par Alastair Crooke.

Le monde de l’après-24 février est vraiment différent. L’inexorable logique géopolitique actuelle veut que l’attention de l’Amérique se tourne ailleurs, et le monde voit des États-Unis plus faibles.

Personne ne semble savoir exactement pourquoi Biden fait ce voyage au Moyen-Orient. C’est un mystère. Il est certain que ce n’est pas pour recevoir des éloges dans son pays : Les linceuls de Jamal Khashoggi et de Shireen Abu Akleh tournoient brumeusement autour de la délégation américaine, lui donnant le trac. Même dans les journaux américains les plus favorables, Biden est grillé en raison du risque pour la sécurité des journalistes qu’implique toute réconciliation avec MbS.

Biden ne vient pas pour les Palestiniens. Il vient plutôt avec un petit cadeau pour Israël, à savoir qu’il ignorera les Palestiniens, du mieux qu’il peut. Ce n’est pas non plus pour inaugurer une OTAN arabe (les États du Golfe veulent conserver des liens avec l’Iran). Et ce n’est même pas pour le pétrole : Les Émirats arabes unis ne lui donneront même pas un seul baril supplémentaire, et les Saoudiens, peut-être seulement 100 000 ou 150 000 barils supplémentaires par jour (et même cela se fera malgré les États de l’OPEP+ qui n’ont pas atteint leur quota d’approvisionnement).

Un neurologue m’a dit un jour que notre cerveau est comme un bois vierge. Au début, il y a de l’herbe et des fleurs partout sous les arbres. Puis, un chevreuil se promène et passe son chemin. Un autre suit, puis un autre, et tous suivent la piste tracée par le premier cerf. Cela devient un chemin très fréquenté. La diplomatie est comme cela.

Il y a vingt ans, une stratégie de rupture nette a été élaborée, selon laquelle les États-Unis devaient être amis avec les monarques de la région – et les soutenir – contre les États arabes laïques et socialistes, afin de garantir la sécurité d’Israël. Et les présidents américains ont tous suivi la même voie à travers le bois. Rien ne change – on trouve juste un nouveau nom pour une « nouvelle » alliance arabe contre l’Iran.

Et donc Biden fait la promenade dans le bois. Mais cette fois, il s’agit davantage d’« occuper l’espace » dans la région : Il s’agit de bousculer les monarques pour s’assurer que cet « espace américain » est refusé à la Russie.

Il y a aujourd’hui à Washington cette inquiétude que la sphère russe semble trop séduisante. Et il y a de quoi s’inquiéter (même Josep Borrell l’admet) : L’Occident, lors du sommet des ministres des Affaires étrangères du G20 à Bali, n’a absolument pas réussi à forcer les BRICS et les principaux acteurs du Sud à isoler et à sanctionner la Russie au sujet de l’Ukraine. Ils essaient encore : L’Inde et l’Arabie saoudite sont désormais dans leur ligne de mire. Toutefois, le compte rendu chinois du G20 souligne que Subrahmanyam Jaishankar a fait savoir à Wang Yi que « l’Inde continuera à défendre son autonomie stratégique et sa position indépendante dans les affaires internationales ». L’Inde a également déclaré aux États-Unis qu’elle ne participerait à aucun projet visant à plafonner le prix du pétrole russe.

Les Américains font la promotion de leur architecture de sécurité régionale (basée sur la polarisation autour de l’Iran). Mais la Russie a une alternative.

L’architecture OCS-BRICS est différente de celle des Américains. Elle envisage une architecture qui n’est pas dirigée par des puissances extérieures, mais une architecture dont les participants sont propriétaires. La Russie et la Chine insistent sur ce point. Et elle se veut inclusive.

Le monde de l’après-24 février est vraiment différent. La logique géopolitique inexorable aujourd’hui est que l’attention de l’Amérique se tourne ailleurs (vers la Chine). Et le monde voit une Amérique qui s’affaiblit.

Le titre du Harpers de ce mois-ci est étonnant : Le Harpers déclare « C’est fini – le « siècle américain » est terminé ». Qui plus est, il le dit, sans le point d’interrogation de rigueur. Il se démarquait à un kilomètre avant même que Harpers ne sorte ce titre : « Comparez les pitreries du G7 à la conduite professionnelle du sommet des BRICS ».

Dans ce contexte, chacun pèse le cours de l’histoire. Si l’on veut éviter la guerre, une certaine architecture de sécurité est nécessaire. Et l’initiative russe est séduisante précisément parce qu’elle inclut l’Iran. L’Iran est membre de l’OCS et candidat aux BRICS. L’Arabie saoudite, le Bahreïn et le Qatar sont également candidats à l’OCS, et l’Arabie saoudite a été invitée à rejoindre les BRICS. L’Égypte et la Syrie ont demandé le statut d’observateur auprès de l’OCS et la Turquie est un partenaire de dialogue. Elle bénéficie donc déjà de la base de l’architecture.

Et si l’on ajoute que l’OCS possède déjà une dimension sécuritaire et une dimension économique puissante dans la Communauté économique eurasiatique qui est liée à l’Initiative Ceinture et Route, l’architecture du Nord devient incontournable.

Cette semaine, l’Iran a annoncé l’achèvement de la première expédition de marchandises au départ de Saint-Pétersbourg via le corridor de transport nord-sud. Elle est passée par le port d’Anzali, sur la mer Caspienne, et par le port iranien de Bandar Abbas jusqu’à Bombay.

Cette nouvelle route, qui devrait être transformée en route à grande vitesse d’ici un an, permet de réduire considérablement les délais – et les coûts – de transport. L’Inde vient de faire de la roupie une monnaie commerciale, et l’Iran a signé un accord de compensation interbancaire avec la Russie. Nous prédisons que c’est le Golfe qui va pivoter – pivoter dans le commerce vers l’Inde et l’Asie.

Les événements se succèdent avec célérité. Faut-il alors s’étonner que l’équipe Biden soit de retour pour tenter de consolider les relations ? Le résultat de l’équipe Biden dans la région sera-t-il si différent de celui du G20 qui a tant découragé Josep Borrell ?

source : Al Mayadeen

traduction Réseau International



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