L’ancien candidat LFI aux législatives a publié une lettre ouverte dans laquelle il accuse le parti de l’avoir écarté sans qu’il sache qui l’avait accusé de «violence sexuelle» ni avoir pu se défendre d’accusations dont il n’a jamais eu le détail.

Il dit avoir attendu la fin des échéances électorales pour «demander les réponses que l’on [lui] doit». Le journaliste et militant Taha Bouhafs, «débranché» par LFI de sa candidature aux législatives à Vénissieux sur fond d’accusations de «violence sexuelle», s’est fendu d’une longue «Lettre aux insoumis», le 5 juillet pour demander une «procédure juste et équitable» dans cette affaire. 

Pendant 1 000 ans les femmes n’ont pas été entendues, tu paies peut-être aussi pour les autres

Dans sa version des faits, il déclare avoir été informé le 9 mai, lors d’un bref rendez-vous dans un café avec la députée de la Seine-Saint-Denis (réélue depuis) Clémentine Autain, qu’il était désinvesti par LFI à la suite d’une lettre envoyée au Comité de suivi contre les violences sexistes et sexuelles du parti «contenant une accusation de violence sexuelle». 

«Sous le choc, je lui demande des précisions. Elle refuse de me les donner. Je demande à être confronté à l’accusatrice ou a minima aux accusations. Elle refuse de nouveau en m’opposant la volonté de l’accusatrice de rester anonyme, sous entendant seulement que ce serait une ancienne relation», relate l’ex-candidat. Selon son récit, il aurait alors demandé à pouvoir être entendu, ce à quoi Clémentine Autain lui aurait rétorqué que les cadres du parti ne sont «pas des juges». 

«Pendant 1 000 ans les femmes n’ont pas été entendues, tu paies peut-être aussi pour les autres», aurait-elle justifié à un Taha Bouhafs «abasourdi», déplorant au passage un «parti pris politique» de LFI. 

Une affaire (trop) vite expédiée ? 

La députée aurait exigé de Taha Bouhafs qu’il produise un communiqué mentionnant les «attaques racistes», comme raison officielle de son retrait. Le candidat faisait alors l’objet de nombreuses critiques d’adversaires politiques (et pas seulement) suscitées par son attitude et ses propos décrits par ses détracteurs comme provocateurs et clivants. Après avoir hésité, il se serait exécuté, en vain puisque les véritables raisons de sa mise à l’écart seront publiées dans la presse et assumées par le parti dans la foulée. 

Depuis, le journaliste de 25 ans dit n’avoir pas reçu plus d’informations sur son accusatrice. Les sollicitations du parti par ses avocats seraient restées lettres mortes. Taha Bouhafs conclut que le parti a vite tourné la page, Clémentine Autain ayant expliqué par voie de presse que son retrait mettait fin à la procédure interne. 

Taha éliminé. L’affaire est réglée, circulez il n’y a rien à voir

«Mais c’est précisément sur sa demande que je me suis retiré, pour qu’une procédure se déroule sereinement», rétorque Bouhafs dans son long témoignage. 

«J’apprends donc qu’il n’y aura pas d’enquête, pas de vérifications, pas de confrontation. Taha éliminé. L’affaire est réglée, circulez il n’y a rien à voir», dénonce-t-il plus loin. Pas question donc d’en rester là, explique celui qui dit ne plus rien avoir à revendiquer, «aucun poste, ni rôle». 

«C’est au nom de cette justice que je viens vers vous une dernière fois, camarades», dit-il aux insoumis en dernière page de son courrier. La jeune pousse aux espoirs douchés de LFI, qui a fait une bonne percée à l’Assemblée grâce à son alliance avec les principaux partis de gauche, ne se contentera que d’«une procédure juste et équitable où le fondamental principe de contradictoire sera respecté». 

L’investiture Nupes de la 14e circonscription du Rhône dont Taha Bouhafs a été «débranché» a finalement été attribuée au conseiller métropolitain de Lyon Idir Boumertit (LFI) qui a remporté le siège de député au deuxième tour avec 56,69 % des voix. 

Lucas Léger





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