Vous lisez le troisième volet de notre enquête « Des vacances de rêves, version écolo ». Le premier volet se trouve ici, le deuxième, .


« Nous sommes partis pour nos premières vacances à vélo en famille sur la Loire : un régal », témoigne le père de Jean, 7 ans, et Louis, 3 ans. « Premier cyclotrip pour moi et je suis conquise, s’enthousiasme Élodie, de retour de Camargue. Je suis partie seule pour faire le vide et ça m’a fait un bien fou. » En cet été 2022, le groupe Facebook « Voyager à vélo » foisonne de témoignages de cyclotouristes novices. En 2020, moins de 20 000 internautes échangeaient conseils et retours d’expérience ; ils sont aujourd’hui près de 70 000. Une preuve cybernétique d’un phénomène bien réel : les Français plébiscitent les vacances à bicyclette.

D’après le réseau Vélos et territoires, le nombre de cyclistes sur les EuroVelo françaises – un réseau de routes cyclables longue distance à travers le continent européen – a bondi de 26 % entre 2017 et 2021. « On voit clairement une dynamique, confirme Pierre Hémon, président de l’AF3V, une association d’usagers des véloroutes et voies vertes. Avant, on voyait surtout des aficionados, des convaincus… Aujourd’hui, on a des gens qui n’y connaissent rien, ou presque, beaucoup de familles notamment. » À la Fédération française du cyclotourisme (FFV), qui regroupe quelque 120 000 licenciés, la directrice technique Isabelle Gautheron a aussi vu arriver de nouveaux profils : « Des jeunes – entre 25 et 45 ans – qui vont chercher de l’aventure, entre amis, partent en itinérance avec le minimum de bagages. »

À la Fédération française du cyclotourisme (FFV), on a vu arriver de nouveaux profils : « Des jeunes qui vont chercher de l’aventure, entre amis, partent en itinérance avec le minimum de bagages. » © G.Rigault

Un boom indissociable de la crise sanitaire : « Les restrictions aux frontières ont poussé pas mal de gens à découvrir les vacances près de chez eux, dit M. Hémon. Or le vélo, c’est une manière extraordinaire de découvrir un territoire. » Pour Isabelle Gautheron, « le Covid a joué un rôle d’accélérateur. Mais le vélo avait déjà commencé à s’installer dans les villes et dans les vies quotidiennes il y a une quinzaine d’années, et on voyait de plus en plus de cyclotouristes. »

Ce regain pour la petite reine n’a donc rien de fortuit : « Ça fait plus d’une dizaine d’années que les collectivités investissent dans les aménagements cyclables, dit Florent Tijou, de France Vélo Tourisme. C’est possible aujourd’hui de partir en vacances en vélo parce qu’il y a eu une volonté politique, une pression des associations, et des investissements. » 16 000 kilomètres de voies vertes et 40 000 kilomètres de véloroutes [1] sillonnent aujourd’hui la France. Le pays est la deuxième destination mondiale du tourisme à vélo, (loin) derrière l’Allemagne.

« Il y a eu une volonté politique, une pression des associations, et des investissements »

Le voyage à vélo n’a pourtant rien de nouveau. Dès le début du XXe siècle, les classes bourgeoises prenaient du bon temps en enfourchant leurs cycles. « Toute une frange de la population aisée partait faire du vélo, raconte Isabelle Gautheron. La bicyclette était un marqueur social, le signe d’une certaine position dans la société. » Puis l’automobile s’est imposée parmi les riches, et le vélo est devenu le moyen de déplacement privilégié des ouvriers, avant de se développer comme pratique sportive. Et les vacances, dans tout ça ? « Dans les années 1980, peu de personnes voyageaient à vélo, et c’était souvent des passionnés qui partaient pour des voyages au long cours, avec des sacoches en tissu et des cartes », raconte Anne-Lise Bohmert, membre de Cyclo-camping International, une association quadragénaire créée par quelques-uns de ces pionniers.

« Il faut garantir un aménagement sécurisé, sécurisant »

Cyclotouriste convaincue, la retraitée a parcouru l’Hexagone ainsi qu’une bonne partie de l’Afrique sur son deux-roues. « C’est économique – on peut partir de chez soi sans rien d’autre que son vélo – écologique, et bon pour le corps, dit-elle. C’est une façon différente de découvrir un territoire, proche ou lointain. On est dehors en permanence, on sent, on ressent le monde. » Santé, moindre coût et respect de l’environnement : le triptyque gagnant du voyage à vélo. « C’est accessible à tous, poursuit Anne-Lise Bohmert, on a parmi nos adhérents des gens qui partent en famille avec des bébés, des personnes en situation de handicap… On peut toujours trouver des solutions, en adaptant les vélos, les itinéraires. »

Malgré ses atouts, le cyclotourisme est encore une pratique de niche. Selon une étude gouvernementale sur les usages du vélo, seules 800 000 personnes pédalaient pour voyager en 2018. Ce chiffre, calculé avant la crise sanitaire, a très certainement augmenté. Mais l’étape suivante — convaincre les 67 millions de Français de troquer la voiture et l’avion pour la bicyclette — ressemble plus au col du Tourmalet qu’à un sprint sur les Champs-Élysées.

