CHRONIQUE – L’euro est au même niveau que le dollar pour la première fois depuis 2002. L’inflation en Espagne a atteint il y a déjà trois semaines une somme à deux chiffres et, partout dans la zone UE, elle se fait plus ou moins sentir. L’hyper endettement public dépassant la barre des 100% de PIB, est devenu la norme. Les réserves des banques pourraient ne pas être garanties pour toujours. Ce sujet fait encore office d’épouvantail, mais c’est dans l’air. Ce n’est pas du tout exclu de la configuration risque des nations les plus riches. Une nouvelle crise bancaire et immobilière entre à nouveau dans le champ des possibles, sans parler de la conjoncture géopolitique installée par la Maison-Blanche en Ukraine, et le choc énergétique qui en découle. Dans la série des fléaux, le fruit de l’épargne s’érode par l’inflation, dans un environnement où les pensions sont désormais officiellement considérées comme une vue de l’esprit pour les générations de post boomer. Le frisson de l’insécurité économique propre aux citoyens des États émergents assaille les Européens. Jamais la politique monétaire n’a été si peu et si mal défendue, à l’image du reste. Mais pendant que le syndrome de l’argentinisation de l’économie communautaire s’installe, à la tête de la BCE, Christine Lagarde fait l’autruche.

Les pires prédictions associées à sa nomination à la tête de la BCE se seraient-elles réalisées ? « Mettre Christine Lagarde à la tête de la BCE, conduira l’Euro zone vers une catastrophe », titrait The Telegraph en juillet 2019. En août de la même année, le média britannique met en garde : « L’Argentine est le dernier désastre de Christine Lagarde, le prochain sera l’Europe ». La veille, le Financial Times lui emboîtait le pas, en prenant des gants : « L’héritage de Lagarde au FMI, fait peser des nuages sur sa présidence à la BCE ». Pour mémoire, le poste à la BCE lui avait été proposé par Emmanuel Macron en marge du G20 d’Osaka, en 2019. L’ex-associé du cabinet Baker McKenzie cherchait justement une planche de salut, pour éviter d’avoir à gérer sa crise.

C’est l’histoire du crédit le plus généreux et, en même temps, le plus imprudent de l’histoire de l’institution. En 2019, alors qu’il ne faisait plus l’ombre d’un doute que l’Argentine était entrée officiellement en défaut de paiement, que l’ex-président Mauricio Macri ne serait pas reconduit pour un second mandat, peu de professionnels auraient parié sur l’avenir de Lagarde. Macron lui ouvrait les portes de la banque centrale des banques centrales. 

En 2018, ce sont 56 milliards qui ont été alloués par Christine Lagarde au champion du monde des défauts. 56 milliards, dont 44 arriveront effectivement dans les caisses de la Banque centrale de la République argentine (BCRA). Dès la première tranche, l’Argentine demandait la restructuration de la dette. Ce qui n’a pas empêché le fond de verser la seconde tranche. Depuis, l’Argentine est de nouveau dans ce cercle vicieux qui va du défaut à la renégociation des termes de la dette, puis du re défaut. In fine, de la cession de la dette devenue toxique à des fonds spéculatifs pour qui, la mauvaise gouvernance argentine est une aubaine infinie. Ce, pendant que la classe moyenne, qui n’a jamais vu la couleur de l’argent, plonge dans les statistiques de déclassement et de l’indigence.

Lagarde ne pouvait pas ignorer l’histoire financière argentine. Les défauts marquent tellement l’histoire du pays que l’on ne rappelle jamais assez que le Club de Paris a été créé en 1956 comme une commission ad hoc pour régler la dette argentine. Les arbitres du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) planchent essentiellement sur les conflits surgis de ce pays, lesquels représentent plus d’un tiers des cas. Les parties plaignantes sont des entreprises qui s’y sont vus flouées, voire expropriées. Il y a une matrice.

La rapidité avec laquelle ce prêt a été élaboré et le lien exceptionnel qui s’est créé entre elle et Mauricio Macri, ex-président d’Argentine, continuent à dérouter. Car le prêt de 2018 a été garanti dans des conditions totalement atypiques pour le fond, avec une partie du Directoire en dissidence, s’abstenant toutefois de poser son véto. Lagarde qui n’est pas économiste se découvrait partisane d’une approche plus hétérodoxe, incluant des composantes sociétales, d’inclusivité transgenre essentiellement et autres concepts woke, mais très peu de réforme visant la stabilité de la monnaie.

