En France, depuis le 1ᵉʳ janvier 2022, plus de 45 000 hectares de végétation sont partis en fumée en raison d’incendies qui ont notamment touché la Gironde, les Bouches-du-Rhône, l’Ardèche mais aussi la Bretagne ou encore la Sarthe. Le 20 juillet, le président de la République, Emmanuel Macron, s’est déplacé à la Teste-de-Buch et a annoncé le lancement d’un « grand chantier national pour pouvoir replanter la forêt de Gironde ».

Philippe Canal est secrétaire général adjoint du Snupfen Solidaires, syndicat majoritaire à l’Office National des Forêts (ONF). Il réagit à cette annonce et décrypte les causes de ce désastre écologique.


Reporterre — Comment expliquer l’ampleur des incendies qui ont touché les forêts de Gironde, des Bouches-du-Rhône et des Monts d’Arrée ?

Philippe Canal — Le premier facteur, c’est le dérèglement climatique. Les canicules se répètent.

Auparavant, le risque d’incendies de forêt touchait surtout le pourtour méditerranéen et les Landes. Aujourd’hui, la moitié des communes en France sont concernées par ce risque. C’est pourquoi on voit des incendies aujourd’hui dans l’Allier, à Fontainebleau ou en Bretagne.

Mais il existe un certain nombre de facteurs aggravants. Plus de 90 % des feux de forêt ont des origines humaines. Or, vous avez des campings, des mobil homes au milieu des dunes, des forêts. Il n’y a pas de secret : construire, comme on le fait un peu partout en Méditerranée mais aussi dans les Landes, ça augmente le risque d’incendies.

Ensuite, il y a la question de la sylviculture. Des peuplements d’arbres composés uniquement de pins sont beaucoup plus sensibles à l’incendie que des peuplements mélangés, voire des peuplements de feuillus.

Bien entendu, le risque d’incendie existe pour toutes les essences d’arbres et il n’existe pas d’essence résistante dans l’absolu à l’incendie. Mais à partir du moment où les peuplements sont plus mélangés, ils sont moins sensibles au risque de feux de forêt.


Comment réagissez-vous à l’annonce du président de la République, Emmanuel Macron, d’un « grand chantier pour rebâtir la forêt » de Gironde ?

Reconstituer les forêts, après des incendies ou après une tempête, c’est ce que font les forestiers, qu’ils soient publics ou privés. Ça s’est toujours fait. Donc annoncer un plan pour reconstituer la forêt, ça ressemble surtout à un effet d’annonce.

Les pinèdes de la côte médocaine (en 2006). CC BYSA 3.0 / Larrousiney / Wikimedia Commons

Concernant le massif des Landes, les tempêtes de 1999 et de 2009 ont été des catastrophes d’une tout autre ampleur que ces incendies [1].

Maintenant, je demande à voir : va-t-on tenir compte des enseignements passés ? Car pour avoir des forêts plus résistantes aux incendies, il n’y a pas de secret : il faut créer des forêts plus mélangées, avec notamment des feuillus, en accompagnement du pin maritime. Après chaque catastrophe, cette préconisation est revenue… mais elle est toujours restée lettre morte.


Qu’est-ce qui explique que les pouvoirs publics ne tiennent pas compte de vos recommandations ?

La même chose que dans l’agriculture, c’est la puissance des lobbies productivistes.

La filière du bois a besoin d’un maximum de matière première. Or faire des plantations de pins est plus rentable que des plantations mélangées. Et cette filière finit par peser sur les politiques publiques en matière de gestion forestière, comme l’agriculture industrielle pousse en faveur du glyphosate, des engrais et des pesticides.

Propriétaires privés, scieries, industrie du bois et du bois énergie : tous sont fortement liés. Et tous font pression pour que quelque part, il n’y ait pas de changement.

Il y a beaucoup de propriétaires privés [2] qui exploitent la forêt suivant leurs intérêts. L’ironie, c’est que quand il y a des catastrophes, par contre, on sait appeler la puissance publique et les deniers publics à la rescousse.

On promeut beaucoup les énergies renouvelables, et c’est tant mieux. Sauf que certains projets photovoltaïques, soutenus par des politiques publiques, se construisent à la place de forêts. Remplacer des forêts qui abritent la biodiversité, qui protègent les sols par une parcelle de photovoltaïque, ça interroge. Et c’est un enjeu qui se posera d’autant plus après ces incendies puisque les arbres ont disparu et qu’il y a des terrains disponibles.

L’activité économique en forêt, je n’ai pas de problème avec ça. Mais il faut parfois arbitrer entre intérêt général, biodiversité et intérêts de l’industrie.

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