La région de Lougansk est libérée, celle de Donetsk le sera et cela ne soulève plus aucun doute, la question qui se pose est désormais de savoir ce qui ensuite se passera. En fait, où sera la frontière étatique de la Russie. Le NYT ce matin publie les trois scénarios fournis par Avril Haines, la directrice du renseignement national américain, qui de toute manière n’envisage pas sérieusement la possibilité de Kiev de reprendre les territoires perdus, mais espère un enlisement du conflit, qui épuiserait la Russie.

La victoire militaire russe n’est pas en question, celle qui se pose est de savoir où seront les frontières russes. Le NYT ce matin a publié un article analysant la proposition des trois scénarios établis par le Renseignement national sur le développement possible du conflit en Ukraine.

« Dans le premier cas, les progrès continus de la Russie dans l’Est de l’Ukraine briseraient la volonté des Ukrainiens de se battre et permettraient à l’armée russe de prendre encore plus de contrôle sur le pays. Ce résultat est le nouvel objectif de Vladimir Poutine, après avoir été vaincu lors de sa première tentative de renverser le gouvernement ukrainien. Dans le deuxième scénario – le plus probable, a déclaré Haines (lors d’une apparition publique à Washington la semaine dernière) – la Russie dominerait l’Est, mais ne serait pas en mesure d’aller beaucoup plus loin. Les deux pays tomberaient dans une impasse que Haines a décrite comme « une lutte acharnée ». Dans le troisième scénario, l’Ukraine stopperait l’avancée de la Russie à l’Est et réussirait également à lancer des contre-attaques. L’Ukraine a déjà regagné du terrain, notamment dans le sud du pays, et certains experts militaires s’attendent à une offensive plus large prochainement. »

Si l’on décrypte ces propositions, qui n’ont rien de très original, l’on note que les Atlantistes, ne pouvant sérieusement penser faire reculer la Russie, envisagent un enlisement du conflit, une sorte de guerre de tranchées. D’ailleurs, l’article fait plusieurs fois référence à la Première Guerre mondiale.

Il est vrai que l’article rappelle également que Poutine n’est pas favorable à une mobilisation générale, qui serait selon eux le seul moyen pour reprendre toute l’Ukraine. En effet, déclarer la mobilisation générale serait une erreur stratégique. D’une part, parce que la structure de l’armée russe a été radicalement modifiée (« modernisée ») et elle n’est plus adaptée actuellement à la gestion d’une armée de masse, ce qui avait alors été salué par l’Occident comme une grande modernisation  – et l’on comprend maintenant pourquoi. D’autre part, les pays impliqués dans le conflit, à savoir les États-Unis et leurs satellites, n’ont pas déclaré la mobilisation générale et la Russie se trouverait alors dans une situation de dangereux déséquilibre à terme si, seule, elle le faisait.

L’Occident pense pouvoir arriver à un pat en fournissant l’Ukraine en armes, soulignant que les ressources russes ne sont pas indéfinies. Rappelons que les ressources occidentales ne le sont pas non plus et le coût sera plus difficile à faire supporter au quotidien aux populations occidentales que russes, parce que si ces dernières se battent pour leurs frères, les Occidentaux ne savent pas très bien pourquoi ils doivent se priver, eux qui ont été ramolis à l’abondance pendant tant d’années.

La question, qui in fine reste en suspend, est celle de la frontière de la Russie. Comme cela est rappelé dans l’article, la stratégie russe a évolué et désormais, la Russie intègre pas à pas les territoires qu’elle reprend, avec l’accord de la population locale. Même les médias français, contre leur volonté, ont bien été obligés de montrer la joie des populations locales à l’arrivée de l’armée russe.

Pour l’instant, personne ne sait où va s’arrêter l’avancée de l’armée russe, d’autant plus que la clé du conflit n’est pas en Ukraine. À la différence de la Seconde Guerre mondiale, il ne suffit pas de prendre Kiev et de faire tomber Zelensky pour gagner le conflit, car l’Ukraine n’est pas la source de décision, elle est le terrain d’action, et Zelensky est resté cet acteur qu’il était, simplement le texte a changé. Mais stratégiquement, la Russie aura du mal à s’arrêter en cours de route avec le Donbass et quelques bouts de régions limitrophes, car elle aura une frontière étatique en état de guerre permanente. C’est le système, qui a transformé l’Ukraine en ce qu’elle est aujourd’hui, qui est le véritable ennemi.

Le combat, qui se déroule, est à double dimension : l’un militaire, avec l’impératif de contrôle du territoire ; l’autre géopolitique, avec l’impératif de renversement de l’idéologie globaliste, qui détruit les pays dans l’intérêt de la puissance atlantiste. Si la Russie avance assez bien sur le premier plan, quand les politiques ne la font pas reculer, elle a plus de difficultés avec le second, car la présence toujours incontournable des élites globalistes dans le pays transforme souvent le processus de déglobalisation en parodie, quand il ne s’agit pas d’un vulgaire sabotage.

La nécessité vitale pour le pays de mener en parallèle ces deux combats, sans provoquer ni une implosion de la société, ni une crise, explique très certainement à la fois le silence sur le but et les moyens d’atteindre ce but, et la précaution qui est prise dans l’avancée.

source : Russie Politics



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