En Italie, le 21 juillet 2022, suite à la perte de confiance au parlement de trois partis de sa coalition, le président du conseil Mario Draghi a été contraint de présenter sa démission au président de la République Sergio Mattarella, qui l’a acceptée. Le départ de Mario Draghi, après 17 mois d’exercice du pouvoir, ouvre une nouvelle période d’instabilité politique et divise les Italiens. Si une partie d’entre eux s’inquiète de la chute d’un homme respecté à l’étranger, notamment auprès d’institutions telles que la Banque centrale européenne dont il a été le président de 2011 à 2019, d’autres se réjouissent que l’homme ait jeté l’éponge. Le 25 septembre prochain, des élections anticipées se tiendront en Italie dans un contexte économique instable tandis que le pays fait face à une accélération de l’inflation, qui s’élève à 8 % pour le mois de juin, le taux le plus haut depuis le contre-choc pétrolier de 1986.

Parmi ceux qui se félicitent du départ de Mario Draghi, il y a les partisans, les soutiens et les initiateurs du Premier Festival de résistance constitutionnelle, qui a eu lieu le 9 et 10 juillet dernier à Turin. Parmi les participants, beaucoup d’étudiants qui avaient fait leurs premières armes en se mobilisant plusieurs mois durant contre le « Green Pass » vaccinal et les injections dites anti-Covid. Ce mouvement ne se réduit pas à la seule lutte contre le passe vaccinal, puisque c’est l’ensemble de la politique du chef du gouvernement qui y est dénoncée avec beaucoup de virulence. Parmi les principaux contestataires, Mario Liccione, leader de l’organisation « La Variante turinoise », parle d’un « gouvernement de tous les abus, qui méconnaît la volonté du peuple italien ».

Deux orateurs se démarquent parmi les jeunes dissidents italiens : Davide Barillari, conseiller régional du Latium et son allié, le député romain Sara Cunial. Ensemble, ils avaient fondé en mai 2020 une coordination de mouvements opposés aux restrictions sanitaires jugées liberticides. Faute de green pass, ils avaient été expulsés du Mouvement 5 Étoiles (M5Stelle) et interdits d’accès au Conseil régional et au Parlement national. Des mesures liberticides qui les avaient obligés à recevoir les citoyens hors des institutions démocratiques pour les rencontrer dans des lieux extérieurs.

Étaient aussi présents dans les manifestations de Turin le célèbre médecin suspendu Barbara Balanzoni et les éditorialistes du mouvement des jeunes intellectuels gravitant autour de la chaîne de réinformation Cento Giorni da Leoni (100 jours dans la peau du lion), auquel s’étaient également joint la journaliste Enrica Perrucchietti et l’essayiste Paolo Borgognone.

Malgré le succès de ce festival et la présence de milliers de personnes à une période de vacances, la manifestation a été peu couverte par les médias « mainstream » à l’exception de l’agence de presse ANSA. En revanche, des médias indépendants et alternatifs comme Byoblu TG24 se sont largement fait l’écho de l’événement.

Les 16 et 17 juillet, un autre événement qui se tenait cette fois dans le sud de l’Italie, a rassemblé des citoyens qui désiraient se donner la possibilité de changer de système politique. Le parti Ancora Italia s’est réuni au théâtre Palapartenope de Naples. À l’instar du parti autrichien MFG Ö, ce parti dirigé par Francesco Toscano, un avocat devenu journaliste à Visione TV, est né de la volonté de « réaffirmer que l’Italie, c’est nous, que nous sommes encore (Ancora) là et que nous nous engageons dans la voie opposée à celle des chantres de l’abandon de la souveraineté et d’une prétendue « irréversibilité » des processus de globalisation et de dérégulation. » Pour ce faire, il propose un programme de rupture afin de reconquérir toutes les souverainetés et offrir un pouvoir de décision au peuple. La manifestation qui a réuni 3 500 personnes a rassemblé tous les mouvements qui se positionnent contre les directives de l’Union européenne, l’euro ou encore les décisions politiques et militaires de l’OTAN. Seul le parti Movimento 3V du secrétaire général Luca Teodori, manquait étrangement à l’appel.

Cette manifestation a réuni des personnalités de droite comme de gauche très en vue. Étaient présents des politiques qui s’étaient mis en retrait des partis de gouvernement comme la députée européenne Francesca Donato (elle avait quitté La Ligue de Matteo Salvini), ou encore Pino Cabras, le chef du mouvement L’Alternativa C’è (fondé après avoir été expulsé du mouvement 5 étoiles). On pouvait également noter la présence du fondateur du nouveau parti communiste Marco Rizzo et celle de la sénatrice Bianca Laura, elle aussi expulsée du M5Stelle.

D’autres personnalités, dont l’ancien magistrat Antonio Ingroia, qui avait également eu une action politique en 2013 en prenant la tête d’un mouvement citoyen pour le travail et la légalité, Révolution civile, ont rejoint le mouvement Ancora Italia.

Francesco Toscano, habitué au franc-parler, ne ménage pas ses critiques envers ses adversaires politiques. Mario Draghi est pour lui « l’homme qui incarne la pire de la finance internationale qui est depuis toujours asservie aux intérêts des États-Unis. » Quant à Matteo Salvini (Lega) et Beppe Grillo (M5Stelle), ils ne sont que « des comédiens récitant le rôle qui leur a été dévolu ».

