« Les États-Unis auraient dû se rendre compte qu’ils perdraient dès le début de notre opération militaire spéciale, car cette opération signifie aussi le début d’un effondrement radical de l’ordre mondial à l’américaine. » (Vladimir Poutine)

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par Bruno Bertez.

Si l’on compare cette citation de Poutine avec sa justification originelle du SMO (désarmement, dénazification, protection de la population russe), il est frappant de constater que l’objectif est désormais beaucoup plus large.

C’est une déclaration de guerre aux USA.

Le président de la RF déborde de confiance, le SMO semble se jouer en faveur de la Russie. Ce n’est pas de la propagande mais cela reflète une vision non biaisé du champ de bataille économique et militaire.

Le respect initial de la Russie pour les sanctions occidentales ou l’armée ukrainienne de l’OTAN a disparu.

La Russie, pense-t-on de plus en plus, gagnera cette guerre.

Mais que signifie « gagner » dans ce contexte ?

Cela signifierait que les États-Unis admettent qu’ils ne peuvent pas atteindre leur objectif.

Que l’Ukraine est perdue pour le jeu géostratégique.

Que la Russie est loin d’être isolée.

Que l’Europe n’a pas basculée et qu’elle reste dans ses positions « molles et ambiguës ».

Que la Russie d’une certaine façon sortira renforcée de ce conflit.

Il y a loin à mon sens de la victoire du SMO à la victoire Russe et à la défaite américaine.

C’est à mon sens un peu vite que Poutine et surtout Lavrov passent en pertes et profits le colossal actif mondial dont disposent les Américains.

La puissance Américaine est enracinée.

Enracinée, incrustée dans les moindres pores du système mondial.

Je le constate quotidiennement moi qui suit à la loupe les développements monétaires et les grands cycles du dollar impérial.

Ce n’est pas seulement le dollar – la chose – dont nous parlons, non ce dont nous parlons, c’est au dela, c’est du système du dollar, de tout ce qu’il représente comme fonds de commerce, comme matière grise, comme actif caché , comme pratiques, comme modes de raisonnement, comme mode de valorisation etc…

Le vrai point fort de la puissance américaine ce n’est pas contrairement aux illusions de Poutine et Lavrov, la monnaie elle même mais le système auquel elle a donné naissance depuis 1945. Avec la dépendance totale des banques centrales du ROW, avec la fragilité extrême des banques commerciales et des marchés financiers qui prétendraient s’écarter des oukases de la Fed et du DOJ.

Je ne vais pas plus loin mais je pense que vous me comprenez : la puissance américaine c’est l’équivalent de 75 ans de fortifications et de tranchées !

Ce n’est pas une chose, un attribut, non c’est la domination d’un système hautement complexe, enfoui, ramifié, peu connu, peu étudié.

Les Chinois par exemple sont en train d’en faire l’expérience, eux qui sont confrontés à une évolution systémique qui leur échappe malgré leur mainmise sur leur économie et leur société. Les Chinois sont en avance, meme sur les USA car eux, confrontés à la réalité des soubresauts du système acquièrent l’expérience concrète, pratique. N’oubliez pas ce que je vous dis : les Chinois sont nos précurseurs et notre caricature.

Ce qui commande dans le monde c’est non pas les États Unis mais le système que les États Unis ont laissé – presque malgré eux – s’installer.

Et ils sont presque autant soumis à ce système – par exemple au système de la Dette – que les Peripheriques, les Vassaux et les Émergents car le système est inconscient, il a sa logique, sa dialectique, celle de se perpétuer quels que soient les dégâts qu’il occasionne.

Réfléchissez et vous verrez que ce que j’essaie d’expliquer transparait clairement dans la situation actuelle. Le système qu’ont construit, sinon voulu les USA-Gulliver les ligote autant qu’il ligote les nains qui les entourent.

The World America Made est une expression imbécile, prétentieuse car ce monde personne ne l’a fait, il s’est fait ! Il s’est imposé au fil de l’histoire. C’est un monstre qui s’est imposé au fil du jeu des forces historiques.

