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Comment le tandem Obama-Biden a mené une sale guerre en Syrie — Histoire Secrète — Sott.net

ByVeritatis

Août 14, 2022


Le Président Biden a annoncé que dans la nuit de samedi à dimanche, une frappe de drone avait tué Ayman al-Zawahiri à Kaboul. Le chef d’Al-Qaïda, qui avait succédé à Ben Laden en 2011, rejoint ainsi la longue liste des acteurs que les États-Unis ont soutenu pour finalement les liquider.

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Dans cet article paru en avril dernier, peu après l’assassinat du chef de Daesh, le journaliste Aaron Maté rappelait comment Washington avait soutenu les terroristes en Syrie. Un rappel qui reste d’actualité avec la mort d’al-Zawahiri. (IGA)

Quelques heures après le raid militaire US du 3 février dans le nord de la Syrie, qui a entraîné la mort du chef d’ISIS et de plusieurs membres de sa famille, le président Biden a prononcé un discours triomphant à la Maison-Blanche.

L’opération des forces spéciales menée tard dans la nuit dans la province syrienne d’Idlib, a proclamé M. Biden, était un « témoignage de la portée et de la capacité de l’Amérique à éliminer les menaces terroristes, où qu’elles se cachent dans le monde ».

Mais il y a une chose que le président n’a pas mentionnée, pas plus que la quasi-totalité des reportages consacrés à cet assassinat : durant les années Obama, les principaux membres de l’administration Biden ont joué un rôle essentiel dans la création de cette cachette contrôlée par Al-Qaïda et où le chef d’ISIS, Abou Ibrahim al-Qurayshi, ainsi que son prédécesseur assassiné, Abou Bakr al-Baghdadi, avaient trouvé leur dernier refuge.

En menant une guerre secrète de plusieurs milliards de dollars pour soutenir l’insurrection contre le président syrien Bachar al-Assad, les hauts fonctionnaires d’Obama, qui servent aujourd’hui sous les ordres de Biden, ont fait de la politique US une politique visant à soutenir et à armer les groupes terroristes qui ont attiré des combattants djihadistes du monde entier. Cette campagne de changement de régime, entreprise dix ans après l’attaque des États-Unis par Al-Qaïda le 11 septembre 2001, a aidé un ennemi juré des États-Unis à établir le refuge d’Idlib qu’il contrôle encore aujourd’hui.

Une formulation concise de la chose a été adressée par Jake Sullivan à sa patronne de l’époque au Département d’État, Hillary Clinton. Il écrivait dans un courriel de février 2012: « AQ [Al-Qaïda] est de notre côté en Syrie. »

Sullivan, aujourd’hui conseiller à la sécurité nationale, est l’un des nombreux fonctionnaires qui ont supervisé la guerre par procuration en Syrie sous Obama et qui occupent maintenant un poste de haut niveau sous Biden. Ce groupe comprend le secrétaire d’État Antony Blinken, l’envoyé pour le climat John Kerry, l’administratrice de l’USAID Samantha Power, la secrétaire d’État adjointe Wendy Sherman, le coordinateur du NSC pour le Moyen-Orient Brett McGurk et le conseiller du département d’État Derek Chollet.

Leurs efforts pour redessiner le Moyen-Orient par le biais de changements de régime, non seulement en Syrie, mais aussi en Libye, ont conduit à la mort d’Américains – y compris l’ambassadeur Christopher Stevens et trois autres fonctionnaires US à Benghazi en 2012 ; au massacre d’innombrables civils ; à la création de millions de réfugiés ; et finalement, à l’entrée de la Russie sur le champ de bataille syrien.

Contacté par l’intermédiaire de leurs agences gouvernementales actuelles, aucun des dirigeants de l’équipe Obama-Biden n’a offert de commentaire sur leur politique de soutien à une insurrection dominée par Al-Qaïda en Syrie.

Le bilan de l’équipe Obama-Biden en Syrie trouve aujourd’hui un écho particulier alors que bon nombre d’entre eux gèrent la crise en cours en Ukraine. Comme en Syrie, les États-Unis inondent d’armes une zone de guerre chaotique dans le cadre d’un dangereux conflit par procuration contre la Russie, ce qui accroît la menace d’une confrontation militaire entre les principales puissances nucléaires du monde. « Je crains fort que l’Ukraine ne se transforme en Syrie », a déclaré le sénateur démocrate Chris Coons à CBS News le 17 avril.

