michel tognini

© Romain Gamba/Maison Moderne
Michel Tognini lors de l’événement en direct de la Journée des astéroïdes le 30 juin à Luxembourg.

Des scientifiques et des experts se sont réunis au Luxembourg et dans le monde entier pour la Journée internationale des astéroïdes, un événement destiné à sensibiliser le public à la menace de collision d’un astéroïde avec la Terre. Delano et Paperjam ont rencontré l’ancien astronaute Michel Tognini.

Michel Tognini a passé un total de 19 jours dans l’espace lors de deux vols spatiaux. Il a rejoint le programme spatial français dans les années 1980 après une carrière dans l’armée de l’air. Cet astronaute chevronné a ensuite dirigé le centre des astronautes de l’Agence spatiale européenne de 2005 à 2011.

Comment se passe une mission dans l’espace et comment cela a-t-il changé votre vision de la Terre ?

Michel Tognini : La mission est un long processus d’entraînement. C’est une expérience compliquée en matière de sécurité. Vous devez être prêt à faire face à n’importe quel type de défaillance car lorsque vous connaissez le système, vous vous sentez mieux. Et parce que vous vous sentez mieux, lorsque vous êtes à l’extérieur, vous l’appréciez davantage – vous profitez de la sensation de zéro G, en regardant l’entièreté de la Terre. Vous voyez des endroits que vous ne pourriez jamais voir autrement.

C’est très intéressant de découvrir la beauté et la fragilité de la Terre. Tous les astronautes reviennent en disant que nous devons tout faire pour protéger la planète. Il y a un lien humain très fort.

La mission de la Journée internationale des astéroïdes est de protéger la Terre d’une éventuelle collision avec un astéroïde. En quoi êtes-vous impliqué ?

Michel Tognini : Quand vous êtes dans l’espace, vous regardez l’atmosphère, vous voyez cette fine couche. Et si cette atmosphère disparaît pour une raison quelconque, nous sommes morts. Ce n’est pas un scénario impossible, car ce scénario s’est produit sur Mars. Nous avons discuté des problèmes environnementaux, de la hausse des températures, qui est très importante. Mais l’un des scénarios pourrait être aussi l’impact d’un astéroïde.

Il n’y a aucune protection contre les astéroïdes.

Michel Tognini, ancien astronaute, Agence spatiale européenne

Il n’y a pas de protection contre les astéroïdes. Mais peut-être que dans 20 ans, nous aurons fondé ensemble le concept d’une mission humaine pour aller sur un astéroïde. C’est en faisant plus de missions que nous découvrons le contexte, comment se forme un astéroïde, et ce qu’il y a à l’intérieur.

Les astéroïdes ne sont pas durs, comme la roche. Ils peuvent être constitués d’un matériau mou et, pour cette raison, les scénarii que nous avions dans le passé de déviation avec un processus d’explosion nucléaire doivent être revus. Je suis de plus en plus convaincu que l’humanité peut faire quelque chose de plus pour protéger la Terre et éviter un impact d’astéroïde. C’est pourquoi je suis ici.

Il y a quelques mois, le film Don’t Look Up jetait un œil satirique sur ce scénario. Qu’en avez-vous pensé ?

Michel Tognini : Les scientifiques vivent dans leur propre monde et les politiciens dans un monde différent. Ce film expliquait le manque de communication entre les deux et le manque de confiance. Le film est extrême, évidemment. Mais malgré cela, nous n’avons aucun système de protection.

Le prochain astéroïde qui nous arrive est Apophis en 2029. C’est dans sept ans. Nous devons être très prudents. Même si le risque est faible, nous devons être préparés. Et la façon de se préparer est une mission, comme pour aller sur Mars. Si on peut aller sur Mars, on peut aller sur un astéroïde.

Il existe des menaces plus concrètes, comme le changement climatique, la guerre en Ukraine, la pandémie. Quels sont les défis à relever pour attirer l’attention sur un problème qui semble beaucoup plus abstrait et distant ?

