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La Colombie, vieil allié stratégique de Washington-OTAN — Hernando Calvo Ospina

ByVeritatis

Août 17, 2022


Les armes s’étaient à peine tues dans l’Europe ravagée par la Seconde Guerre mondiale ; l’Armée Rouge soviétique commençait tout juste son retour au pays après avoir affronté, poursuivi et écrasé les troupes hitlériennes à Berlin même ; et déjà un autre terrible danger pour l’humanité se profilait depuis Washington. Son armée n’était entrée en guerre que lorsque le drapeau rouge, au marteau et à la faucille, commençait à flotter sur les camps de concentration libérés. Washington avait été témoin du courage et de la détermination soviétiques dans la guerre, et voyait maintenant cet ennemi idéologique ressurgir d’entre les décombres. Les États-Unis n’avaient donc pas de temps à perdre pour prendre possession de ce monde meurtri.

L’une de leurs priorités fut d’établir leur domination sur ce qu’ils appelaient leur “arrière-cour”, c’est-à-dire toute l’Amérique latine et la Caraïbe, une région qui n’avait pas souffert directement de l’horreur de la guerre. À cette fin, le président Harry Truman promulgua la “Loi sur la Coopération Militaire Inter-américaine” en 1946. Elle se concrétisa avec la signature à Rio de Janeiro en septembre 1947 du Traité Inter-américain d’assistance réciproque, le TIAR, qui plaça toutes les armées du continent sous la coupe des États-Unis.

Le TIAR devait répondre à toute agression extérieure qui, selon sa propre logique, viendrait du bloc dirigé par les l’Union soviétique.

Empêcher l’arrivée du “communisme pervers et athée” en était le prétexte, mais il s’agissait en réalité d’éloigner l’Union soviétique des inestimables ressources stratégiques de la région, dont seul Washington pouvait avoir le contrôle.

Le cadre statutaire du TIAR fut rédigé par l’ancien président colombien et ambassadeur à Washington, Alberto Lleras Camargo, selon les critères établis par Washington.

Il était donc naturel que le gouvernement de Bogotá soit le premier à signer un accord militaire avec les États-Unis sur la base des principes du TIAR.

L’année suivante, en avril 1948, l’Organisation des États américains (OEA) fut créée à Bogota, et ses statuts présentés par la délégation colombienne, alors que le texte lui avait été remis par la délégation étasunienne, dirigée par le général George Marshal. Lleras Camargo fut nommé premier secrétaire général de l’OEA.

Une fois adoptés, les statuts de l’OEA et du TIAR furent imposés par les Etats-Unis et formèrent le cadre idéologique et opérationnel de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, l’OTAN, créée le 4 avril 1949.

À peine six ans plus tard, le 14 mai 1955, le Traité d’Amitié, de Collaboration et d’Assistance Mutuelle, plus connu sous le nom de Pacte de Varsovie, fut créé. Il s’agissait d’un accord de coopération militaire entre les pays du camp socialiste européen, dirigés par l’URSS, pour répondre aux prétentions agressives de l’OTAN. De 1951 à 1954, la Colombie participa à la guerre de Corée, aux côtés des pays de l’OTAN, sous commandement américain. C’est le seul pays d’Amérique latine à avoir envoyé des troupes, plus de 5 000 soldats.

Depuis lors, les différents régimes colombiens ne manquèrent pas une occasion de soutenir les États-Unis dans leurs agressions et leurs invasions militaires. Et ceci presque toujours sans qu’on le leur demande.

Soulignons l’alliance de la Colombie avec Washington et les membres de l’OTAN pour soutenir la Grande-Bretagne lorsque l’Argentine tenta de récupérer militairement les Îles Malouines en avril 1982. La Colombie ainsi que la dictature chilienne d’Augusto Pinochet, furent les deux seuls pays d’Amérique latine à prendre ce parti.

Avec des troupes officielles ou en facilitant la participation de milliers de mercenaires, la Colombie a été aux côtés des États-Unis et de leur OTAN dans les guerres contre l’Irak, l’Afghanistan, le Yémen…

Le monde politique ne change pas de nature, il change juste de masque, de décor et de personnages, mais les intentions et les procédés de l’empire et de ses sbires restent presque identiques.

Au début des années 1990, l’URSS et ce qu’on appelait le camp socialiste européen se désintégrèrent et logiquement, le Pacte de Varsovie aussi. On était donc en droit d’attendre que l’OTAN se dissolve puisque l’ennemi communiste n’existait plus.

