Pour illustration

Le budget militaire combiné des pays de l’Union Européenne est équivalent à celui des États-Unis. Il est donc normal que la première priorité stratégique de ces derniers, ce soit d’éviter à tout prix que cette immense force armée ne soit dirigée de façon indépendante de leurs intérêts. Cela se traduit par un système «d’alliances» qui consistent formellement en des traités de coopération, et dans les faits en une imbrication de la structure administrative et hiérarchique des armées des pays alliés dans celle des États-Unis. Le but de l’OTAN n’a jamais été de défendre l’Europe contre l’Union Soviétique, il est attesté historiquement des intentions pacifiques et même franchement amicales de la seconde envers la première :

la Russie n’a jamais cessé de clamer vouloir faire partie d’une Europe unie, solide et souveraine. Le but de l’OTAN est de lier contractuellement les forces armées des pays européens au gouvernement des États-Unis. Il est sûrement vrai que ces derniers, livrés à eux-mêmes, ne pourraient pas gagner une guerre de grande envergure ni contre la Fédération de Russie, ni contre la République populaire de Chine. En tout cas, pas de gagner d’une façon qui n’implique pas un massacre pour eux-mêmes. Pour avoir une chance, ils doivent, comme tout stratège le sait, pouvoir attaquer sur deux fronts. Concernant la Russie, le front le plus évident n’en déplaise à l’attention scolaire et médiatique, c’est par la Sibérie et l’Alaska. Les États-Unis auraient besoin d’un maximum de forces sur cet axe. Or, en cas d’agression contre eux (et l’histoire montre comme il est aisé de crée une «agression»), ils savent qu’ils disposent sur le front opposé d’une force armée qui, comme nous l’avons dit au début, est équivalente à la leur en termes de budget militaire. Or, une attaque sur ces deux fronts à la fois, si elle ne rendrait pas la victoire impossible pour la Russie, la rendrait assez peu probable ou, pour changer cela, l’obligerait à faire un usage massif d’armement nucléaire (ce qui en contre-partie l’expose également à une riposte équivalente si le conflit en était resté à une phase conventionnelle). Et vous croyez que les 300 000 soldats américains prévus sous peu en Europe pour y stationner de façon permanente, c’est pour faire peur à Poutine ou bien pour étouffer dans l’œuf toute tentation de coup d’État chez les potentiels révolutionnaires présents dans les armées des pays européens ?

On a écrit que l’effet désiré des sanctions économiques était de pousser la population russe à la révolte contre son gouvernement et éventuellement provoquer un putsch qui destituerait ce dernier. Et bien d’autres on fait remarquer que cela avait en fait eu l’effet inverse. Mais pas assez de monde ne s’est demandé si en fait ce n’était pas cela, le fait de refouler et resserrer les russes dans leur propre nationalité, ce qui était recherché, et pourquoi. On a écrit (pas assez) sur le fait que l’un des intérêts stratégiques pour les États-Unis de diaboliser médiatiquement les raisons de la guerre en Ukraine, c’était de servir à éloigner psychologiquement l’Europe, notamment l’Allemagne, de la Russie ; et qu’une entente de qualité entre ces deux dernières nations avait été la crainte des stratèges anglo-saxons depuis le début du XXe siècle. Ils n’y sont pas arrivés du côté européen malgré des années d’influences et de chantages, ils profitent à présent d’une occasion de créer une barrière psychologique du côté russe. En résumant, on pourrait dire que d’après les idéologues états-uniens, l’intérêt stratégique de leur pays résiderait dans l’éloignement de l’Europe et de la Russie, pour des raisons principalement commerciales. Créer des monopoles commerciaux pour les entreprises états-uniennes, ou protéger ceux existant, étant en effet la priorité de la stratégie états-unienne proprement dite. Une des raisons de l’exaspération des autorités de la Fédération de Russie, hormis l’accumulation de forces armées faisant ostentation de leurs intentions hostiles, ça a été, depuis huit ans, toutes les manigances, arrangements et chantages de la part du gouvernement états-unien pour faire en sorte que les entreprises américaines supplantent les entreprises russes en Ukraine en ce qui concerne la production de céréales, les hydrocarbures et l’énergie nucléaire ; rien que ça.