Basée sur des documents déclassifiés, des reportages et des aveux épars de responsables US, cette histoire oubliée de l’équipe Obama-Biden pour évincer le régime d’Assad – de concert avec des alliés comme l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie – détaille la série de décisions discrètes qui ont finalement conduit les États-Unis à renforcer des réseaux terroristes voués à les détruire.

Capitaliser sur la Libye – et son arsenal – pour poursuivre le changement de régime en Syrie

La route vers le contrôle de la province syrienne d’Idlib par Al-Qaïda a en fait commencé à des centaines de kilomètres de l’autre côté de la Méditerranée, en Libye.

En mars 2011, après un lobbying intense de la part de hauts fonctionnaires, dont la secrétaire d’État Hillary Clinton, le président Obama a autorisé une campagne de bombardement pour soutenir l’insurrection djihadiste qui combattait le gouvernement du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. Soutenus par la puissance de feu de l’OTAN, les rebelles ont renversé Kadhafi et l’ont horriblement assassiné en octobre.

Forte de son succès rapide en Libye, l’administration Obama a jeté son dévolu sur Damas, qui était alors l’un des principaux objectifs de Washington en matière de changement de régime. Selon l’ancien commandant de l’OTAN Wesley Clark, le régime d’Assad – un allié clé des ennemis des États-Unis que sont l’Iran, le Hezbollah et la Russie – était destiné à être renversé tout comme l’Irak au lendemain du 11 septembre. Un câble de l’ambassade des États-Unis à Damas, qui a fait l’objet d’une fuite en 2006, évaluait que les « vulnérabilités » d’Assad incluaient « la menace potentielle pour le régime de la présence croissante d’extrémistes islamistes en transit ». Le câble expliquait également comment les États-Unis pouvaient « améliorer la probabilité que de telles opportunités se présentent ».

Associé à la chute de Kadhafi, le déclenchement de l’insurrection syrienne en mars 2011 a offert aux États-Unis une occasion historique d’exploiter les vulnérabilités de la Syrie. Si le Printemps arabe a déclenché des manifestations syriennes pacifiques contre le copinage et la répression du parti Baas au pouvoir, il a également déclenché une révolte essentiellement sunnite et rurale qui a pris un tour sectaire et violent. Les États-Unis et leurs alliés, à savoir le Qatar et la Turquie, ont capitalisé en exploitant l’arsenal massif du gouvernement libyen récemment évincé.

« Avec les répercussions immédiates de la chute du régime [de Kadhafi] en octobre 2011, et après l’incertitude causée par cette chute », a rapporté la Defense Intelligence Agency l’année suivante, … des armes provenant des anciens stocks militaires libyens situés à Benghazi, en Libye, ont été expédiées du port de Benghazi, en Libye, vers les ports de Banias et le port de Borj Islam, en Syrie. »

Le document expurgé de la DIA, obtenu par le groupe Judicial Watch, ne précise pas si les États-Unis étaient directement impliqués dans ces expéditions. Mais il contient des indices significatifs. Avec une précision remarquable, il détaille la taille et le contenu d’une de ces expéditions en août 2012 : 500 fusils de sniper, 100 lance-grenades propulsés par fusée avec 300 cartouches, et 400 obus de mortier.

Plus révélateur encore, le document indique que les livraisons d’armes ont été interrompues « au début du mois de septembre 2012 ». Il s’agissait d’une référence claire au meurtre de quatre Américains perpétré ce mois-là par des miliciens : l’ambassadeur Christopher Stevens, un autre fonctionnaire du département d’État et deux contractants de la CIA. Le meurtre est survenu à Benghazi, la ville portuaire d’où provenaient les armes destinées à la Syrie. L’annexe de Benghazi « était au cœur d’une opération de la CIA », ont déclaré des responsables US au Wall Street Journal. Au moins deux douzaines d’employés de la CIA travaillaient à Benghazi sous couverture diplomatique.

Bien que de hauts responsables du renseignement aient occulté l’opération de Benghazi lors de témoignages sous serment devant la commission du renseignement de la Chambre des représentants, une enquête du Sénat a finalement confirmé un rôle direct de la CIA dans le transfert d’armes de la Libye vers la Syrie. Une version classifiée d’un rapport du Sénat de 2014, qui n’a pas été rendue publique, a documenté un accord entre le président Obama et la Turquie pour acheminer des armes de la Libye vers les insurgés en Syrie. L’opération, établie début 2012, était dirigée par David Petraeus, alors directeur de la CIA.