Michel Tognini : Un astéroïde est un scénario catastrophe. Nous en avons deux par siècle. Dans les 50 prochaines années, nous devrions en avoir un moins gros. Celui qui est tombé en Sibérie il y a sept ans faisait environ 20 mètres de long. S’il tombait sur Paris ou une grande ville, elle serait détruite. Même si les gros astéroïdes n’ont pas été proches jusqu’à présent, un petit astéroïde pourrait arriver très rapidement.

L’exploitation des astéroïdes a ajouté une nouvelle dimension à cette question…

Michel Tognini : C’est vraiment important. Il y a deux scénarios: si vous allez sur un astéroïde pour ramener des matériaux rares, les coûts sont très élevés. Pour cinq grammes, c’est 1 milliard de dollars, je crois. Mais si vous partez en exploration, il est bon de savoir qu’il y a des endroits où il y a de l’énergie. Vous pourriez vous poser dessus et utiliser cette énergie pour vous rendre à un autre endroit.

Alors que nous recherchons des ressources dans l’espace – ou peut-être même de nouveaux habitats – dans quelle mesure sera-t-il difficile de maintenir la paix dans l’espace ?

Michel Tognini : Si vous considérez quelque chose comme l’hélium 3, il y en a environ 500 milliards de tonnes sur la lune. Cela correspond à plus de 10.000 ans d’énergie. Il y en a beaucoup pour tout. Je ne pense pas que ce soit un réel problème. Il est évident que les plus grands seront les premiers à y aller, comme la Chine ou les États-Unis, mais ce sera partagé.

Lorsque vous êtes dans l’espace, le seul bel endroit est la Terre.

Michel Tognini, ancien astronaute, Agence spatiale européenne

C’est pour cela que nous avons la station spatiale. Elle nous apprend à travailler ensemble, et ce modèle peut être utilisé pour aller sur la Lune ou sur Mars. Nous pouvons être fiers que l’humanité puisse coopérer dans l’espace.

En parallèle, la défense joue un rôle croissant dans l’espace. Les États-Unis ont une Space Force, il y a le compas stratégique de l’UE pour la défense. Même le Luxembourg a une stratégie de défense spatiale. Quels sont vos points de contact avec ces développements ?

Michel Tognini : Nous ne sommes pas trop liés à la défense spatiale, car elle n’a aucun lien avec les missions spatiales humaines. La défense spatiale concerne les satellites d’observation de la Terre ou les transmissions radio cryptées. La nouvelle chose que nous avons vue est l’interception des satellites. Les pays veulent montrer qu’ils sont capables de le faire.

Selon vous, quel rôle peuvent jouer les stratégies de défense spatiale pour potentiellement dévier un astéroïde ?

Michel Tognini : C’est difficile à dire. Ce n’est pas une préoccupation des militaires. Mais il est important de venir à cette réunion chaque année, car un jour, lorsqu’un astéroïde arrivera – comme dans le film Don’t Look Up – si on n’est pas préparés, on ne pourra pas construire une énorme organisation pour le croiser. Nous devons nous préparer des années et des années à l’avance. Nous maintenons cette organisation de bas niveau – nous allons en orbite terrestre basse, sur la Lune et un jour sur Mars – de sorte que si, un jour, nous allons vers un astéroïde, ce sera la même chose: même distance, mêmes problèmes.

Le but de l’humanité est de protéger la Terre. Je ne suis pas d’accord avec les gens qui disent qu’il faut transporter tous les gens de la Terre vers Mars. La Terre est belle. Quand vous êtes dans l’espace, le seul bel endroit est la Terre. Tout le reste semble si austère, gris et hostile. Il sera difficile de trouver une seconde Terre, nous devons donc faire attention à notre environnement.»

Cet article a été rédigé par Delano en anglais, traduit et édité par Paperjam en français.



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