La musique adoucit les mœurs. Notre lien étroit et quotidien avec la musique nous l’atteste. De la chair de poule aux hormones produites au sein de notre corps en passant par la stimulation de notre système de récompense, la musique provoque des réactions en cascade au sein de notre corps. La musicothérapie permet alors de soulager de nombreux maux psychiques. Focus sur les nombreux bénéfices de la musicothérapie, révélateurs de la place centrale de la musique dans notre quotidien. 

Aux origines 

Soigner par la musique a compté dès les premières civilisations parmi les pratiques humaines vecteur d’un mieux-être.  C’est pourquoi, la musique est une thérapie du quotidien qui nous accompagne tout au long de notre vie. La musicothérapie a toujours existé bien avant qu’on la nomme de cette manière car le monde a toujours vécu au rythme de la musique. Aussi, plusieurs philosophes antiques, comme Platon dans le Mythe des cigales, ont témoigné de cet élan de vie provoqué par la musique à l’image de la poésie. On retrouve ainsi des vestiges de partitions musicales, preuves de l’importance de la musique lors de l’Antiquité.

En Afrique, en Asie comme en Amérique du Sud, la musique est au cœur du quotidien des populations locales à l’image des nombreux rites et des danses accompagnés de musique, réputés pour favoriser la cohésion. Dans la religion bouddhiste, l’utilisation de bols chantants en acier permet d’agir directement sur la relaxation par le biais de tapotement régulier sur cet instrument du quotidien, un avant-goût de l’ASMR actuel. Ce qui montre bien toute cette dimension thérapeutique et puissante de la musique sur notre physiologie et psychologie.

 

Une psychothérapie en musique 

Du même domaine que la psychothérapie, la musicothérapie permet d’effectuer des thérapies sur le long terme lors d’un suivi psychologique. La musicothérapie nécessite une connaissance approfondie du patient pour mieux cerner ses goûts musicaux et son terrain pathologique. Certains ne seront pas réceptifs à la musique et à la thérapie artistique tandis que pour d’autres, elle sera nettement plus adaptée.

On distingue la musicothérapie active de la musicothérapie passive. La musicothérapie active permet au patient de devenir acteur de sa thérapie en jouant de la musique alors que lors d’une thérapie passive, le patient écoute seulement de la musique. La sonothérapie ou thérapie par les ondes sonores est aussi assimilée à la musicothérapie. Toutes ces pratiques sont intimement liées.

@MChe Lee/Unsplash

Julie Chochon, musicothérapeute depuis 5 ans est très enthousiaste à l’idée de partager avec nous son métier passionnant. Elle revient sur son parcours pour devenir musicothérapeute et le lien si précieux qu’elle noue avec ses patients grâce à la musique :

« Il faut avoir une bonne culture musicale car on doit s’adapter au répertoire de ses patients. C’est aussi une approche délicate car la musicothérapie entraine des résurgences de la mémoire. De cette manière, on peut travailler sur certains traumatismes ».

Elle intervient beaucoup auprès des réfugiés politiques, des toxicomanes, des malades d’Alzheimer, des autistes et également en périnatal. Elle avoue vouloir prochainement travailler auprès de populations carcérales. Ce qu’elle apprécie particulièrement, c’est la connexion immédiate qui se crée avec ces patients  : « Rien qu’en jouant du violon, j’ai pu me mettre en phase avec un de mes patients handicapé. Il était très réceptif et m’a dit plus tard que ça lui avait rappelé son enfance ».

Elle varie les approches entre thérapie en duo, en groupes et individuelles. Chaque musicothérapeute a sa propre méthode. Julie travaille majoritairement avec sa voix : « Je me focalise sur l’amélioration de leurs problèmes labiaux et d’orthophonie. Je leur fais donc prendre conscience de l’importance de la voix et de la diction ».