« La seule mission du consulat [de Benghazi] était de fournir une couverture pour le transfert des armes » vers la Syrie, a déclaré un ancien responsable du renseignement US au journaliste Seymour Hersh dans la London Review of Books. « Il n’avait pas de véritable rôle politique ».

La mort d’un ambassadeur américain

Sous couvert diplomatique, Stevens semble avoir été un acteur important du programme de la CIA. Plus d’un an avant de devenir ambassadeur en juin 2012, Stevens avait été nommé agent de liaison US auprès de l’opposition libyenne. À ce titre, il avait travaillé avec le Groupe islamique combattant libyen, lié à Al-Qaïda, et son chef, Abdelhakim Belhadj, un seigneur de guerre qui a combattu aux côtés d’Oussama ben Laden en Afghanistan. Après l’éviction de Kadhafi, Belhadj a été nommé à la tête du Conseil militaire de Tripoli qui contrôlait la sécurité dans la capitale du pays.

Le rôle de Belhadj ne s’est pas limité à la Libye post-coup d’État. En novembre 2011, cet allié d’Al-Qaïda s’est rendu en Turquie pour rencontrer des dirigeants de l’Armée syrienne libre, la coalition militaire d’opposition soutenue par la CIA. Le voyage de Belhadj s’inscrivait dans le cadre des efforts du nouveau gouvernement libyen pour fournir « de l’argent et des armes à l’insurrection croissante contre Bachar el-Assad », rapportait alors le London Telegraph. Le 14 septembre 2012 – trois jours seulement après la mort de Stevens et de ses collègues américains – le London Times révélait qu’un navire libyen « transportant le plus grand chargement d’armes pour la Syrie depuis le début du soulèvement », avait récemment accosté dans le port turc d’Iskenderun. Une fois déchargée, « la majeure partie de sa cargaison est destinée aux rebelles sur les lignes de front ».

Les détails connus sur les dernières heures de Stevens le 11 septembre suggèrent que l’expédition d’armes était en tête de ses priorités. Bien qu’il était basé à Tripoli et confronté à de violentes menaces, Stevens avait fait le dangereux voyage jusqu’à Benghazi en pleine commémoration du 11 septembre. Selon un rapport de 2016 de la commission du renseignement de la Chambre des représentants, l’une des dernières réunions planifiées de Stevens s’était tenue avec le chef de la société al-Marfa Shipping and Maritime Services Company, une entreprise libyenne impliquée dans le transport d’armes vers la Syrie. Sa dernière réunion de la journée était avec Ali Sait Akin, le consul général de Turquie, où les armes ont été expédiées. Fox News a ensuite rapporté que « Stevens était à Benghazi pour négocier un transfert d’armes ».

Le canal libyen ayant été fermé par le meurtre de Stevens, les États-Unis et leurs alliés se sont tournés vers d’autres sources d’approvisionnement. L’une d’entre elles était la Croatie, où l’Arabie saoudite avait financé un important achat d’armes fin 2012. Le deal avait été arrangé par la CIA. Utiliser les vastes réserves du royaume saoudien pour financer des guerres par procuration menées secrètement n’avait rien de nouveau. La CIA l’avait déjà fait notamment pour armer les moudjahidines en Afghanistan et les Contras au Nicaragua.

Bien que l’administration Obama ait affirmé que les armes acheminées vers la Syrie étaient destinées aux « rebelles modérés », elles se sont finalement retrouvées entre les mains d’une insurrection dominée par les jihadistes. Un mois à peine après l’attaque de Benghazi, le New York Times rapportait que les « djihadistes islamiques purs et durs », y compris les groupes « ayant des liens ou des affiliations avec Al-Qaïda », ont reçu « la plus grosse part des armes expédiées à l’opposition syrienne ».

Armer secrètement une insurrection dominée par Al-Qaïda

L’administration Obama n’a pas eu besoin des médias pour apprendre que les djihadistes qui dominaient l’insurrection syrienne étaient les destinataires d’une chaîne d’approvisionnement de la CIA.

