L’Asie du Sud est en proie à une crise économique et énergétique sans précédent. Depuis une semaine, d’importantes manifestations ont eu lieu au Bangladesh et au Pakistan, suite aux coupures d’électricité, qui peuvent s’étendre jusqu’à treize heures par jour. Alors que les restrictions énergétiques suscitent la colère des populations, certains pays craignent quand même de faire défaut à leurs créanciers, et se tournent vers Washington pour un soutien d’urgence.

Des restrictions coercitives pour “économiser”

Au Bangladesh, des étudiants et des soutiens de l’opposition protestent dans les rues, brandissant de vieilles lampes à huile, depuis le 25 juillet. Ce nouveau symbole de manifestation est survenu peu après que le gouvernement de Dacca a décidé de planifier des coupures d’électricité pour préserver ses stocks. Ces coupures ne devaient durer qu’une heure, pourtant dans la région de Sylhet, dans le nord-est du pays, celles-ci peuvent s’étendre sur treize heures.

Dépendant fortement des marchés mondiaux, le pays émergent subit de plein fouet la flambée des prix, tandis que le cours des combustibles est de plus en plus élevé. Pour faire des économies, le gouvernement a décidé de mettre à l’arrêt les centrales électriques qui fonctionnaient au fuel. Bientôt, il manquera de gaz à coup sûr.

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Cette dépendance énergétique s’ajoute aux mesures d’austérité du gouvernement de Dacca, qui rationne l’électricité, limite les importations et réduit les dépenses de développement. D’autres restrictions contraignantes s’imposent aux Bangladais, dont la fermeture des marchés et centres commerciaux à vingt heures, l’utilisation de la climatisation dans les mosquées uniquement lors des heures de prière, et les coupures d’électricité régulières dans la journée.

Face à cela, les Bangladais manifestent leur mécontentement. Mais la situation a viré au drame ; deux manifestants sont décédés lors des protestations.

Par ailleurs, pour éviter de faire défaut, c’est-à-dire de ne plus pouvoir payer ses créanciers, certains pays d’Asie du Sud demandent un soutien financier d’urgence à Washington.

L’Asie du Sud demande de l’aide au FMI…

En raison des conséquences de la guerre en Ukraine et des chocs des prix de l’énergie, le Sri Lanka et le Pakistan sont déjà en pourparlers avec le Fonds monétaire international (FMI) pour bénéficier d’une aide d’urgence. Pour surmonter cette crise financière, Dacca s’est également tourné vers le FMI pour solliciter une aide de 4,5 milliards de dollars. Le Bangladesh pourrait bénéficier du nouveau fonds fiduciaire pour la résilience et la durabilité, mais aussi d’un “programme d’accompagnement”. Selon un article de La Presse, ceci “fournira des garanties en cas de nouvelle détérioration des conditions extérieures, tout en soutenant les efforts du pays pour faire face aux implications macroéconomiques à plus long terme du changement climatique”.

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Un article de Libération confirme que les pays les plus impactés par la crise énergétique sont ceux ayant misé sur le gaz naturel liquéfié (GNL). Comparé à l’année précédente, les prix ont augmenté de 250 %. Le vice-président de Shell Steve Hill admet que “l’Europe aspire le GNL, ce qui veut dire qu’il en reste moins pour les marchés en développement”. Or, depuis l’application des sanctions européennes envers la Russie, le prix des énergies fossiles s’est aussi envolé. Étant donné que le budget national des pays d’Asie du Sud passe principalement dans l’énergie, ils paient les pots cassés de l’Occident.

L’inflation galopante menace de nombreux pays. Pour le Pakistan, lui aussi victime des répercussions économiques liées à la hausse des prix du pétrole et des denrées alimentaires, l’aide financière de Pékin ne suffit plus.

… et à la Russie

C’est au Pakistan que la situation empire le plus. Le pays de plus de 210 millions d’habitants subit une double crise économique et énergétique, à cause de l’instauration des mesures occidentales. D’abord, l’inflation a atteint 24 % en juin dernier et, malgré cela, le Pakistan a augmenté les prix de l’électricité. Si le pays se bat pour augmenter ses devises étrangères, l’économie pakistanaise est frappée par la hausse des importations d’énergie. La capitale du Pakistan, Islamabad, craint même un défaut de paiement au cours de l’année, comme l’a vécu le Sri Lanka dernièrement.

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Cette crise énergétique a obligé le Pakistan à réduire la semaine de travail à cinq jours, afin de réduire la consommation d’énergie et de carburant. Si la productivité du pays est en baisse, les festivités en pâtissent également. Le gouvernement a décidé de réglementer les horaires de mariages qui devront durer jusqu’à 22 heures maximum. “Nous faisons face à une grave crise. Nous avons désespérément besoin de prendre des mesures d’économies de l’énergie”, a insisté Marriyum Aurangzeb, la ministre de l’Information.

En clair, les répercussions socio-économiques des sanctions occidentales heurtent les pays d’Asie du Sud, qui sont désormais contraints de se tourner vers la Russie. Depuis fin mai, le Sri Lanka se tourne vers le pétrole russe. De son côté, le Pakistan échange avec des fournisseurs russes pour des contrats de GNL, et enfin, l’Inde a multiplié les importations de pétrole russe par quatre depuis le début de la guerre.

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