CHRONIQUE — Il fallait beaucoup de patience pour écouter Mme Borne l’autre jour à l’Assemblée nationale. Et si je ne suis pas allé jusqu’au bout de son discours de politique générale, il me semble en avoir suffisamment entendu pour me faire ma petite idée.

Ah ! Certes, il ne manquait pas un bouton de guêtre. Tous les sujets ont été évoqués, depuis l’insécurité qui “inquiète encore nos concitoyens” (tiens donc !) jusqu’à la souveraineté (“une Europe plus forte, c’est une France plus forte”), en passant par l’Ukraine, le pouvoir d’achat, le logement, la dette qui commencera à baisser en… 2026, le plein emploi “à notre portée”, les retraites, l’écologie, les approvisionnements en gaz, la culture “qui sauve”, le sport, la santé qui doit être “de qualité” (vaste programme !), le handicap, l’outre-mer, les prisons. Et j’en oublie sûrement.

En somme, un catalogue de bonnes intentions (qui en aurait de mauvaises ?), un discours de technocrate (à combien de reprises nous a-t-elle dit qu’elle avait été préfète ?), et c’est bien la technocratie qui est aux commandes. Débutant son propos, la Première ministre avait lancé : “C’est à la France que je parle”. Il faut croire qu’elle ne lui a pas très bien parlé, si l’on en juge par la piètre appréciation qui en a été faite par le peuple français.

Bien sûr, des mesures seront prises. Quel gouvernement n’en prendrait pas ? Mais dans ce long discours, trop long discours, il n’y avait pas le moindre souffle, la moindre ambition nationale. Et l’attitude d’Elisabeth Borne était révélatrice : le pouvoir a choisi – doux euphémisme ! – de faire comme si, de faire comme s’il n’avait pas subi un revers impitoyable aux élections législatives. Contre mauvaise fortune électorale, il fait bon cœur politicien.

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La première des ministres déclare ainsi que trop longtemps, notre vie publique s’était traduite par des blocs qui s’affrontaient, alors qu’elle aurait bien aimé disposer d’une majorité absolue de députés, et que c’est le propre des grandes démocraties qu’il y ait une majorité et une opposition, la majorité soutenant le pouvoir de ses votes, et l’opposition faisant son possible pour devenir majorité à la faveur d’une alternance.

En cet été 2022, nous sommes prévenus : c’est “une nouvelle page” qui commence, “celle des majorités de projets”, et Mme Borne a fait assaut de sourires et de contorsions envers les présidents des groupes parlementaires dont elle aura besoin pour conduire la politique de la nation.

48 heures après son intervention à l’Assemblée nationale, le président de la Cour des comptes et le gouverneur de la Banque de France sonnaient l’alarme. Le temps du “quoi qu’il en coûte”, qui a permis la réélection de M. Macron, est bel et bien terminé. Le piège se referme sur le chef de l’État. À lui de remettre de l’ordre dans les affaires, et dans les comptes, de la “maison” France. Le chantier est immense, surtout s’il n’y a “pas de hausse d’impôts”, comme l’a promis Mme Borne.





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