Un mois avant l’attaque de Benghazi, les analystes du renseignement du Pentagone ont donné à la Maison-Blanche une évaluation sans ménagement. Un rapport de la Defense Intelligence Agency d’août 2012, largement diffusé parmi les responsables américains, notait que « les salafistes, les Frères musulmans et AQI [Al-Qaïda en Irak] sont les principales forces motrices de l’insurrection. » Al-Qaïda, souligne le rapport, « a soutenu l’opposition syrienne dès le début« . Leur objectif était de créer une « principauté salafiste dans l’est de la Syrie » – un avertissement précoce du califat ISIS qui serait établi deux ans plus tard.

Le général Michael Flynn, qui dirigeait la DIA à l’époque, s’est souvenu plus tard que son équipe avait « reçu un énorme contrecoup » de la part de la Maison-Blanche sous Obama. « J’avais l’impression qu’ils ne voulaient pas entendre la vérité », a déclaré Flynn. En 2015, un an après le départ forcé de Flynn, des dizaines d’analystes du renseignement du Pentagone ont signé une plainte soupçonnant les hauts responsables du renseignement du Pentagone de « trafiquer les livres » pour dresser un tableau plus rose de la présence jihadiste en Syrie. (Le Pentagone a par la suite disculpé les commandants du CENTCOM de tout acte répréhensible).

L’Armée syrienne libre (ASL), la principale force insurgée soutenue par la CIA, a également informé les responsables du président Obama de la prédominance des djihadistes dans ses propres rangs. « D’après les rapports que nous recevons des médecins, » ont déclaré des responsables de l’ASL au Département d’État en novembre 2012, « la plupart des blessés et des morts de l’ASL sont des membres de Jabhat al-Nosra, en raison de leur courage et [du fait qu’ils sont] toujours en première ligne. »

Jabhat al-Nosra (le Front Al-Nosra) est la franchise d’Al-Qaïda en Syrie. Il est apparu comme un groupe dissident d’Al-Qaïda en Irak après une brouille entre le chef d’AQI, Abu Bakr al-Baghdadi, et son adjoint de l’époque, Mohammed al-Jolani. En 2013, Baghdadi a relancé son organisation sous le nom d’État islamique d’Irak et de Syrie (ISIS). Jolani a dirigé sa faction d’al-Qaïda basée en Syrie sous le drapeau noir d’al-Nosra.

Charles Lister, un fonctionnaire spécialiste du Golfe et en contact étroit avec les groupes d’insurgés syriens, a écrit en mars 2015: « Bien que cela soit rarement reconnu de manière explicite en public, la grande majorité de l’insurrection syrienne a travaillé en étroite coordination avec Al-Qaïda depuis la mi-2012 – et avec un grand effet sur le champ de bataille. » Comme l’a déclaré un dirigeant de l’Armée syrienne libre au New York Times : « Aucune faction de l’ASL dans le nord ne peut opérer sans l’approbation d’al-Nosra ».

Selon David McCloskey, un ancien analyste de la CIA qui a couvert la Syrie dans les premières années de la guerre, les responsables US savaient que « les groupes affiliés à Al-Qaïda et les groupes djihadistes salafistes étaient le principal moteur de l’insurrection. » Selon McCloskey, c’était « un aspect extrêmement problématique du conflit. »

Dans ses mémoires, Ben Rhodes, conseiller principal d’Obama, reconnaît qu’al-Nosra « était probablement la force de combat la plus puissante au sein de l’opposition. » Il était également clair, écrit-il, que les groupes d’insurgés soutenus par les États-Unis « combattaient aux côtés d’Al-Nosra ». C’est pour cette raison, rappelle Rhodes, qu’il a plaidé contre la désignation d’al-Nosra comme organisation terroriste étrangère par le Département d’État en décembre 2012. Cette mesure « aliénerait les mêmes personnes que nous voulons aider.» (Interrogé sur le fait de vouloir aider une insurrection dominée par Al-Qaïda, Rhodes n’a pas répondu).

En fait, désigner al-Nosra comme une organisation terroriste a permis à l’administration Obama d’affirmer publiquement qu’elle s’opposait à la branche syrienne d’al-Qaïda tout en continuant à armer secrètement l’insurrection qu’elle dominait. Trois mois après avoir ajouté al-Nosra à la liste des organisations terroristes, les États-Unis et leurs alliés ont « considérablement intensifié les livraisons d’armes aux rebelles syriens » pour aider « les rebelles à tenter de s’emparer de Damas« , a rapporté l’Associated Press en mars 2013.

