Une pétition contre la pollution en Méditerranée lancée le 21 juillet par le maire de Marseille, Benoît Payan, qui a déjà récolté 44 000 signatures ; le plus gros paquebot du monde, le Wonder of the Seas, empêché d’amarrer avec ses 6 000 passagers pendant plus d’une heure par le collectif Stop Croisières le 14 juin dernier. À Marseille, la multiplication des bateaux de croisière, avec leurs silhouettes massives qui se détachent à l’horizon à toute heure du jour et de la nuit, irrite.

Une exaspération d’autant plus exacerbée à un moment où se mêlent pic de chaleur et mesures restrictives, comme la circulation différenciée en centre-ville, mises en place par le préfet des Bouches-du-Rhône. En 2019, 1,8 million de croisiéristes se sont retrouvés dans le premier port français dans ce domaine, lequel a enregistré 497 escales, selon les chiffres du Club de la croisière Marseille Provence. À l’échelle nationale, leur nombre a doublé en dix ans.

Le « Costa Firenze », paquebot de croisière d’une capacité de 5 200 passagers, dans le port de Marseille en 2021. CC BYSA 4.0 / Bybbisch94, Christian Gebhardt / Wikimedia Commons

Dans la pétition, Benoît Payan exige l’interdiction des escales des bateaux les plus polluants lors des pics de pollution. Il pousse également l’Organisation maritime internationale (OMI) à prendre rapidement des mesures pour réduire les émissions de soufre des bateaux et souhaite que la réduction de toutes les autres émissions de polluants, notamment les oxydes d’azote, soient inscrits sans délai à l’agenda international.

Le maire demande ainsi à l’État de lancer les négociations avec ses homologues de Méditerranée afin de mettre en place de manière « urgente » une zone ECA en Méditerranée, zone dans laquelle des normes plus sévères d’émissions sont imposées aux navires. Enfin, l’édile requiert une étude épidémiologique sur les quartiers riverains du port auprès de l’agence régionale de santé.

Le « Wonders of the Seas » à Naples en juin 2022. CC BYSA 4.0 / Jörg Fuhrmann / Wikimedia Commons

Dans une interview au quotidien Le Monde publiée le 25 juillet, Benoît Payan assurer souhaiter « participer à hauteur de 10 millions d’euros au plan Escales zéro fumée, dans lequel le président de la région, Renaud Muselier, a déjà investi 30 millions d’euros (pour Marseille, Nice et Toulon), mais qui ne devrait pas aboutir avant 2025 pour les quais réservés aux croisières ».

Avec sa pétition et ses demandes à l’OMI et à l’État, la mairie marseillaise, issue d’une coalition de gauche, poursuit depuis son élection en 2020 ses actions contre la pollution atmosphérique due au transport maritime. « Cela fait plus d’un an que Marseille a coupé ses subventions au lobby de la croisière (le Club de la croisière Marseille Provence) », explique Sébastien Barles, adjoint au maire de Marseille délégué à la transition écologique. Pour l’élu, cette pétition en ligne représente avant tout « un moyen de mobiliser les citoyens mais aussi les autres maires de Méditerranée afin qu’il y ait une demande croisée pour faire pression sur l’OMI ».

« Ce devrait être aux armateurs de payer ! »

Sébastien Barles reconnaît que des efforts sont réalisés, notamment en matière d’électrification à quai — qui permet aux bateaux de se brancher une fois à quai plutôt que de laisser tourner leurs moteurs pour leurs besoins en électricité —, mais que « le principe de pollueur-payeur devrait fonctionner. La mairie met dix millions d’euros pour l’électrification à quai sauf que ce devrait être aux armateurs de payer ! »

Pour le collectif Stop Croisières, qui milite pour l’interdiction des gros bateaux de croisière à Marseille, la pétition constitue certes « un signal fort, mais ne va pas assez loin », selon Gwenaëlle Menez, porte-parole du collectif. « La ville ne veut pas que ces bateaux s’arrêtent à Marseille durant les pics de pollution mais la pollution, c’est toute l’année ! Tous les jours, les Marseillais se plaignent d’allergies et d’asthme », détaille-t-elle. « Surtout, résume Gwenaëlle Menez, à l’heure de l’urgence écologique, on devrait agir pour la sobriété. Financer l’électricité pour des équipements tels que des piscines, pistes de ski, patinoires et simulateurs de surf sur des bateaux, c’est honteux ! »

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