20 juillet 2022 à 10h08,

Durée de lecture : 4 minutes

Monde
Climat

Sydney (Australie), correspondance

Le document était attendu, et il est, sans surprises, peu flatteur. Mardi 19 juillet, le nouveau rapport australien sur l’état de l’environnement, travail de plusieurs centaines de pages d’une commission de plus de trente scientifiques, remis au gouvernement, a enfin été publié.

Sa diffusion était initialement prévue pour 2021, mais a été repoussée après les élections législatives par le gouvernement conservateur mené jusqu’en mai dernier par le climatosceptique Scott Morrison. Et au vu du contenu du rapport, on comprend pourquoi.

« Avec un climat qui change rapidement, avec une biodiversité en déclin, les perspectives générales de notre environnement se détériorent. Les conséquences de cette situation nous affecteront tous. » Dès les premières phrases du document, les scientifiques donnent le ton. La crise climatique est réelle, et l’Australie est aux premières loges.

À Port Macquarie, station balnéaire située à quatre heures de route au nord de Sydney, un hôpital est spécialement dédié aux koalas. © Léo Roussel/Reporterre

L’Australie continue à défricher ses terres

Récifs coralliens, rivières, forêts primaires indigènes… D’après le rapport, « au moins dix-neuf écosystèmes australiens présentent des signes d’effondrement ». Malgré l’ampleur des dégâts décrite, le nouveau texte ne surprend presque plus. « Ce rapport fait suite à une série de rapports déjà très accablants sur l’état de l’environnement, analyse Kate Crowley, professeure associée de politique publique et environnementale à l’université de Tasmanie. Et le plus effarant, c’est que l’Australie continue à perdre ses espaces naturels et à défricher ses terres. »

Car si l’environnement australien est en si mauvais état, les scientifiques précisent qu’il s’agit d’une conséquence directe de « pressions croissantes du réchauffement climatique, de la perte d’habitats naturels, des espèces invasives, de la pollution, et de l’extraction de ressources ».

« L’Australie a perdu plus de mammifères que n’importe quel autre continent »

Les écosystèmes et les espèces sont mis en danger par cette détérioration. L’un des autres points clés du rapport indique que près de 200 espèces ont été ajoutées à la liste des espèces protégées par le code de conservation et protection de l’environnement et de biodiversité (EPBC) [1] depuis 2016. « C’est le cas d’animaux que l’on trouve uniquement en Australie comme le koala ou le cacatoès à tête rouge », rappelle Sean Deane, responsable de l’association Save Sydney’s Koalas.

Ce nombre d’espèces menacées devrait encore s’alourdir, conséquence probable des mégafeux de 2019 et 2020 qui ont ravagé les forêts, brûlé plus de 8 millions d’hectares de végétation, et affecté « entre 1 et 3 milliards d’animaux ». Sur les deux derniers siècles, « l’Australie a perdu plus de mammifères que n’importe quel autre continent » et affiche « l’un des taux de déclin des espèces les plus élevés parmi les pays de l’OCDE ».

Des événements climatiques extrêmes plus fréquents

Le rapport a été bouclé avant le début de l’année, marqué par des inondations meurtrières — vingt morts sur la côte est au mois de mars. Et indique qu’au cours des cinq années suivant la publication du rapport de 2016, le pays a plus que jamais été le théâtre de « phénomènes climatiques extrêmes ». Vagues de chaleur, sécheresses, mégafeux ou inondations… « L’intensité et la fréquence » de ces événements « liés au climat » évoluent et affectent l’Australie dans son entièreté. La période des feux saisonniers s’étendrait désormais « jusqu’à presque huit mois ».

À Lismore, plus d’un mois après la seconde inondation de 2022, les débris jonchent encore le sol des rues.

Les chercheurs l’affirment : la réponse des autorités face à la détérioration de l’environnement en Australie reste inadaptée. Coupes budgétaires « dans la recherche sur la biodiversité », disparition du « financement pour les nouvelles réserves nationales », ils dénoncent le manque d’investissements en faveur de la protection de l’environnement.

Le gouvernement travailliste d’Anthony Albanese, qui avait fait de la publication de ce rapport une priorité, sait désormais à quoi s’en tenir. « Ce rapport est celui de la reconnaissance », poursuit Kate Crowley. Pour la chercheuse, le nouveau gouvernement est plus que jamais placé devant le fait accompli, contraint à agir.

La ministre de l’Environnement Tanya Plibersek assurait lundi : « Avec le gouvernement travailliste, l’environnement est de nouveau sur la liste des priorités […] je ne mettrai pas ma tête dans le sable ». Devant la presse le lendemain, elle a assuré vouloir rapidement mettre le nez dans la législation encadrant la gestion environnementale, jugée désorganisée dans le rapport.

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