« Il n’y avait pas de milieu modéré »

Bien que conscients en privé de la domination de Nosra, les responsables de l’administration Obama ont continué à insister publiquement sur le fait que les États-Unis ne soutenaient que « l’opposition modérée » en Syrie, comme l’avait décrit Antony Blinken, alors conseiller adjoint à la Sécurité nationale, en septembre 2014.

Mais s’adressant à un public de Harvard quelques jours plus tard, le vice-président de l’époque, Biden, avait laissé échapper la réalité occultée. Dans l’insurrection syrienne, « il n’y avait pas de milieu modéré « , avait admis Biden. Au lieu de cela, les « alliés » des États-Unis en Syrie « ont versé des centaines de millions de dollars et des milliers de tonnes d’armes à quiconque voulait se battre contre Assad ». Ces armes ont été fournies, selon M. Biden, à « Al-Nusra, Al-Qaïda et les éléments extrémistes des jihadistes venant d’autres parties du monde. »

Biden s’est rapidement excusé pour ses commentaires qui semblaient correspondre à la définition classique de la gaffe de Kinsley : un politicien qui dit la vérité par inadvertance. La seule erreur de Biden a été d’omettre le rôle crucial de son administration dans l’aide apportée à ses alliés pour armer les jihadistes.

Plutôt que de mettre fin à un programme de la CIA qui aidait l’insurrection dominée par Al-Qaïda, Obama l’a étendu. En avril 2013, le président a signé un décret qui modifiait la guerre secrète de la CIA – nom de code: Timber Sycamore – pour permettre l’armement et l’entraînement directs par les États-Unis. Après avoir mis à contribution l’Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar pour financer son pipeline d’armes destinées aux insurgés à l’intérieur de la Syrie, l’ordre d’Obama a permis à la CIA de fournir directement des armes de fabrication US. Tout comme pour la campagne de changement de régime en Libye, Hillary Clinton a été l’un des principaux architectes de cette opération.

La guerre par procuration améliorée d’Obama en Syrie s’est avérée être « l’un des programmes d’action secrète les plus couteux de l’histoire de la C.I.A. », a rapporté le New York Times en 2017. Les documents divulgués par le lanceur d’alerte de la NSA Edward Snowden ont révélé un budget de près d’un milliard de dollars par an, soit environ 1 dollar sur 15 dollars de dépenses de la CIA. La CIA a armé et formé près de 10.000 insurgés, dépensant « environ 100.000 dollars par an pour chaque rebelle anti-Assad qui est passé par le programme », ont déclaré des responsables US au Washington Post en 2015. Deux ans plus tard, un responsable US a estimé que les milices financées par la CIA « pourraient avoir tué ou blessé 100.000 soldats syriens et alliés au cours des quatre dernières années. »

Mais ces milices ne tuaient pas seulement les forces gouvernementales pro-syriennes. Comme l’a rapporté le New York Times en avril 2017, les insurgés soutenus par les États-Unis ont perpétré des « meurtres de masse sectaires. »

Un de ces actes a eu lieu en août 2013, lorsque l’Armée syrienne libre soutenue par les États-Unis a rejoint une offensive d’al-Nosra et d’ISIS sur les zones alaouites de Lattaquié. Une enquête sur les droits de l’homme a révélé que les insurgés se sont livrés à « l’assassinat systématique de familles entières », massacrant un nombre documenté de 190 civils, dont 57 femmes, 18 enfants et 14 vieillards. Dans une vidéo tournée sur le terrain, l’ancien général de l’armée syrienne Salim Idriss, chef du Conseil militaire suprême (CMS) soutenu par les États-Unis, s’est vanté de « coopérer dans une large mesure à cette opération ».

Les massacres de Lattaquié sont survenus quatre mois après que l’ambassadeur américain en Syrie, Robert Ford, ait salué Idriss et ses combattants comme « les éléments modérés et responsables de l’opposition armée. » Le rôle des forces d’Idriss dans le massacre n’a pas mis un terme au soutien de l’administration. En octobre, le Washington Post révélait que « la CIA développe un effort clandestin … visant à renforcer la puissance de combat des unités alignées sur le Conseil militaire suprême, une organisation parapluie dirigée par [Idriss] qui est le principal bénéficiaire du soutien américain ».