Il y a une autre raison importante qui d’après moi explique la frénésie de toute cette diabolisation médiatique et tout ce tapage au sujet des ventes d’armements, sachant pourtant que cela va leur mettre une bonne partie des population en défaveur. C’est pour cacher aux Ukrainiens, sous leurs yeux, qu’après de longues années à les avoir préparé, conditionné et quasiment forcé à la guerre (en glissant dans les chaînes de commandement civiles et militaires des personnalités -nazies au passage- destinées à provoquer la guerre par tous les moyens à leur disposition), à leur faire croire qu’ils étaient du côté des bons et des puissants, et bien devant le fait accompli personne ne les aide, personne ne les a fait rentrer dans l’OTAN durant tout ce temps etc. Et l’on espère qu’avec tout ce tapage cela étourdira leur raisonnement et que, simples d’esprit, ils se diront qu’en fait si, ils ont reçu beaucoup d’aide. J’ai vu un seul article poser la question de savoir si au sortir de cette guerre, l’Union Européenne ne se retrouvera pas à sa frontière orientale avec un territoire peuplé d’anciens militants paramilitaires haineux envers l’occident envers qui ils se considèrent comme trahis. Il s’agit pourtant de l’une des principales questions que les européens, en tant qu’européens, auraient du se poser.

Une aide militaire étant inconcevable du point de vue leurs propres intérêts vitaux, les européens, justement, auraient donc du exiger d’emblée la seule option qui restait si l’on souhaite adopter une posture cohérente, à savoir l’arrêt de l’envoi de matériel létal en Ukraine. Au moins, ne permettraient-ils pas aux soldats ukrainiens de se faire tuer exclusivement pour protéger des intérêts politiques et financiers prédateurs (que l’on pense par exemple à la suppression récente dans le pays des indemnités de chômage ou des partis d’opposition). Au moins, ils ne contribueraient pas non plus eux-mêmes à la création d’un imminent et massif trafic d’armes au marché noir en plein cœur de l’Europe. Mais la quantité faramineuse d’armes occidentales qui finissent sur le marché noir est seulement évoquée dans la presse états-unienne, jamais dans la presse européenne. C’est pourtant dans les pays d’Europe que ces armes vont se retrouver entre les mains du crime organisé. D’un autre côté, la conséquente augmentation de l’insécurité constitue un facteur de plus dans la manche de ceux qui voudraient instaurer un régime policier globalisé…

Par ailleurs, qui sommes-nous, nous «européens», pour juger moralement les actions d’une autre notion au nom du principe de l’inviolabilité des frontières, alors que la moitié des frontières actuelles sont le fruit empoisonné de siècles de violations de ce principe de notre part ? Il est certes évident qu’une quelconque annexion territoriale au nom de la culture ou de l’histoire sonne aujourd’hui ridicule à la lumière de la circulation des connaissances en vigueur dans notre société. C’est ainsi que la maladresse chronique du président russe visant à faire accepter l’idée que l’Ukraine fait culturellement partie de la Russie (idée empruntée au penseur américain auteur de la théorie du «choc des civilisations») n’a débouché que sur la mise en perspective inverse d’après laquelle la civilisation ukrainienne est en réalité plus ancienne et plus variée, et, quelque part, par conséquents plus profonde, que la civilisation russe ; et qu’à tout prendre ce serait plutôt la seconde qui est englobée par la première. Mais est-ce vraiment là l’important ? Quelqu’un croira-t-il que sans l’enjeu militaro-ethnique représenté par les populations russophiles du Donbass et de la Crimée, l’excuse civilisationnelle à elle seule aurait été brandie pour justifier quoi que ce soit ? Que cette invasion vise à déplacer de deux-cent kilomètres les frontières d’un pays énorme qui s’étend sur plus de neuf-mille kilomètres, très peu peuplé (un peu plus que le double de la population française) et rempli de matières premières ? Le gouvernement russe risquerait-il de tomber pour une telle revendication territoriale ? Absurde. Même en prenant note du fait que les territoires ukrainiens et russes ont été fusionnés pendant les deux siècles qui ont précédé la création de l’état ukrainien en 1990.

Ce sont les politiciens et militaires ukrainiens (à la solde des usa) qui depuis au moins 2014 voire avant nient le coté russe de l’Ukraine, en supprimant le russe des langues officielles du pays (parlé par 35% des ukrainiens), en persécutant les manifestant pro-russes avec une extrême violence, en faisant du révisionnisme historique en affirmant que l’union soviétique c’était une monstruosité alors qu’ils profitaient encore il y a peu de ses acquis sociaux, en valorisant publiquement la collaboration historique avec l’hitlérisme, etc. A la chute de L’URSS les services secrets britanniques et états-uniens ont employé les grands moyens pour envenimer le plus possibles les relations entre la Russie et les anciennes républiques de l’Union. Maidan en 2014 était l’un de leurs coups, qui a marché ; et il y a quelques mois au Kazakhstan, mais là apparemment ça a foiré. Et rappelons, car peu de gens se sont enquis des détails, qu’à Odessa les manifestants pro russes étaient pacifiques, ils squattaient tranquilles dans leurs tentes, et les holligans et les néo-nazis sont allés les chercher exprès pour les tabasser. Les autres se sont réfugiés dans un bâtiment auquel on a jeté des coktels molotovs et ils ont brûlés vifs. Cela n’a pas été un cas isolé.

