EDITO — De tout temps, les comportements cartelistiques et les tentatives de manipulation de cours ont mené à des abus de position dominante, ou autres délits d’initiés. La finance électronique en temps réel n’a pas permis de régler ces comportements déviants, déloyaux et illicites. L’information électronique, centralisée par les agences de presse comme l’AFP et PressWire, subirait-elle le même sort ?

La finance comme exemple

Le code boursier, définit ainsi le délit de manipulation des cours :

« Le délit de manipulation des cours consiste à acheter ou à vendre massivement un titre dans le but de lancer ou d’arrêter une tendance sur la valeur du titre. »

La loi pénale définit le délit d’initié en ces termes : 

« Constitue un délit d’initié le fait, en toute connaissance de cause et pour une personne disposant d’une information privilégiée, d’en faire un usage en réalisant, pour elle-même ou pour autrui, soit directement, soit indirectement, une ou plusieurs opérations ou en annulant ou en modifiant un ou plusieurs ordres. »

Dans l’univers des médias, le délit d’initié consisterait tout simplement en un décalage temporel de l’information, ou en sa modification, dont profitent ceux qui en usent. La mise à disposition des cours de bourse en temps réel (AFP) n’a pas permis de résoudre les asymétries d’information, ni les opportunités de disposer de l’information avant les autres, dont seuls certains profitent. 

Et l’information générale

En conséquence, lorsque les journalistes relaient en masse des informations sans les avoir vérifiées, potentiellement entachées d’erreurs, qu’elles soient intentionnelles ou non — phénomène d’autant plus accentué quand les médias sont subventionnés par l’État, ou quand les revenus dépendent d’annonceurs publicitaires —, ces journalistes ne se rendent-ils pas là coupables, envers le public, d’un délit d’initié ?

Il semble bien qu’il s’agisse là d’une manipulation du cours de l’information, sinon à dessein malveillant, en tous points à l’encontre de la Charte de Munich.

Et ce n’est pas Coluche qui me contredira : « Les journalistes ne croient pas les mensonges des hommes politiques, mais ils les répètent. C’est pire ! »

Tentons d’analyser cette tendance le plus objectivement possible.

Nous tous, qui revendiquons informer les citoyens, comment procédons-nous s’agissant des éléments de fait dont nous n’avons pas acquis la connaissance par nous-mêmes (au principal via nos propres investigations, les témoignages que nous recueillons personnellement et les enquêtes d’opinion réalisées par nos soins) ?

Nous nous en remettons aux dépêches de l’Agence France Presse (AFP), organisme d’État. Et après avoir pris connaissance de ce qui est en quelque sorte le cours officiel de l’information, nous la remettons sur le marché à notre sauce. Or, faisant usage d’opinion, on réalise une rotation incrémentale, un pivot de la vérité. Et comme nous l’avons vu dans « De l’importance de l’angle », la teneur de l’information peut varier du tout au tout selon l’angle sous lequel elle est présentée.

Un peu comme un navigateur qui, se trompant de quelques degrés (à peine ou plus) à chaque mesure qu’il prend au compas, finit inévitablement dans un tout autre port que le bon, cette variation dans la teneur exacte de l’information, se trouve d’autant plus importante, amplifiée, lorsque l’information est reproduite à moult reprises, toujours ainsi quelque peu « décalée ».

Oui. Comme les journalistes mainstream se regardent les uns les autres et se suivent à partir de la dépêche AFP, il y a donc une “surprime”. Ils construisent des produits dérivés de l’information de base, créent ce qu’on pourrait appeler des subprimes de l’information (des « subinformations ») : de l’information synthétique, créée à partir de données non vérifiées, à partir d’opinions.

Cela s’appelle prendre la tangente. Là encore, je voudrais citer Coluche : « À la télé, on ne peut pas dire la vérité : il y a trop de monde qui regarde. »

Pour en revenir à notre exemple de bourse, notons que le trader Nick Leeson a mis la banque Baring à genoux ; pour ne pas dire par terre. Et la question se pose toujours de savoir s’il l’a fait sans que ses dirigeants comprennent ce qui se passaient, ou s’ils l’ont laissé faire ?

En comparaison, je me pose celle-ci concernant le délit d’initié journalistique. Cette pratique « d’État », malheureusement non répréhensible « en l’état », à laquelle se livrent les médias mainstream : les mensonges et manquements répétés de certains journalistes pourraient-ils mettre à genoux un média comme L’Express, ou Le Monde ?

Collusion ou incompétence, il semble bien qu’un journaliste puisse mettre à genoux un média, avec ou sans la complaisance de son directeur de publication.

Et si ce journaliste est sous influence de son directeur de publication, il opère une double violation de la Charte de Munich : il ne respecte ni le devoir numéro 1 (dire la vérité quoi qu’il en coûte), ni le numéro 10 (n’être inféodé à personne).

Par ces motifs, il serait justice, je crois, de leur coller à tous un délit d’initié à chaque fois.

Et probablement de créer une autorité indépendante des médias pour réguler cela.





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