[Dans une réponse par courriel à des questions sur la politique américaine en Syrie, Ford déclare qu’il n’y a « aucun doute » que l’Armée syrienne libre s’est engagée dans des crimes de guerre, mais il notait : « Nous les avons dénoncés publiquement à l’époque et en privé. » Ford a déclaré que la position officielle de l’administration selon laquelle des modérés étaient engagés dans le combat était exacte à la lumière des faits sur le terrain. « Notre définition des modérés dans l’opposition armée, écrivait-il, était celle de personnes prêtes à négocier une fin pacifique à la guerre. »]

Officiellement, le programme amélioré de la CIA interdisait tout soutien direct à al-Nosra ou à ses alliés en Syrie. Mais une fois les armes américaines arrivées en Syrie, l’administration Obama a reconnu qu’elle n’avait aucun moyen de contrôler leur utilisation – un motif apparent pour mener le programme en secret. « Nous avions besoin d’un déni plausible au cas où les armes se retrouveraient entre les mains d’al-Nosra », a déclaré un ancien haut fonctionnaire de l’administration au New York Times en 2013.

La province d’Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, est l’une des régions où des armes américaines sont parvenues aux mains d’Al-Nosra.

Le plus grand refuge d’Al-Qaïda depuis le 11 septembre 2001

En mai 2015, un ensemble de groupes d’insurgés, surnommés la coalition Jaish al-Fatah (« Armée de la conquête »), a pris la province d’Idlib contrôlée jusque-là par le gouvernement syrien. Mené par al-Nosra, le combat a mis en évidence ce que Charles Lister, analyste basé à Washington et ayant des contacts avec les insurgés en Syrie, a qualifié de « niveau de coordination bien meilleur » entre les militants rivaux, y compris les FSA soutenues par les États-Unis et de multiples « factions djihadistes ».

Pour Lister, la conquête d’Idlib a également révélé que les États-Unis et leurs alliés « ont changé de discours concernant la coordination avec les islamistes. » Citant de multiples commandants sur le champ de bataille, Lister rapporte que « le centre des opérations dirigé par les États-Unis dans le sud de la Turquie » , qui coordonnait le soutien aux groupes d’insurgés soutenus par les États-Unis, « a contribué à faciliter leur participation à l’opération » menée par al-Nosra. Alors que le commandement US des insurgés s’était précédemment opposé à « toute coordination directe » avec les groupes djihadistes, l’offensive d’Idlib « a révélé quelque chose de différent », a conclu Lister : pour capturer la province, les responsables US « ont spécifiquement encouragé une coopération plus étroite avec les islamistes commandant les opérations de première ligne. »

À Idlib, la coopération sur le champ de bataille approuvée par les États-Unis a permis aux combattants d’al-Nosra de bénéficier directement des armes US. Malgré des affrontements occasionnels entre eux, al-Nosra a pu utiliser les groupes d’insurgés soutenus par les États-Unis « comme multiplicateurs de force » , a observé l’Institute for the Study of War, un important groupe de réflexion de Washington, au début de la bataille. Les gains militaires des insurgés, rapportait Foreign Policy en avril 2015, ont été obtenus « en grande partie grâce aux kamikazes et aux missiles antichars américains TOW. »

La victoire d’Idlib, menée par les djihadistes, a rapidement soumis ses habitants à la terreur sectaire. En juin 2015, les combattants d’al-Nosra ont massacré au moins 20 membres de confession druze. Des centaines de villageois épargnés par l’attaque ont été contraints de se convertir à l’islam sunnite. Face aux mêmes menaces, la quasi-totalité des 1 200 chrétiens restants d’Idlib ont fui la province, laissant une population chrétienne qui ne compterait plus que trois personnes aujourd’hui.

Dans un bilan de 2017 sur la guerre secrète de l’administration Obama en Syrie, le New York Times a décrit la conquête d’Idlib par les insurgés comme faisant partie des « périodes de succès » du programme de la CIA. C’était aussi certainement le cas pour Al-Qaïda.