Moins d’exigence de réformes structurelles, implicitement, revenait à moins de contrôle. De fait, il est très difficile de statuer sur le devenir des 44 milliards qui sont effectivement arrivés en Argentine. Pour certains, les fonds ont été absorbés par l’inflation. Pour d’autres, tout simplement siphonnés à l’ancienne. Plusieurs enquêtes sont ouvertes en Argentine. Étonnamment, aucune procédure disciplinaire au FMI n’a été engagée. Quant à l’actuelle présidente de la BCE, elle se garde bien de parler de l’Argentine.

Pourtant, dès 2018, les indices d’inflation et de fuites de capitaux étaient à la portée de tout en chacun. Arrivé sous le leitmotiv du changement (Cambio en espagnol) face à la communauté internationale, en interne, Macri poursuivait la politique de son prédécesseur, Cristina Kirchner. Ce fils et grand-neveu d’un parrain de la ‘Ndrangheta, organisation mafieuse de la région de Calabre, située dans le sud de l’Italie, aura contribué à approfondir les prébendes et la corruption. Toute chose que les observateurs à Buenos Aires avaient notée d’emblée. Transférer de l’argent dans de telles conditions revenait à accorder un prêt à feu à Sani Abacha. Plus tard, dans sa seule auto-critique sur son rôle en Argentine, Lagarde concèdera « s’être trompée dans son analyse ». Une erreur qui aura contribué à créer de millions de nouveaux pauvres sur plusieurs générations, alors que les gouvernements qui se succèdent dans ce pays font déjà très bien cela, sans avoir besoin d’aide. 

Mais le plus déroutant, reste le contraste entre l’attitude de Lagarde face à l’Argentine et face à la Grèce, peu de temps avant. Arrivé au pouvoir en 2010 et 2009, le Premier ministre Georges Papandréou découvre un déficit public de 12,9% et une dette publique équivalent à 115% (aujourd’hui dépassée par la plupart des pays de l’hémisphère nord). Pour éviter le défaut sur sa dette, la Grèce se tourne vers le FMI et l’Europe. La Grèce se verra finalement accorder un prêt de 28 milliards de dollars en 2012. Non sans que Lagarde ait cru bon d’humilier toute la société grecque : « Je pense davantage à ces enfants d’une école d’un petit village du Niger qui n’ont que deux heures de cours par jour, qui partagent une chaise pour trois et qui cherchent passionnément à avoir accès à l’éducation (…) Je pense à eux en permanence, parce que je pense qu’ils ont davantage besoin d’aide que la population d’Athènes.”. Avec la Grèce, il n’y avait pas d’hétérodoxie. Avec les Grecs, Lagarde était métropolite de l’orthodoxie du FMI. Il fallait s’assurer que les Grecs remplissent les conditions accordées avec la Troïka (Commission européenne, BCE, FMI). Toute aide était alors considérée « prématurée ».

Mais le pire est que Lagarde elle-même est une experte en ingénierie financière de détournement de fonds publics. C’est en tous les cas ce que révèle le journal El Pais en novembre 2019. Selon le quotidien espagnol, Lagarde a fait partie de 2003 à 2005 du Conseil d’administration d’une filiale de Baker McKenzie, dénommée Law in Context. Un nom qui semble indiquer une acception relativiste de la loi. Entité dédiée à la constitution de sociétés offshore. Preuve qu’elle a de l’expérience dans le domaine, elle a été déclarée coupable de négligence par un tribunal en 2016, dans le cadre du dossier Adidas de Bernard Tapie, alors qu’elle était ministre de l’Économie et des Finances (2007-2011). Elle aurait favorisé un détournement de fonds publics de l’ordre de 403 millions. Là aussi, elle a réussi à passer entre les mailles du filet et à conserver son poste. Le FMI a préféré passer l’éponge et ne pas engager une procédure interne. C’était pourtant un incroyable signal.

Par action ou par omission, Lagarde incarne le prototype du haut fonctionnaire se rendant coupable des pires aventures, plongeant des millions de personnes dans la récession, s’en lavant les mains et réussissant toujours à se refaire par la porte haute.





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