C’est officiel, la coalition gouvernementale italienne a éclaté. Face à ce désaveu, le Premier ministre Mario Draghi a (re)présenté sa démission irrévocable le jeudi 21 juillet. Après Boris Johnson, un deuxième domino ?

Une démission en deux temps

Désormais ex-Premier-ministre, Mario Draghi avait pourtant reçu le soutien de 1 000 maires italiens et était largement soutenu par la Commission européenne, mais cela n’aura pas suffi. Depuis quelques jours déjà, l’instabilité régnait au cœur du gouvernement italien.

Le 13 juillet dernier, le parti antisystème Mouvement 5 Étoiles (M5S) refusait de participer à un vote de confiance. À la suite de quoi Mario Draghi avait présenté une première fois sa démission au président, qui l’avait aussitôt refusée.

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Pour relancer la machine, Mario Draghi appelait alors les parlementaires à une nouvelle union : “La seule façon, si nous voulons encore rester ensemble, est de reconstruire ce pacte depuis le début, avec courage, désintéressement, crédibilité”. Selon lui, l’Italie “a besoin d’un nouveau pacte de confiance, sincère et concret, comme celui qui nous a permis de changer le pays pour le mieux jusqu’à présent”. Mais le banquier de Goldmann Sachs a rapidement perdu patience : “Les partis et vous, les parlementaires, êtes-vous prêts à reconstruire ce pacte ? Vous ne devez pas donner la réponse à ces questions à moi, mais vous devez la donner à tous les Italiens”.

Cette déclaration n’aura pas eu l’effet escompté, et le divorce a fini par s’amplifier. Forza Italia, le parti de droite de Silvio Berlusconi, et la Ligue, la formation souverainiste de Matteo Salvini, ont fini par rejoindre le Mouvement 5 Étoiles (M5S) et ont donc refusé de participer au vote de confiance demandé mercredi par le Premier ministre.

Malgré tout, Mario Draghi a tout de même obtenu 95 oui, contre 38 non. La motion de soutien à son endroit, déposée par le sénateur Pier Ferdinando Casini, a aussi été adoptée. Mais ce score est très en dessous de la majorité absolue (161 sièges), et le gouvernement italien ne peut ignorer cet important désaveu.

Ainsi, Mario Draghi a présenté pour la deuxième fois “sa démission et celle de son gouvernement”. Dans un communiqué, la présidence a annoncé : “Le président de la République en a pris acte. Le gouvernement reste en place pour la gestion des affaires courantes.”

En conséquence, le président devrait prononcer dans la foulée la dissolution du Parlement, et convoquer des élections anticipées pour cet automne. Une bouffée d’oxygène pour les Italiens ? Il faut dire que la gouvernance Draghi a été marquée par les crises.

Les crises sous Draghi

En premier lieu, les crises économique et énergétique. L’Italie est plombée par “sa dette impressionnante et ses taux d’emprunt prohibitifs et compte sur les quelque 200 milliards d’euros du plan d’urgence européen post-pandémie”, comme le rapporte Le Monde. De plus, comme pour les autres pays européens, les sanctions occidentales envers la Russie ont mis à mal l’économie italienne, car le pays “dépend d’un quart de son mix énergétique du gaz russe” et les Italiens subissent de plein fouet l’inflation.

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Côté social, il n’a pas chômé non plus. Pour répondre à la crise sanitaire, l’Italie avait instauré un “super green pass” en décembre 2021. Semblable au passe sanitaire/vaccinal que nous avons connu, ce dispositif n’a pas manqué de provoqué la colère des Italiens, notamment des dockers de Trieste.

En mai dernier, l’Italie expérimentait un dispositif semblable au crédit social chinois, dans la ville de Bologne. Le principe était de “récompenser le bon comportement des citoyens et le valoriser”, grâce à “une sorte de compteur numérique qui, par la collecte de données personnelles, attribuerait des points à ceux qui ne prennent pas d’amendes de la police municipale ou utiliseraient les transports en commun”. Seuls les volontaires ont pris part à l’essai.

Plus récemment encore, ce sont les chauffeurs de taxi qui ont donné de la voix, allant jusqu’à pénétrer dans le Parlement pour protester contre la libéralisation du marché, accroissant leur précarité. Un projet que Mario Draghi voulait faire passer coûte que coûte.

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Un bilan pas tout rose pour Mario Draghi, donc. Il était pourtant en phase avec l’ensemble des stratégies occidentales, que ce soit en matière de santé, d’économie ou de politique. Mais peut-être que c’est ça qui a fini par déplaire, et ne fait plus consensus chez les parlementaires…

Johnson, Draghi… et Macron ?

Deux des importantes figures politiques occidentales ont perdu la confiance de leurs concitoyens, et ont sauté pour cela. Alors que les révoltes populaires sont légion à travers le monde, et que l’Europe ne prévoit rien de moins qu’une “économie de guerre” pour cet hiver, il se pourrait que d’autres dirigeants soient déstabilisés.

En France, si Emmanuel Macron assure que les scandales lui “en touchent une sans faire bouger l’autre”, c’est la première fois depuis 1997 qu’un président français obtient une majorité relative après avoir été élu à la majorité. De fait, traînant de nombreuses affaires derrière lui, “Jupiter” est loin de faire l’unanimité, et son gouvernement doit désormais composer face à une opposition tenace. Si bien que le journal Marianne se permettait de titrer, le 18 juillet dernier : Démission de Mario Draghi : et si la même situation attendait Emmanuel Macron ? Après tout, l’on dit souvent qu’il n’y a “jamais deux sans trois”.





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