Ce ne sont pas les USA qui l’ont construit, ils ne savaient même pas ou ils allaient !

Croyaient vous un seul instant que Nixon savait ou il allait quand il a détruit l’ordre American et Mondial par ses déficits ? Non ils ont simplement exploité la logique et les opportunités. L’idée d’un monde qui aurait été fait par la volonté américaine est celle qui convient aux politiciens, aux médias, aux néocons et autres brasseurs de rhétorique creuse, non the World American Made est un système qui, a ce jour est non étudié, inconnu de tout le monde, c’est un système sur lequel le monde entier projette une intelligibilité fausse. Le système est aveugle, opaque et non conscient de ce qu’il fait : il se survit, il se reproduit.

Son intelligibilité ne sera accessible que lorsqu’il aura disparu, quand on le verra avec les yeux de demain et après demain.

Mais les États-Unis ne peuvent pas l’admettre. Ce serait une terrible vérité pour les élites. Il faut qu’elles fassent croire qu’elles sont en charge !

Cela prolongera la guerre, mais peut être en même temps cela renforcera la Russie, qui sait.

Ce qui est sur c’est que rien ne se passera en tout ou rien. Il n’y aura pas contrairement aux espoirs de certains, un avant et un après.

Les États-Unis sont un tigre de papier. Mais le système qui s’est mis en place depuis leur victoire dans la Seconde Guerre mondiale, lui est encore solide, dangereux car blessé.

source : Bruno Bertez



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One thought on “Les États-Unis sont un tigre de papier. Mais le système qui s’est mis en place depuis leur victoire dans la Seconde Guerre mondiale, lui est encore solide, dangereux car blessé”
  1. Je suis d’accord avec vous sur le fait qu’il ne s’agit pas de battre les USA (à moins de l’atomiser totalement. Ce qui n’est en rien le souhait des Russes) mais bien le système occidental (dans tous ses aspects, pas qu’économique) ;
    Je suis parfaitement d’accord que le système est récurrent et que nombreux sont les acteurs qui ne veulent pas (ou ne peuvent pas voir) le système s’effondrer ;
    Je suis encore plus d’accord que la bête blessée est dangereuse, car ceux qui en sont les acteurs sont encore assez puissants, même très puissants, et, peuvent faire usage même du pire (ce sera la seule cause de l’usage de l’arme atomique) pour sauver le système qui les sert. Quand l’Hydre n’a plus de tête, dans un dernier réflexe de survie, il donne un coup de queue qui balaye tout sur son passage. Il n’a plus rien à perdre. Tous morts plutôt que moi seul.
    Cependant, le système complexe, s’il est récurrent, ce qui lui donne une certaine stabilité, est aussi exposé aux effets domino qui eux sont ravageurs et incontrôlables. La faim parmi des peuples peut, par exemple, constituer un démarrage du renversement des dominos.
    Je ne suis pas d’avis que Poutine et Lavrov pensent gagner la guerre lors de cette seule bataille ukrainienne. Ils estiment que la donne a déjà changé et que la fin du système US et donc des USA est désormais inéluctable. Tôt ou tard. Les Russes ne sont jamais pressés à l’inverse des Étasuniens.
    La perception des USA et du libéralisme a changé radicalement dans le monde. C’est un fait. Or c’et bien l’imaginaire qui constitue tant la résilience que le changement. Sans l’imaginaire qui conglomère autour de lui, le système s’effondre. Et un nouvel imaginaire c’est avant tout la perception qu’une autre réalité est possible. Sans ce changement de perception aucun changement n’est possible. Il est déjà acquis et est irrévocable puisqu’il existe. C’est une prise de conscience qui ne peut que croitre même en occident.
    Je crois vraiment que nous vivons un moment historique, une véritable révolution. Cette révolution murissait depuis déjà de longues années. La victoire des Russes est de l’avoir initiée. Ils ont abattu le premier domino et l’effet est enclenché mais n’est plus dans les mains des Russes mais dans celles de ceux qui ont vu une lumière dans cette chute. Ce fanal est celui qu’ils attendaient pour avoir une direction commune pour se mettre en marche.

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