En février 2022, les républiques du Donbass ont déclaré leur indépendance et, dans la foulée, sollicité un traité d’alliance militaire défensive avec la Fédération de Russie. Cette dernière ayant accepté, elle ne pouvait pas laisser ces territoires subir de plein fouet les offensives des forces armées ukrainiennes comme elle avait laissé faire pendant huit ans déjà, certes en essayant de limiter la casse par l’envoi de matériel, sûrement des instructeurs militaires (les instructeurs américains et européens opérant en Ukraine depuis au moins autant de temps). Si l’armée russe était resté sur la défensive derrière les frontières, tous les affrontements se seraient alors déroulés dans le Donbass et la Crimée, ce qui est pour eux de toute évidence inacceptable, d’un point de vue diplomatique comme d’un point de vue moral. Les prochaines semaines confirmeront ou infirmeront ce que je répète depuis le début, que le but premier de l’armée russe est de protéger ces zones et qu’une fois qu’elles seront sécurisées et protégées par un no-man’s-land fortifié, elle cessera sa soi-disant conquête de l’Ukraine. Comme l’a fait remarquer le Parti Communiste de la Douma russe, une guerre impérialiste ne met pas en danger les réseaux commerciaux de l’oligarchie marchande de son pays, elle les sécurise et les amplifie. Or on ne peut pas dire que cette guerre a l’air de profiter aux hommes d’affaires russes dont les entreprises souffrent des sanctions économiques et dont les biens à l’étranger sont saisis de force.

Ce qu’il aurait fallu faire, c’est laisser l’Ukraine tranquille choisir au cas par cas avec qui elle veut traiter pour les accords qui l’arrangent le plus, UE, USA ou fédération de Russie. Mais les USA n’ont cessé de faire usage de chantage et corruption, entre autres en infiltrant des néo-nazis à leur solde dans la hiérarchie du pays, pour imposer leurs monopoles commerciaux pour l’agriculture (semences monsanto), le nucléaire civil et les hydrocarbures en Ukraine au détriment des russes et des européens. On a dit la fédération de Russie est un état colonialiste. Pourtant, en 1990, les relations entre l’Ukraine et la Russie étaient amicales ou au moins cordiales, et l’Ukraine bénéficiait de lois de protection des travailleurs très bonnes héritées du communisme. Puis les États-Unis s’en sont mélés : ils ont commencé à financer puis entrainer les restes des nazis anti-russes qui restaient de la guerre (comme ils l’ont fait en Grèce, comme ils ont soutenu Franco en Espagne, etc). Ensuite en 2014 ils ont fait du chantage pour que l’Ukraine ouvre ses portes aux semences OGM de Monsanto (immense marché car elle est l’un des premiers pays producteurs agricoles au monde). Le chantage n’a pas marché et le président ukrainien a préféré passer un meilleur deal avec la Russie, du coup : boum ! « révolution » de Maidan. Et aujourd’hui, ça y est : le «libéralisme» (libéralisme pour les riches) a vaincu en Ukraine ; avec l’excuse de la guerre voici les mesures prises par le gouvernement à l’instigation des élites occidentales qui veulent quelque part un pays de larbins maintenant que la Chine n’a plus besoin de jouer ce rôle : les travailleurs ukrainiens n’ont depuis peu plus aucun droit (pas de chômage, aucune indemnité, rien), les partis politiques de gauche sont interdits, les hommes n’ont pas le droit de sortir du pays etc.

Vous autres journalistes parlez de la « force de la démocratie » qui est représentée et défendue actuellement en Ukraine ? Avec l’interdiction des partis d’opposition (de gauche) ? La suppression totale des droits des travailleurs ? Les milices paramilitaires à la solde des grands chefs d’entreprise ? Les journalistes molestés ou emprisonnés ? Les actes de ségrégation et de violences extrêmes envers les minorités ethniques et/ou culturelles du pays ? L’infiltration massive de néo-nazis dans la hiérarchie administrative et militaire ? Où étiez-vous pendant tout ce temps pour vous soucier du sort du peuple ukrainien dont le sort n’a cessé de se dégrader depuis les années 90 ? Pour couvrir la guerre civile du Donbass et ses horreurs constantes ? Où était l’Europe lorsqu’elle a exigé au gouvernement ukrainien qu’il ouvre son pays aux semences OGM de Monsanto en échange de son adhésion à l’UE ? S’il est vrai que l’indignation de l’homme et de la femme contemporains a toujours été sélective, je n’aurais pas cru qu’elle en deviendrait aussi abusive…

Xelnaga

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