Mais elle subsista et commença à s’étendre, prétextant la nécessité de lutter contre le trafic mondial de drogue et contre le terrorisme. En d’autres termes, l’OTAN passa du statut d’organisation militaire multinationale la plus puissante du monde à celui d’organisation policière.

Évidemment, c’était un prétexte. Mais un prétexte qui a été accepté. Les grandes corporations de médias, presque toutes gérées depuis les États-Unis et les pays de l’OTAN, déclarèrent sans vergogne que “l’opinion publique internationale”, c’est-à-dire elles-mêmes, était d’accord.

On alla ainsi jusqu’à créer des invasions et des guerres pour faire de ces prétextes une réalité.

L’intention était d’avancer vers l’Europe de l’Est en absorbant les nations qui avaient appartenu au Pacte de Varsovie, et en cherchant à encercler la Russie, un pays qui sortait du précipice dans lequel il était tombé avec la disparition de l’URSS. Ce retour était impensable dans les années 1990. Les États-Unis-OTAN n’étaient pas parvenus à s’approprier les énormes ressources stratégiques de la Russie, notamment le pétrole et le gaz.

En outre, la Russie se développait économiquement dans le monde entier, mais sans soldats envahisseurs, sans chantage politique ni économique, en réalisant des échanges commerciaux en Afrique, en Asie et en Amérique latine.

La Chine aussi progressait, sans recours à l’armée, sans extorsion d’argent et sans menace contre la souveraineté d’autres nations.

Les États-Unis se rendirent compte que le pouvoir économique mondial leur échappait depuis deux décennies. Ils imposèrent à l’OTAN d’être impérativement présent dans ces régions, même si elles n’avaient rien à voir avec ses objectifs de départ.

Même si ce fut discret, l’Alliance Atlantique a été présente en Amérique latine et dans les Caraïbes par le biais du Commandement Sud étasunien, mais essentiellement à travers ses colonies dans les Caraïbes : Bonaire, Aruba et Curaçao, entre autres, pour les Pays-Bas ; la Martinique et la Guadeloupe principalement, pour la France ; les Iles Vierges, Monserrat, Anguilla, colonies de la Grande-Bretagne qui ne lâche pas totalement la Jamaïque ; Porto Rico assujetti par les États-Unis. Dans l’Atlantique Sud, la Grande-Bretagne occupe les îles Falkland, et la France possède le département de la Guyane…

Face à l’expansion commerciale de la Russie et de la Chine, et sous l’impulsion de Washington, l’OTAN entreprit de prendre directement pied dans des pays, nous dirons, souverains. Ainsi, en 1998, le président Carlos Menen se félicita de ce que l’OTAN ait inclus l’Argentine en tant que “grand allié extra-OTAN”. Peu importait que l’OTAN elle-même eût fait la guerre à l’Argentine afin que les Malouines restent entre les mains de Londres. En 2019, un autre extrémiste néolibéral, Jair Bolsonaro, s’est enorgueilli du fait que le Brésil bénéficiait du même statut.

L’OTAN avait donc à ses côtés deux des trois puissances latino-américaines (le Mexique étant la troisième), sans être obligée de les soutenir en cas de conflit armé.

Avec l’arrivée au pouvoir du président Hugo Chávez au Venezuela et d’une série de présidents progressistes dans plusieurs pays d’Amérique latine qui exigeaient le respect de la souveraineté de leurs nations, la nécessité d’une présence efficace de l’OTAN s’accrut pour Washington.

En juin 2021, fut défini l’”Agenda 2030 de l’OTAN”, prévu depuis l’administration de George W. Bush (2001-2009). Il y est précisé l’urgence de renforcer les relations avec l’Amérique latine, l’Afrique et l’Asie dans un but bien précis : contrer l’influence de la Russie et de la Chine. Et pas seulement l’influence militaire : l’économique aussi.

La présence de l’Alliance en Amérique latine devait servir le même objectif que le TIAR : imposer des conditions politiques et économiques aux principaux rivaux de Washington et de l’OTAN par le biais de la menace militaire.

Et si Cuba fut le grand défi pour les États-Unis dans les années 1960, la menace s’accentua avec le Venezuela de Chávez et celui du président Maduro car cette nation dispose d’immenses ressources stratégiques, à commencer par le pétrole : ces dirigeants avaient osé établir des alliances stratégiques avec la Russie et l’Iran au niveau économique et militaire.

