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Retrouver le rire de Bertolt Brecht, par Marie-Noël Rio (Le Monde diplomatique, juin 2017)

ByVeritatis

Août 10, 2022


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Otto Dix. – « The Seven Deadly Sins » (Les Sept Péchés capitaux), 1933

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On découvre Bertolt Brecht en France en 1954, avec la présentation de Mère Courage et ses enfants au Festival international de théâtre de Paris par le Berliner Ensemble, un événement sans précédent. Le Théâtre national populaire (TNP), les théâtres nés de la décentralisation, les compagnies : chacun salue et endosse rapidement la révolution que le dramaturge allemand propose dans l’écriture et la pratique théâtrales. Cet élan va néanmoins progressivement s’étioler, et les enjeux de l’œuvre se trouver placés sous le boisseau, quand ils ne seront pas déformés. Les raisons de cet effacement éclairent sans doute un phénomène inverse aujourd’hui : le retour de Brecht.

Ce qui est salué dans les années 1950 (et tout aussi vigoureusement contesté, en particulier dans les journaux de droite comme Le Figaro), c’est la radicalité d’une esthétique porteuse d’une lecture marxiste du monde, et donc de l’art. Anarchiste pacifiste devenu marxiste, communiste sans parti, ami de Walter Benjamin, Brecht (1898-1956) passa — en compagnie de sa femme, la comédienne Helene Weigel — quatorze années en exil, principalement en Scandinavie et en Californie, de 1933 à 1947. En 1949, il choisit de regagner Berlin et de rester en République démocratique allemande (RDA) pour y travailler avec la compagnie qu’ils avaient fondée : le Berliner Ensemble. Pour lui, aucune distinction entre l’invention de formes nouvelles et le questionnement des vérités bourgeoises, entre le refus des codes de représentation dominants et le rejet de l’ordre capitaliste. Il sera loin, très loin du réalisme socialiste officiel.

Son projet produisit un choc en montrant qu’« il n’y a pas une “essence” de l’art éternel, mais que chaque société doit inventer l’art qui accouchera au mieux de sa propre délivrance », selon la formule de Roland Barthes. Le même Barthes salue la radicalité de sa contestation d’un art « à ce point ancestral que nous avions les meilleures raisons du monde pour le croire “naturel” ». Il souligne certaines (…)

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