TRIBUNE – Dans certains pays, à certaines époques, les comportements des ministres, des fonctionnaires, des juges, des journalistes ont été, quand les gouvernants étaient identifiés comme des « dictateurs », indépendamment du système juridique, clairement dépendants de la personnalité de ces derniers.

Mais en dehors de ces cas particuliers et extrêmes, on ne porte guère d’attention aux traits de caractère des personnes qui ont un pouvoir sur les autres. Pourtant, chacun a été témoin de faits de ce genre :

Dans un collège, tout se passe admirablement. Les parents se battent pour y inscrire leur enfant. Le principal prend sa retraite et est remplacé par un autre. Le corps enseignant reste le même. Mais, rapidement, tout va à vau-l’eau et les parents retirent leurs enfants de l’établissement.

Dans un lycée, les professeurs arrivent en retard, font de l’à-peu-près, les élèves se tiennent mal… Et puis le proviseur change : les mêmes enseignants arrivent en avance, leurs cours sont appréciés et les élèves n’ont plus le goût de se comporter comme des mal appris.

On retrouve un peu partout ce phénomène. Les gens font n’importe quoi quand ils savent que le chef ne dira rien, que le chef laisse faire (n’importe quoi), quand c’est un imbécile, ou lorsqu’il redoute d’être désavoué par son propre chef… Et, ainsi de suite. Un peu, en partant du chef des chefs, comme avec la théorie du… ruissellement.

Bref, le chef est souvent un catalyseur (*) . Un catalyseur à bonnes choses, ou bien, selon l’expression un peu abrupte entendue dans le corps enseignant, « un catalyseur à m…. ». Catalyseur qui (premier cas) permet aux bons côtés des êtres humains de se révéler et de rendre service. Ou (deuxième cas) qui réveille et fait prospérer les mauvais côtés des mêmes personnes, dont le comportement portera préjudice aux autres et au fonctionnement de leur service.

Ce n’est pas la formation, les diplômes, le recrutement, le statut qui permettent de ranger le chef dans l’une ou l’autre des catégories de catalyseurs. Puisque, comme dans l’exemple des proviseurs, le prédécesseur et son successeur ont la même formation, le même grade, ont passé le même concours, et jouissent du même statut et disposent des mêmes prérogatives.

Il est probable qu’il en va de même avec les chefs d’États (*).

Aujourd’hui, on a le sentiment que rien ne va comme il faut. Nulle part. Que les décisions qui sont prises ne sont pas réfléchies. Que la situation de la France dans le monde fait de plus en plus sourire (surtout après que les anciens colonisés maliens aient mis les troupes françaises à la porte de chez eux). Que les gouvernants sont peu capables de concevoir autre chose que des argumentaires… pour durer. Ou pour suivre une ligne de route qu’ils camouflent.

Du « temps » du général de Gaulle, la France était respectée : il n’était pas question que la politique de la nation soit arrêtée à la bourse, ou par des organismes étrangers incontrôlables ;  il était exclu que les soldats français suivent les Américains dans leurs opérations guerrières comme les enfants suivaient le joueur de flute de Hamelin. La France était présente en Afrique et ne s’en faisait pas chasser.  On faisait en sorte, par une politique industrielle réfléchie et programmée, que les plus humbles aient un vrai travail, et vivent dans des conditions décentes. Et quand le chef de l’État s’adressait aux Français, c’était pour leur proposer d’avancer, et non pour leur faire part de son envie de les « emmerder ».

Autrement dit, les chefs d’États de jadis et de maintenant, ne seraient pas, selon cette théorie (*), des « catalyseurs » de la même espèce. Ce qui expliquerait l’état de la France et le fonctionnement des institutions à ces différents moments. État de la France que les analyses institutionnelles classiques auraient du mal à expliquer.

Il serait, en effet, intéressant de rechercher si, à une époque donnée (en commençant par aujourd’hui), le rôle et l’activité concrète d’un ministre, d’un parlementaire, de telle ou telle portion de magistrats, de hauts fonctionnaires, d’une partie des journalistes, etc…  ne s’expliqueraient pas par l’appartenance du président de la République (ou ne révèleraient pas l’appartenance du président de la République) à la première ou à la deuxième catégorie de catalyseurs.

(*) C’est ce que soutien en tous cas l’école dite de Nanterre, qui comprend d’éminents publicistes. Le présent article s’inspire de leurs travaux.

 

Marcel-M. MONIN est maître de conférence honoraire des universités.





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