Il en rêvait autant, sinon davantage, que d’être ministre de l’Intérieur. À 58 ans, Laurent Nuñez décroche le Graal en succédant à Didier Lallement à la tête de la préfecture de police de Paris, cet “État dans l’Etat”.

C’est sans la moindre nostalgie que Laurent Nuñez quittera son poste à l’Élysée de coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme (CNRLT). En privé, il n’a jamais caché son ambition de briguer la tête de la “PP”.

Il évoquait parfois la possibilité de poursuivre un parcours politique comme député de Marseille, pour pouvoir ensuite espérer devenir ministre de l’Intérieur. Mais, devant ses visiteurs, il peinait à dissimuler son appétence pour la préfecture de police.

Le poste est prestigieux, et en même temps, truffé de chausse-trappes. Après trois ans de règne à la PP, Didier Lallement quitte cette forteresse de l’île de la Cité, face au palais de justice, sur le fiasco de la finale de la ligue des Champions au Stade de France opposant Liverpool au Real Madrid fin mai.

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Avant lui, Michel Delpuech, jugé trop laxiste, avait été limogé en mars 2019, trois mois après le saccage de l’arc de triomphe lors de l’acte 3 des “gilets jaunes”.

Laurent Nuñez est attendu sur plusieurs défis à relever, à commencer par la préparation des Jeux Olympiques de 2024 à Paris, alors que de nombreuses voix dans les rangs de la police crient “casse-cou” pour assurer la sécurité de la cérémonie d’ouverture conçue comme un grand défilé naval sur la Seine.

Sans oublier la gestion de l’ordre public et les accusations de violences policières qui se sont multipliées au fil des années, depuis les manifestations en 2016 contre la loi El Khomry, du nom de la ministre du Travail de François Hollande.

Autant Didier Lallement est cassant et cultive avec appétit l’art de la distance avec ses interlocuteurs, autant Laurent Nuñez serait jovial et chercherait à plaire. Tout les oppose, y compris physiquement. Le visage de l’un est anguleux quand celui de l’autre est rond.

Le choix du président

Ex-inspecteur des impôts passé par l’ENA (promotion Cyrano de Bergerac), il a intégré le ministère de l’Intérieur en 1999. Il a été notamment sous-préfet de Bayonne où il a suivi les affaires basques (2010-2012) après avoir été directeur de cabinet du préfet de Seine-Saint-Denis (2008-2010).

De 2015 à 2017, il a occupé le poste également très sensible de préfet de police des Bouches-du-Rhône. Avant de piloter brièvement (de 2017 à 2018) la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), il avait été pressenti pour prendre la tête de la direction générale de la police nationale (DGPN).

C’est en octobre 2018 qu’il franchit le Rubicon entre la haute fonction publique et la politique en devenant secrétaire d’État à l’Intérieur auprès de Christophe Castaner, nommé ministre.

Après son départ de la place Beauvau, il a rebondi à l’Élysée auprès du chef de l’État pour coordonner la “task force” contre le terrorisme.

Ce mercredi, il accède à l’un des postes les plus prestigieux et stratégiques de la République. Ce choix est celui du président Emmanuel Macron, même si la nomination est faite sur proposition du ministre de l’Intérieur. Gérald Darmanin n’a pas eu son mot à dire, pas plus que Christophe Castaner ne l’avait eu quand Didier Lallement avait été nommé.

Selon plusieurs sources proches des milieux gouvernementaux, le choix de Gérald Darmanin se portait sur Nicolas Lerner, actuel patron de la DGSI, à qui il avait promis le poste.

Avant Emmanuel Macron, tous les présidents ont veillé comme le lait sur le feu sur la nomination du patron de la PP, le mieux informé de la capitale.





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