Quant à la Colombie, cette nation soumise à Washington, il était naturel que les plans de Washington et de l’OTAN pour déstabiliser le gouvernement bolivarien du Venezuela, et qui comprenaient une invasion militaire, soient organisés depuis ce pays.

Depuis l’an 2000 au moins, les troupes de plusieurs pays de l’OTAN ont été régulièrement présentes en Colombie, que ce soit dans les 9 bases installées par le Pentagone pour son usage exclusif, ou dans n’importe quel bataillon du pays. Des militaires colombiens s’entraînent depuis plusieurs années dans les écoles de l’OTAN situées dans les pays européens. Les rares fois où cela a été rendu public, on a affirmé qu’il s’agissait d’une collaboration dans la guerre contre le trafic de drogue. Cette “collaboration” s’est avérée bien inutile car depuis, la production de cocaïne n’a cessé d’augmenter. Tout comme a explosé le commerce de l’opium en Afghanistan pendant l’invasion de l’OTAN.

Ces troupes de l’OTAN ont en fait été utilisées pour entraîner à la guerre contre la guérilla et pour conseiller sur les techniques d’espionnage.

Un peu avant 2016, et plus précisément depuis que la guérilla des FARC a rendu les armes, la stratégie militaire de l’armée colombienne commença à changer sur ordre de Washington. C’était une armée hautement spécialisée dans la contre-guérilla et dans la persécution et le meurtre de l’”ennemi intérieur”, c’est-à-dire l’opposition politique. Il s’agissait maintenant de se convertir en une armée pour la guerre régulière, et même d’adapter son armement. Ce fut la priorité des plans étasuniens d’attaque du Venezuela.

L’OTAN était là pour conseiller et fournir des armes.

De plus, il était impossible de ne pas penser à la possibilité d’utiliser les troupes colombiennes, dont les effectifs sont seulement surpassés en Amérique latine par ceux du Brésil : 350 000 et 200 000 respectivement.

Le 11 mars 2022, Washington a reconnu le régime colombien comme “Allié stratégique préférentiel non membre de l’OTAN”. Bogota et Washington se sont empressés d’expliquer que ce projet n’était pas seulement cantonné au domaine militaire, mais qu’il était bon pour l’avenir de la Colombie car il intégrait également le développement économique, l’éducation, le développement rural, la sécurité et la défense, la démocratie, les migrations, le changement climatique et le COVID. On aurait pu penser ainsi que les États-Unis, l’OTAN et la Colombie venaient juste de se connaître. Mais ce n’est pas tout : l’accord porte également sur la “lutte contre le crime organisé”, la “sécurité humaine”. Plus loin, on parle de “renforcer” les forces armées colombiennes.

En d’autres termes : l’officialisation d’une vieille réalité

Le statut d’”allié principal extra-OTAN” est une désignation prévue par la loi étasunienne, mais qui ne fait pas du pays un membre à part entière de l’OTAN et qui ne le soutient pas s’il est attaqué par une autre nation “amie” de Washington.

Parmi les “avantages” de ce statut de la Colombie figurent le prêt de matériel, de fournitures ou d’équipements militaires à des fins de coopération en matière de recherche, de développement, d’essai ou d’évaluation, ainsi que la livraison prioritaire de matériel de défense. Il y a aussi autre chose, et c’est très clair dans l’accord : la Colombie sera tenue de rembourser tous les frais, sauf accord du Pentagone ou de l’OTAN.

La Colombie est restée le principal allié de l’OTAN dans la région. Et comme nous l’avons vu, elle l’a toujours été pour Washington.

Les questions suivantes se posent maintenant : le nouveau gouvernement de Gustavo Petro-Francia Marquez gardera-t-il ce statut à la Colombie, malgré les conséquences ? Continuera-t-il à permettre au Pentagone de faire ce qu’il veut sur son territoire, maintenant que la Colombie a officiellement adhéré à l’OTAN ? Permettra-t-il aux États-Unis de continuer à chercher à déstabiliser le gouvernement bolivarien du Venezuela depuis son territoire ?

Espérons que la dignité et la souveraineté reviennent enfin en Colombie, afin qu’elle devienne une terre de paix, à l’intérieur et à l’extérieur de ses frontières. Car depuis que la Colombie se nomme Colombie, elle n’a jamais connu de dignité, de souveraineté et encore moins de paix.

Hernando CALVO OSPINA
* Ce texte fait partie de la campagne « No + OTAN », organisée par le Comité Promoteur de la République Bolivarienne du Venezuela





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