Brett McGurk était l’émissaire anti-ISIS sous Obama et Trump. Aujourd’hui, il est le principal responsable de Biden à la Maison-Blanche pour le Moyen-Orient. Il déclarait en 2017 que « la province d’Idlib est le plus grand refuge d’Al-Qaïda depuis le 11 septembre. »

Les États-Unis permettent à ISIS de prendre le pouvoir

Al-Qaïda n’est pas le seul escadron de la mort sectaire qui a réussi à s’établir un refuge sûr dans le chaos de la guerre par procuration en Syrie. À partir de 2013, ISIS, le groupe frère d’Al-Nosra devenu ensuite son rival, s’est emparé d’un territoire considérable. Comme pour Al-Qaïda, la prise de territoire d’ISIS en Syrie a bénéficié d’une importante aide détournée de Washington.

Avant qu’Al-Qaïda ne s’empare d’Idlib, le premier bastion d’ISIS en Syrie, Raqqa, est né d’une alliance similaire entre les « rebelles modérés » soutenus par les États-Unis et les jihadistes. Après que cette coalition a pris la ville au gouvernement syrien en mars 2013, ISIS en a pris le contrôle total en novembre.

Lorsqu’ISIS a déclaré son califat dans certaines parties de la Syrie et de l’Irak en juin 2014, les États-Unis ont lancé une campagne aérienne contre les bastions du groupe. Mais l’offensive anti-ISIS de l’administration Obama contenait une exception significative. Dans les zones clés où l’avancée d’ISIS pouvait menacer le régime d’Assad, les États-Unis sont restés passifs.

En avril 2015, alors qu’al-Nosra était en train de conquérir Idlib, ISIS s’est emparé de la majeure partie du camp de réfugiés de Yarmouk, dans la banlieue de Damas, marquant ce que le New York Times a appelé « la plus grande percée du groupe dans la capitale syrienne » .

Dans la cité antique de Palmyre, les États-Unis ont permis une prise de contrôle pure et simple par ISIS. « [L]orsque l’État islamique s’est rapproché de Palmyre, la coalition aérienne dirigée par les États-Unis qui a écrasé l’État islamique en Syrie au cours des 18 derniers mois n’a pris aucune mesure pour empêcher l’avancée des extrémistes vers la ville historique – qui, jusqu’alors, était restée aux mains des forces de sécurité syriennes, cruellement débordées » , a rapporté le Los Angeles Times en mars 2016.

Dans une conversation ayant fait l’objet d’une fuite avec des militants de l’opposition syrienne quelques mois plus tard, John Kerry, alors secrétaire d’État, a expliqué le raisonnement des États-Unis pour laisser ISIS avancer.

« Daesh [ISIS] menaçait la possibilité d’aller à Damas et ainsi de suite », a expliqué Kerry. « Et nous savions que cela prenait de l’ampleur. Nous observions. Nous avons vu que Daesh se renforçait, et nous avons pensé qu’Assad était menacé. Mais nous pensions, et nous pourrions probablement y arriver, qu’Assad négocierait ensuite » son départ du pouvoir.

En bref, les États-Unis ont tiré parti de la croissance d’ISIS pour imposer un changement de régime au président syrien Bachar al-Assad.

Kerry a également admis que la stratégie US consistant à « observer » l’avancée d’ISIS en Syrie a directement provoqué l’entrée de la Russie dans le conflit en 2015. La menace d’une prise de pouvoir par ISIS, a déclaré Kerry, est « la raison pour laquelle la Russie est entrée dans le conflit. Parce qu’ils ne voulaient pas d’un gouvernement Daesh ».

L’intervention militaire de la Russie en Syrie a empêché la mise en place du gouvernement ISIS à Damas que Kerry et ses collègues de l’administration Obama étaient prêts à risquer. La pulvérisation des frappes aériennes russes a également porté un coup fatal à l’insurrection dominée par Al-Qaïda pour laquelle l’équipe Obama avait dépensé des milliards de dollars.

Ennemi des États-Unis, mais atout en Syrie

Les combattants soutenus par les États-Unis étant vaincus et l’une de leurs principales championnes, Hillary Clinton, ayant été défaite lors des élections de novembre 2016, l’opération de la CIA en Syrie a connu ce que le New York Times a appelé une « mort soudaine. » Après avoir critiqué la guerre par procuration en Syrie pendant la campagne électorale, le président Trump a fermé définitivement le programme Timber Sycamore en juillet 2017.

