Pour la deuxième fois depuis son élection, le chef de l’État a donné un entretien télévisé le 14 juillet à TF1 et France 2, après avoir assisté au défilé militaire sur les Champs-Élysées. Présageant une rentrée et un hiver difficile en raison des conséquences du conflit en Ukraine, Emmanuel Macron a appelé les Français à se préparer à limiter leur consommation d’énergie, annonçant par ailleurs que le contribuable continuerait à soutenir financièrement la guerre en Ukraine.

« Il faut nous préparer tous à ce que (la guerre) dure. L’été et le début de l’automne seront sans doute très durs », a lancé le président de la République, évoquant une situation d'”économie de guerre”. Bien que le bilan des sanctions contre la Russie soit très mitigé, en particulier en contraste avec le prix infligé aux Français, et malgré l’inflation qui continue à grimper avec un impact toujours plus douloureux sur le pouvoir d’achat, Emmanuel Macron a estimé qu’il fallait maintenir le cap : « La seule chose à faire, c’est aider l’Ukraine et sanctionner l’économie russe ». Il l’assure : « La France sera toujours en situation d’aider l’Ukraine, sur le plan humanitaire, économique et politique ».

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Compenser l’absence de gaz russe par des apports du Qatar, de l’Algérie et des États-Unis

Expliquant que Moscou « utilise l’énergie comme une arme de guerre », le président a averti que « nous devons nous préparer à un scénario où il nous faut passer en totalité du gaz russe ». Pour ce faire, le chef de l’État a donné le nom des pays chez lesquels il comptait sécuriser des approvisionnements : la Norvège, le Qatar, l’Algérie, et les États-Unis.

Bientôt des contraintes énergétiques ?

Durant son entretien télévisé, afin de faire face au manque de ressources en énergie et dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, Emmanuel Macron a affiché sa volonté de mener les Français « collectivement dans une logique de sobriété », ce qui se traduira par des « contraintes », a-t-il expliqué. Pas de quoi s’inquiéter sur de trop grandes restrictions de libertés si on l’en croit, car, selon lui, « quand on est intelligent, on essaye que ces contraintes pèsent le moins possible ». Des propos qui ne sont néanmoins pas sans rappeler le débat autour du passe écologique, maintes fois dénoncé par ceux qui voient, à l’instar de l’avocat Pierre Gentillet, derrière l’instauration du passe sanitaire le danger d’un basculement vers une société de contrôle à tous les échelons du quotidien.

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Par ailleurs, le chef de l’État a fait savoir que les Français devront faire preuve d’un effort sur leur consommation d’énergie non pas seulement par égard pour leurs compatriotes, mais aussi à l’égard du reste des habitants sur le continent européen : « On doit essayer de réduire nos stocks pour passer le pic de l’hiver, car nous aurons besoin d’être solidaires avec les autres Européens », a-t-il décidé. Il ajoute qu’« on doit le faire pour qu’il n’y ait jamais de coupure complète ». Cela signifie-t-il qu’il y aura des coupures « partielles » ? Le chef de l’État ne l’a pas précisé.

Comment cela se passera-t-il concrètement ? « On va essayer collectivement de faire attention le soir aux éclairages » et aux « éléments sur l’utilisation de notre électricité », entame Emmanuel Macron, qui annonce la future élaboration d’un « plan de sobriété » : « On va faire un plan de sobriété dans lequel on va demander à tous nos compatriotes de s’engager », explique l’homme politique qui juge que « cette crise est une opportunité » pour accélérer « la transition énergétique ». L’occasion pour le chef de l’État de souligner qu’il compte développer les énergies renouvelables en adoptant « dès cet été une loi d’urgence pour réduire les délais. »

Un discours qui renvoie à celui également tenu par le président des États-Unis, qui avait été accusé par le camp conservateur américain de tirer avantage de la flambée des prix de l’essence pour favoriser son plan controversé de « relance verte ». À l’occasion du Forum économique mondial, qui s’est tenu du 22 au 26 mai à Davos en Suisse, Kjerstin Braathen, directrice générale de DNB ASA, un des plus grands groupes du secteur financier norvègien, avait également soutenu que la situation inflationniste représentait une opportunité pour accélérer un « processus écologique » qui ne se ferait pas sans une « certaine douleur » : « Nous devons accepter que ce processus se fera avec une certaine douleur. La cadence qu’il nous faut suivre entrainera des pénuries d’énergie, elle créera des pressions inflationnistes. Et peut-être que nous devrions commencer à en parler, à dire que cette douleur en vaut vraiment la peine ».

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Uber Files : Emmanuel Macron s’agace des « cris d’orfraie » de l’opposition

Fidèle à son ton volontiers bravache, il a réitéré ne rien renier de ses liens privilégiés avec la plateforme étasunienne Uber alors qu’il était ministre de l’Economie.

« Vous rigolez ou quoi ? », a-t-il lancé à l’une des deux journalistes qui l’interrogeait sur ce sujet. « Je n’ai pas un tempérament à être sous influence [et] je recommencerai », a-t-il martelé, dénonçant des « cris d’orfraie » poussés par l’opposition. « C’est un combat politique que je revendique » a-t-il renchéri, vantant sa défense d’une « ouverture du marché » qui a créé des « milliers d’emplois ». Le 13 juillet, lors d’un déplacement dans l’Isère, Emmanuel Macron avait déjà affirmé « assumer à fond » son action.

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Dans le cadre des « Uber Files », une enquête reposant sur des milliers de documents internes à la compagnie étasunienne de chauffeurs privés Uber, le quotidien Le Monde a conclu à l’existence d’un « deal » secret entre l’entreprise et Emmanuel Macron quand il était ministre de l’Economie de François Hollande (2014-2016). Le journal relate que l’ancien lobbyiste en Europe de l’entreprise, à l’époque « conseiller senior du conseil d’administration », a participé en 2016 à la levée des fonds pour la campagne du futur président.

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Macron décrie l’alliance des députés de bords politiques opposés contre le projet de loi Covid

Le président de la République s’en est aussi pris au rejet dans la nuit du 12 au 13 juillet par une majorité de députés (issus à la fois de la Nupes, du RN et des LR) d’un article du projet de loi sanitaire porté par sa majorité, qui portait sur la mise en place d’un passe aux frontières pour les voyages « extra-hexagonaux ».

Qualifiant ironiquement cet épisode de « coup de chaud nocturne », le chef de l’État a ensuite fustigé les diverses familles politiques à l’origine de ce camouflet dans le cadre d’un vote commun.

« Vous avez des députés de La France insoumise, du Rassemblement national et des Républicains qui ont voté ensemble [et] je ne crois pas que les députés Les Républicains se soient engagés devant leurs électeurs à voter avec [LFI et le RN] pour empêcher qu’on mette en place un pass aux frontières […]. Il n’y a de majorité contre le gouvernement qu’avec cet attelage baroque de femmes et d’hommes qui se combattent complètement », a dénoncé Emmanuel Macron.

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