“Si moi je suis sur la pente du conspirationnisme, toi tu es sur la pente du lyssenkisme !” C’est en ces termes – allusion à la figure soviétique d’une “science” corrompue par l’idéologie – que Lucien-Samir Oulahbib a répondu au sociologue Gérald Bronner, engagé dans une chasse aux sorcières à laquelle notre invité ne se soumet pas.

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Rédacteur en chef de la revue de philosophie et sciences humaines “Dogma”, enseignant, politologue, Lucien-Samir Oulahbib était sur notre plateau pour un “Entretien essentiel”, après son “Debriefing” l’année dernière.

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Fin observateur du monde médiatique et intellectuel, il déplore un “narcissime extraordinaire” qui conduit à la “construction d’une hyperréalité, comme disait Jean Baudrillard”. Ayant côtoyé le “Libé ancienne version”, où l’on débattait passionnément, ou le Marianne de Jean-François Kahn, dans lequel il y avait une ligne assez stricte, il constate la disparition d’un certain esprit critique, un glissement vers une fermeture idéologique.

“Pas seulement pour un problème de conflits d’intérêts” : il réfute cette cause simpliste. Pour sortir de cet étau, qui a par exemple, sur les questions sanitaires, oublié que “la médecine n’est pas uniquement une science exacte, c’est aussi une pratique, une discipline”, il pratique le “double langage” cher à Orwell. 

Interrogé sur un certain “démembrement lexical”, dans lequel les experts tordent mots et concepts, Lucien-Samir Oulahbib constate que cette “dictature des experts” qui martèle des arguments d’autorité ne résiste heureusement pas aux faits : quand “le roi est nu”, “les faits sont têtus”.

Regrettant la “perte de responsabilité d’intellectuels, d’artistes”, qui se transforment en “prêtres et policiers de la pensée”, ou s’y conforment simplement, il craint “un esprit totalitaire, de caste, de secte” qui s’impose, au détriment de “l’esprit laïc”, qui n’impliquait pas uniquement la “tolérance”, mais aussi la capacité de former l’esprit critique, revendiquée dans la “Lettre aux instituteurs” de Jules Ferry.

Quel encadrement pour remédier à cela ? À rebours des libertariens (comme le Courrier des stratèges qu’il salue), rétifs à tout encadrement dans le domaine des idées, et à la suite d’Idriss Aberkane, le sociologue envisage une régulation indispensable, qui brise les “monopoles” dans “le marché des idées” : pourquoi pas une “autorité indépendante” qui définirait un cadre, pour la préservation de ces “biens immatériels” que sont le pluralisme, l’esprit critique et la liberté d’expression ? N’est-ce pas un combat “essentiel” ?





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