« Il s’avère que c’est surtout à Al-Qaïda que nous donnons ces armes », a déclaré Trump au Wall Street Journal ce mois-là.

Avec la sortie de l’équipe Obama-Biden, les États-Unis ne se battaient plus aux côtés d’Al-Qaïda. Mais cela ne signifiait pas que les États-Unis étaient prêts à affronter l’ennemi qu’ils avaient contribué à installer à Idlib.

Si Trump a mis fin à la guerre par procuration de la CIA, ses efforts pour extirper davantage les États-Unis de la Syrie en retirant les troupes ont été contrecarrés par des hauts fonctionnaires qui partageaient les objectifs de changement de régime de l’administration précédente.

« Lorsque le président Trump a dit « Je veux que tout le monde quitte la Syrie », les hauts gradés du Pentagone et de l’État ont fait un anévrisme », se souvient Christopher Miller, secrétaire à la Défense par intérim pendant les derniers mois du mandat de Trump.

Jim Jeffrey, l’envoyé de Trump pour la Syrie, a admis avoir trompé le président afin de maintenir en place « beaucoup plus que » les 200 soldats américains que Trump avait concédés à contrecœur. « Nous jouions toujours des jeux de passe-passe pour ne pas faire comprendre à nos dirigeants combien de troupes nous avions là-bas », a déclaré Jeffrey à Defense One. Ces « jeux de passe-passe » ont mis les soldats américains en danger, notamment quatre militaires récemment blessés dans une attaque à la roquette contre leur base dans le nord-est de la Syrie.

Tout en empêchant un retrait complet des troupes américaines, Jeffrey et d’autres hauts responsables ont également préservé l’alliance tacite du gouvernement US avec les dirigeants d’Al-Qaïda à Idlib. Officiellement, al-Nosra reste sur la liste des organisations terroristes des États-Unis. Malgré plusieurs changements de nom, le département d’État a rejeté les efforts de relooking de l’organisation comme un « moyen de faire avancer sa position dans le soulèvement syrien et de poursuivre ses propres objectifs en tant qu’affilié d’Al-Qaïda ».

Mais en pratique, comme Jeffrey l’a expliqué l’année dernière, les États-Unis ont traité Al-Nosra comme « un atout » pour la stratégie US en Syrie. « Ils sont la moins mauvaise option parmi les différentes options sur Idlib, et Idlib est l’un des endroits les plus importants en Syrie, qui est l’un des endroits les plus importants en ce moment au Moyen-Orient« , a-t-il déclaré. Jeffrey a également révélé qu’il avait communiqué avec le chef d’al-Nosra, Mohammed al-Jolani, par des « canaux indirects ».

Les commentaires de Jeffrey soulignent un profond changement dans la stratégie du gouvernement US au Moyen-Orient à la suite de la guerre par procuration en Syrie : Al-Qaïda, le groupe terroriste qui a attaqué les États-Unis le 11 septembre et qui est ensuite devenu la cible d’une guerre mondiale contre le terrorisme, n’est plus considérée par les puissants responsables de Washington comme un ennemi, mais, à travers sa branche syrienne, comme un « atout ».

Depuis qu’ils sont revenus au pouvoir sous la direction de Biden, les vétérans d’Obama qui avaient déclenché contre la Syrie l’une des opérations secrètes les plus couteuses de l’histoire ne font plus de cette nation ravagée par la guerre leur priorité. Tout en s’engageant à maintenir des sanctions paralysantes, à garder des troupes US dans de nombreuses bases et tout en annonçant des frappes aériennes sporadiques, la Maison-Blanche ne s’est que très peu exprimée publiquement sur sa politique syrienne. Le raid militaire US qui a mis fin à la vie du chef d’ISIS, al-Qurayshi, en février a suscité le seul discours axé sur la Syrie de la présidence de Biden.

Si Biden a vanté les mérites de cette opération meurtrière, le fait qu’elle se soit déroulée à Idlib souligne une contradiction que son administration n’a pas encore abordée. En éliminant un chef d’ISIS dans le bastion syrien d’Al-Qaïda, le président et ses hauts responsables sont maintenant confrontés à des menaces provenant d’un sanctuaire terroriste qu’ils ont contribué à créer.

Source originale: Le blog d’Aaron Maté

Traduit de l’anglais par GL pour Investig’Action



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