Avant de « faire de la France la première destination vélotouristique au monde d’ici 2030 », comme espéré par le gouvernement, il reste en effet quelques obstacles à lever. « Il faut garantir un aménagement sécurisé, sécurisant, avec des panneaux d’itinéraires visibles », dit Florent Tijou, de France Vélo Tourisme. Quelque 6 230 kilomètres d’itinéraires cyclables doivent encore être aménagés à travers le pays pour tenir les objectifs fixés par l’État.

La carte des itinéraires vélo en France. © France vélo tourisme

Il ne s’agit pas que d’un problème de kilomètres balisés. « Le frein majeur au voyage à vélo, ça reste la voiture, estime Anne-Lise Bohmert. Les voies vertes, c’est bien, mais nous contenir sur ces espaces signifie ne pas nous accueillir sur les routes. Nous devons aussi avoir notre place sur les petites départementales, on paye aussi le bitume ! » Il s’agit ainsi d’accueillir les cyclotouristes sur le macadam, mais aussi dans les villages. Pour Florent Tijou, « il faut que les services, notamment en zone rurale, se déploient : hébergement, location de vélo, épicerie… » Le cyclotourisme peut ainsi stimuler le développement rural, pourvu que les pouvoirs publics donnent un coup de pouce au lancement.

Des trains peu adaptés au transport des vélos

L’autre point noir pour la petite reine reste paradoxalement… le train. « Actuellement, prendre le TER ou le TGV avec son vélo pour se rendre sur le lieu de départ d’une voie verte ou d’une véloroute, ça reste galère, observe Pierre Hémon, de l’AF3V. Pas de place ou pas assez pour les cyclos, des liaisons entre les gares et les itinéraires très mal indiquées ou inexistantes… Certaines gares ne disposent pas d’ascenseur pour traverser les voies. » Selon l’expert, les efforts réalisés par la SNCF ont vite été contrebalancés par la hausse de fréquentation. La campagne Mon vélo dans le train réunit ainsi vingt-deux associations pour faire avancer la cause.

QUELQUES CONSEILS POUR S’Y METTRE

Outre les groupes Facebook et les forums, l’association Cyclo-camping international a publié un manuel du voyage à vélo, devenu une référence. « Je conseille toujours aux gens de commencer petit, commente Anne-Lise Bohmert. Partez un après-midi, autour de chez vous, avec votre vieux vélo ou ce que vous avez… puis deux jours, en prenant un hébergement en dur ou en allant voir des amis, avec une douche et un repas à l’arrivée. Le goût de l’indépendance, le goût de sortir des véloroutes vient peu à peu. »

Isabelle Gautheron insiste pour sa part sur l’équipement : « On ne part pas en voyage à vélo en sandalettes et en short, sinon les vacances de rêve peuvent virer au cauchemar ! » Cuissard, chaussures fermées, casque… « Et puis c’est bien de s’entraîner avant le grand départ, d’évaluer son niveau physique, ajoute-t-elle. Savoir faire du vélo, ce n’est pas uniquement appuyer sur des pédales, c’est aussi savoir prendre un virage, freiner, même en étant chargé. »

Enfin, tous nos interlocuteurs conseillent de commencer par des véloroutes bien balisées. Pierre Hémon affectionne la Vélofrancette, de Ouistreham à La Rochelle, et le canal de Nantes à Brest, « magnifiquement agréable ». Florent Tijou apprécie la Loire à vélo, « un voyage unique que l’on peut faire plusieurs fois sans se lasser », ou la Via Rhôna, « qui permet de découvrir le fleuve d’un nouvel œil ». Hors des sentiers battus, Anne-Lise Bohmert préfère le plateau de l’Aubrac et celui des Mille vaches, dans le Limousin. « J’adore traverser des paysages au rythme du vélo, et les rencontres que cela permet, sourit-elle. Et puis le soir, quand on s’arrête, prendre une bière au café du village ! »



Voyages lointains, plages exotiques, hôtels luxueux… On le sait, le tourisme fait des ravages. Une raison pour ne plus partir en vacances ? Non, l’occasion de les réinventer ! C’est ce qu’on vous propose dans notre série d’été « Des vacances de rêves, version écolo ».

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