Pour les élections anticipées du 25 septembre, diverses formations alliées à Ancora Italia présenteront des candidats dans toute la péninsule. Déjà en campagne, le président de Ancora Italia appelle les abstentionnistes à descendre dans l’arène : « À quoi sert-il d’avoir les mains propres si on les garde dans la poche ? », a lancé Toscano. Une campagne où celui-ci revient également sur une période trouble de l’histoire italienne pour rappeler également l’œuvre politique de l’ancien Premier ministre Aldo Moro, dont la ligne politique n’est pas sans rappeler celle du Général de Gaulle. Partisan du « compromis historique » entre les chrétiens démocrates et les communistes, cet ancien professeur de droit pénal, élu à l’Assemblée constituante en 1946, avait également participé à la rédaction de la nouvelle constitution de 1946 mais également à l’élaboration du Code Camaldoli, qui définissait les grands projets industriels pour le pays. 

Assassiné le 9 mai 1978 par les Brigades rouges, certains ont évoqué l’instrumentalisation de l’organisation terroriste d’extrême gauche par des fonctionnaires américains pour faire échouer les négociations et faire en sorte que l’intégration des communistes au sein du gouvernement ne puisse se faire. Une thèse partagée par Francesco Toscano, qui pense qu’Aldo Moro a été enlevé et assassiné pour « avoir défendu les intérêts italiens des griffes de puissances maléfiques comme celles des Anglo-saxons. »

Pour se faire une idée de la force avec laquelle s’engagent ces différents groupes, voici des extraits d’une intervention qui suivit le discours de Mario Draghi au Sénat le 20 juillet. Cette intervention résume en peu les grandes lignes de tous les thèmes traités au Congrès d’Ancora Italia. C’est la sénatrice Bianca Laura Granato, désormais représentante d’un groupe mixte au Sénat dénommé « Uniti per la Costituzione » et réunissant notamment Alternativa, les communistes, Ancora Italia qui s’exprime :

« Aujourd’hui, on ferme – peut-être – la parenthèse d’un gouvernement qui n’a eu aucune hésitation à imposer un agenda international dépourvu de toute logique ou d’intérêt public.

Des dispositions d’une gravité inconnue depuis l’époque fasciste ont été adoptées. Vous avez pris des mesures qui ont interdit aux citoyens de circuler, aux travailleurs de travailler, privant des millions de familles de leurs moyens de subistance et ce, afin de consolider une société de contrôle fondée sur la peur. Nous avons vu des travailleurs obligés de s’injecter un produit pharmaceutique expérimental qui a déjà conduit à la mort de milliers d’Européens. (…) Les Italiens ont compris que Draghi a l’intention de réduire l’Italie à l’état de la Grèce en 2015. Son agenda, c’est l’endettement des privés, le contrôle social, les soins de santé dictés par Big Pharma, l’allègement des régimes de prévoyance par l’élimination des personnes âgées et les fragiles en les vaccinant tous les trois mois.

Depuis l’arrivée du gouvernement Draghi (…) nous vivons dans un État totalitaire qui impose son récit mensonger à des millions de citoyens, et réprime toute dissidence au moyen de la violence. … Or, la majorité [parlementaire] a soutenu cette architecture criminelle comme un seul homme. Et ce, même quand des armes sont envoyées à l’Ukraine, nous privant des ressources énergétiques de la Russie. La majorité ne s’est pas rebellée. Voilà qu’elle se réveille en vue de l’échéance électorale. Mais, entretemps, la date d’échéance des vaccins anti-Covid sera renouvelée automatiquement, une science soumise à la spéculation financière afin d’aboutir à l’état d’urgence permanent. »

Le 20 juillet, le journaliste vétéran et dissident Massimo Mazzucco a posé ainsi la question de l’abstentionnisme à Francesco Toscano : « Après avoir été trahi sans vergogne par Matteo Salvini de la Lega et M5Stelle, rangés du côté de Draghi, pourquoi, les Italiens devraient-ils vous faire confiance ? »

Quant à la presse mainstream, il lui est désormais impossible d’ignorer un rassemblement aussi important. Pour tenter d’allumer des contre-feux et faire diversion, elle a agité « l’épouvantail Poutine ». Une stratégie qui peut fonctionner un temps mais qui pourrait très vite montrer ses limites notamment lorsque les Italiens prendront connaissance des derniers projets des États-Unis pour l’Italie. Pour ce faire, la création d’un gigantesque fond capital-risque, le NATO Innovation Fund par l’OTAN doit financer le projet DIANA (Defence Innovation Accelerator for the North Atlantic) qui devrait être basé à Turin. L’ancienne capitale italienne de l’automobile qui comptait jusqu’à sept usines Fiat peine à faire son deuil et sa reconversion. Et même si Turin tente de se réinventer en développant de nouvelles activités, notamment dans le domaine de la recherche scientifique et de la culture, le vide laissé par l’effondrement des activités industrielles est bien réel. En proie à un chômage de masse, la crise économique, politique et identitaire que traverse l’ancienne capitale politique du Piémont, ne peut que favoriser l’installation de projets comme DIANA.





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