandé à Stoltenberg ce que seraient les garanties pour le flanc de l’Est. Il a répondu par une question : « qu’est-ce que la Pologne attend d’autre ? » J’ai répondu sans détour : « la sécurité et la prospérité, c’est ce que nous autres, assis à la table, voulons. »

Tout comme à l’époque, j’entends aujourd’hui les mêmes slogans, tels que « faire plus avec moins ». Il y a aussi d’autres appels qui sonnent bien, mais ce ne sont que des slogans politiques calculés pour obtenir une réaction positive du public et minimiser les coûts. Ils n’apportent pas vraiment de solutions politiques et militaires.
(…)

Aujourd’hui, la tension entre la Russie et la Lituanie augmente, car les sanctions bloquent de plus en plus l’Oblast de Kaliningrad. Pourrait-il s’agir d’un point chaud ?

Si Poutine voulait pousser la guerre plus loin et décidait de couper un couloir à travers les pays Baltes vers le district de Kaliningrad au niveau de la brèche de Suwałki, quelles forces pourraient l’arrêter ? Les forces de la Lituanie, de la Lettonie, de l’Estonie et de la Pologne pourraient-elles arrêter Poutine ? Pas du tout. Poutine ne sera pas arrêté par les Américains, qui ne sont présents sur le flanc est qu’en petit nombre. Je le répète, la Russie ne parle et ne calcule qu’avec des pays et des organisations forts. Et l’OTAN dans notre région est faible.

C’est effectivement le cas. Et à l’exception de quelques têtes brûlées d’Europe de l’Est, tout le monde espère qu’il en sera ainsi. Aucun des grands pays membres de l’OTAN ne souhaite un grand combat avec la Russie. Cela inclut les États-Unis. Alors pourquoi s’y préparer ? Pourquoi acheter des armes qui ne seront jamais utilisées ?

De l’autre côté, la Russie ne veut rien de l’Europe. Elle n’a pas une idéologie qui cherche l’expansion. Elle veut qu’on la laisse tranquille.

L’OTAN est une relique de la guerre froide qui a été maintenue en vie pour donner aux États-Unis certains avantages politiques. Son véritable objectif n’a jamais changé : maintenir l’Allemagne à terre, la Russie en dehors et les États-Unis en Europe. Cela ne changera que lorsque l’Europe occidentale commencera à se rebeller contre elle.

Malheureusement, les chances que cela se produise sont faibles.

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Le constat de MOA est sans appel : tant que l’UE existera, la soumission aux États-Unis se perpétuera et la paix avec la Russie sera impossible. L’autre constat, c’est que les instances européennes auxquelles Macron est lui-même soumis feront toujours le choix de faire souffrir leurs propres populations plutôt que de remettre en cause leur relation avec Washington. Il en va de notre survie de quitter l’OTAN et de démanteler l’UE et pour le moment, le seul espoir de voir disparaître ces deux superstructures oppresseuses des peuples se trouve au Kremlin. (XP)





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