Selon elle, les bénéfices sont nombreux, en fonction des patients et ce dès la période périnatale : « Pour les parents avec leurs enfants, on remarque que ça a souvent un effet positif.  L’enfant dans le ventre de sa mère entend déjà des sons extérieurs. C’est pourquoi la musicothérapie peut être pratiquée très tôt. Avec le programme Naître enchantés, on pratique un chant prénatal dans la veine de la psychophonie. Les sons graves permettent de calmer immédiatement l’enfant ». Elle assure que lorsque l’enfant est né prématuré, on pratique également la musicothérapie pour ralentir son rythme cardiaque. C’est ce que met en œuvre l’hôpital de Pau pendant des soins palliatifs. Lors de la naissance des enfants, c’est souvent un bouleversement pour les parents. La musique se révèle être un moyen pour mieux y faire face.

 

Cerveau et musicothérapie

Julie insiste sur l’impact de la musique au niveau neurologique : « En plus de l’influence sur le physique comme la baisse du stress et de la tension, la musicothérapie agit directement sur le cerveau. Des zones comme le cortex dont le cortex auditif et le néocortex ainsi que le système limbique sont activées. Il faut savoir que ces zones qui traitent de la musique sont reliées aux zones du langage et du raisonnement. Les ondes vibratoires musicales éveillent notamment des souvenirs ». Elle nous signale que les effets neurologiques sont mis en avant depuis peu à l’instar des neurosciences qui ont permis de belles découvertes depuis à peine une vingtaine d’années, également sur le rapport du cerveau à la nature. Dans le cadre de la musicothérapie : « de nombreuses recherches sont menées dont celles de l’institut canadien Brams qui se renseigne sur l’impact de la musique sur nos cerveaux. »

Florient Faure est musicothérapeute depuis 10 ans. Son parcours témoigne de la proximité qui existe entre la neurologie, la psychothérapie et la musicothérapie. Après avoir suivi un Master en neuropsychologie et un Deug en philosophie, il décide de devenir musicothérapeute : « Étant bassiste, la musique a toujours été mon médium préféré ».

Il nous explique que la musique permet la sécrétion d’hormones : la chair de poule est ainsi provoquée par l’activation du système nerveux autonome parasympathique et sympathique : « La musique a vraiment un effet de madeleine de Proust. Les émotions provoquées par la musique vont engager des souvenirs en activant l’hypophyse et l’hypothalamus, deux zones du cerveau qui régissent la mémoire et les émotions ».

Comme Julie, il précise qu’il travaille en partenariat avec des psychothérapeutes. Souvent en contact avec des personnes âgées atteintes de Parkinson ou d’Alzheimer, il a recours à la musique dans une variété de situations : « La musique comme le Tango permet de réduire le tremblement des patients atteints de Parkinson qui apprennent à taper des pieds au rythme de la musique. Je peux aussi dans une approche plus active leur demander de jouer du piano et de la batterie afin qu’ils travaillent la coordination et leurs deux hémisphères » signale t-il. Il est possible aussi de leur faire travailler leur mémoire en leur demandant de retenir les premières lignes des paroles d’une chanson, selon lui.

@Miguel Dominguez/Unsplash

La musicothérapie est une thérapie alternative qui commence tout juste à se faire (re)connaitre  : « On a toujours des personnes qui ne savent pas ce que c’est. Contrairement aux psys qui ont parfois mauvaise presse, les musicothérapeutes ont une image moins négative car il s’agit d’une approche musicale plus proche des patients. C’est aussi une alternative aux thérapies médicamenteuses. Un large public peut y avoir accès. Particulièrement, les patients en détresse psychotique ou ceux qui ont des troubles alimentaires et des addictions » informe Florent.

Aller plus loin via le livret ludique et en ligne dirigé par l’enseignant-chercheur Emmanuel Bigand :  Les bienfaits de la musique sur notre cerveau.

Ou via ce reportage de la RTS en version longue.

 

– Audrey Poussines

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