EDITO – Et si, dans ce monde où tout semble fonctionner à l’inverse du bon sens, la solution pour expliquer aux citoyens comment remettre les choses dans l’ordre était tout simplement l’usage du verlan ? (1)

Changer de paradigme marketing : la novlangue sur Google et YouTube

Le constat est clair. Les dernières consignes et règles d’utilisation de Google et de sa filiale (le réseau social YouTube) font que l’on ne peut plus guère y parler de beaucoup de sujets, au risque de se faire « striker ».

Cette censure s’opère à l’aide d’algorithmes qui détectent les mots clés interdits. Or, en l’état actuel des choses, ces algorithmes sont incapables de détecter ces mots lorsqu’on adopte une formulation différente, notamment en changeant l’initiale et/ou la première syllabe. Dès lors, effectivement, l’usage du verlan permet de passer outre cette censure.

Quand une société a des problèmes, le choix lui est souvent offert de faire un « rebranding », ou « renaming », c’est-à-dire changer de nom. Ainsi, si un accident ou un produit défectueux affecte durablement l’image de marque d’une société, celle-ci procède souvent à un renaming.

C’est une approche marketing courante qui demande, toutefois, des budgets de communication importants, principalement afin de faire connaitre le nouveau nom. Néanmoins, le comptable fera vite son calcul en analysant la balance bénéfices-risques de cette décision, à savoir en prenant en considération l’investissement marketing par rapport aux gains en pécuniaires des retombées économiques.

Nombreux sont les exemples de ce type.

Vous souvenez-vous de cette société française qui s’appelait « Eurostar » ? Ses dirigeants ont fait un procès pour usage abusif de son nom à l’entreprise ferroviaire qui exploite le tunnel sous la Manche. Eh bien, plutôt que de changer de dénomination, ce qui aurait été fort coûteux et aurait aussi été un aveu d’échec en interne (travail marketing très mal fait), l’opérateur de trains a préféré régler ce conflit à l’amiable.

Et c’est pareil en politique. Rappelez-vous. Pour échapper aux poursuites judiciaires qu’encouraient ses dirigeants (Alain Juppé et Nicolas Sarkozy en tête) et ne pas devoir rembourser les sommes colossales qu’il devait à ses créanciers (dont l’État français) au risque de sombrer dans la faillite, le R.P.R. (Rassemblement pour la République) a simplement changé de nom : l’association de loi 1901, qui en est le support légal, devenait ainsi U.M.P. : Union pour une Majorité Présidentielle, avant de devenir l’Union pour un mouvement populaire, gardant les mêmes initiales.

C’est génial !

Du coup, en imposant ces règles manifestement restrictives à l’endroit de la liberté d’expression, Google va-t-il imposer de fait un changement de dénomination aux internautes qui veulent parler de certains traitements ou molécules, les informations que Google taxe d’être des fake news, des thèses complotistes ?

L’analyse de ce phénomène que le professeur Didier Raoult a donnée avant-hier sur Twitter est très intéressante.

Usant de leur position dominante, Google et sa filiale YouTube restreignent la communication sur ces sujets scientifiques et médicaux. Faisant cela, ils vont à l’encontre de la jurisprudence Hertel.

C’est bel et bien donner là l’opportunité à ses utilisateurs de faire un renaming de ces produits.

En effet, si Google demande à ce que l’on ne parle plus de ces traitements et molécules sur Google et YouTube (ce qu’il peut faire, légalement, car sa plateforme est privée), on risque effectivement de voir alors la prolifération de l’usage d’autres noms, ou des noms de code.

Peu usité ailleurs, le verlan est utilisé comme novlangue en France depuis très longtemps

Va-t-on assister à l’arrivée du verlan sur Google et YouTube, immixtion salvatrice pour la liberté d’expression permettant de tromper les algorithmes ?

Imaginons qu’au lieu de parler d’effets secondaires, on utilise le terme moins alarmiste, plus joyeux, festif, même, carrément, de « dersec-fêtes » ? Le terme « Tine-mec-very » (good lui aussi) à la place d’« ivermectine » ?

Il n’y a qu’un pas à franchir. Cependant, les algorithmes de Google risquent rapidement d’être adaptés ou modifiés pour prendre cela en considération.

Malgré tout, certains malins pourront faire usage de noms de code ou traduire en morse la dénomination de ces traitements et molécules, ou utiliser une autre forme de langage codé.

Bref, j’insiste, on va sans doute voir très rapidement une novlangue émerger sur Google et YouTube.

Un autre aspect plus complexe pour Google

La plupart de ces traitements et molécules sont d’origine naturelle.

Par exemple, l’hydroxychloroquine est un dérivé de la quinine. Reprendre la pharmacopée et le nom natif de ces molécules est une option qui sera plus délicate pour Google. Pourquoi ? Parce que pour monitorer cela, il lui faudra affecter l’origine native des mots.

Selon Proudhon, la propriété, c’était le vol. Cela remonte à l’époque où la science était édictée par l’Église. Ce diktat ne laissait nullement cours à la conversation, au débat, débat qui pourtant seul permet de faire évoluer la science.

À cet égard, la situation quasi monopolistique de Google, société privée qui régit la liberté d’expression et de communication, est une occurrence qui ne devrait pas être permise.

C’est également totalement contraire aux origines de Google. En 2000, officiellement, Google disait vouloir permettre à tous les citoyens de la planète d’avoir accès à l’information sur les traitements. En régissant sa plateforme comme il le fait aujourd’hui, Google renie totalement son positionnement originel. Pire ! Google se donne des devoirs et des règles qui dépassent le contrôle que, normalement, seuls les États sont en droit d’exercer.

Des traitements précoces ont été utilisés avec succès dans de nombreux pays africains, et les avis de l’OMS à ce sujet ont évolués. Pour dicter la vérité, il faudrait au minimum que Google ait pour cela procédé au préalable à un audit complet sur ces traitements. Un audit en toute objectivité et en plein relativisme. 

Une interdiction ne dure qu’un temps : très vite les utilisateurs se détournent de l’outil.

Gageons alors qu’une combinaison raisonnée, composée de la pression collective des utilisateurs et de l’évolution de la science, va pousser Google à revoir sa politique au plus vite, au risque sinon de se voir lui-même censurer par de nombreux utilisateurs.

Pardi ! Quand le coût deviendra trop élevé pour Goliath, la horde de petits Davids que représentent les consommateurs, cette horde d’éclairés devenus militants, reprendra inéluctablement le dessus.

 

1) Comme solution à la ségrégation raciale qui sévissait alors encore à l’époque (1971) en Afrique-du-Sud et aux États-Unis – ségrégation qui notamment, dans les bus, interdisait aux noirs d’occuper les places de devant, réservées aux blancs -, Coluche avait proposé qu’on ne parle plus ni de blancs, ni de noirs, mais qu’on range tous le monde dans une seule catégorie de couleur : les bleus. Après avoir dit cela, il ajoutait immédiatement ceci :

« Donc les bleus clairs devant, les bleus foncés derrière. »





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