• mar. Oct 4th, 2022

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8 infos sur l’eau, ce bien commun en danger


En France, en 2022, une centaine de communes se retrouvent privées d’eau courante à cause  de la sécheresse. Et si cette situation risque très fortement de se banaliser, elle devrait  également s’aggraver d’année en année. À tel point que l’eau pourrait devenir l’enjeu  principal de demain.  

#1 : 2 milliards d’êtres humains privés d’eau potable

En Ethiopie, l’eau est un combat permanent @Rod Waddington/Flickr

Dans le monde la situation est très disparate. Si les pays occidentaux s’en sortent, pour  l’instant, plutôt bien, d’autres régions du monde, en particulier l’Afrique, ont de très gros problèmes d’approvisionnement en eau.

Ainsi la moitié de l’humanité consomme de l’eau de qualité douteuse et 2.6 millions de personnes meurent chaque année du manque d’eau potable. 

En France, on ne semble pourtant plus mesurer la chance que représente un accès à l’eau  courante. Et pourtant, en 1945, 70% des communes rurales ne disposaient pas encore de  l’accès à l’eau du robinet. Il a fallu attendre la fin des années 80 pour que la quasi-totalité des communes françaises soient reliées au réseau. 

Même encore de nos jours, l’ensemble du territoire français n’est pas totalement équipé  puisque de nombreux foyers en outre-mer subissent les affres du manque d’eau. La faute à un réseau vétuste et des pouvoirs publics ne prenant pas au sérieux le problème, mais aussi à des  périodes de sécheresse qui tarissent de nombreux cours d’eau.

Une situation qui rend d’autant  plus dramatique la mauvaise gestion du réseau ; à certains endroits, on enregistre même près de 50% de fuite du débit. 

 

#2 : 1 million de Français sans eau conforme 

@LuAnn Hunt/Unsplash

Par ailleurs, près d’un million de Français reçoivent toujours une eau non-conforme selon l’association de consommateurs « UFC que choisir ». Pour la majeure partie des foyers  concernés, le problème provient de l’agriculture intensive qui contamine le réseau. Cette eau non-conforme est d’ailleurs en quasi-totalité distribuée en zone rurale.  

Depuis de nombreuses années, les mesures effectuées dans les cours d’eau français  démontrent que près de 90% d’entre eux sont pollués par des produits phytosanitaires. Pas  moins de 750 molécules de pesticides et de leurs dérivés sont susceptibles de se retrouver dans l’eau potable. Pourtant, les pouvoirs publics sont loin de rechercher l’intégralité de ces substances lors des examens officiels. Il existe, de plus, une disparité importante entre les  régions. 609 molécules sont ainsi recherchées dans le Var contre seulement une douzaine dans l’Aisne…

En moyenne, sur l’ensemble de la France, les pouvoirs publics recherchent uniquement 206 molécules. Sans parler des perturbateurs endocriniens qui seraient présents dans près de 30% des eaux jugées conformes. 

Malgré tout, 98% des foyers français reçoivent une eau certifiée conforme aux critères sanitaires en vigueur. En ligne, il est d’ailleurs possible d’accéder régulièrement à des analyses de l’eau du robinet pour vérifier sa qualité dans sa commune de résidence. Il faut d’ailleurs rappeler que l’eau du robinet est le produit alimentaire le plus contrôlé du pays.  

 

#3: L’eau en bouteille est la plus dangereuse

@Steve Johnson/Unsplash

À l’heure actuelle, la majorité des Français font confiance à l’eau du robinet, ce qui était loin d’être le cas quelques décennies en arrière. Mais d’autres s’accrochent irréductiblement à l’eau en bouteille, jugée de meilleure qualité. L’est-elle vraiment pour autant ?  

On retrouve aujourd’hui des micro-plastiques partout, y compris dans l’air que nous respirons.  Et l’eau ne fait pas exception, qu’elle soit du robinet ou en bouteille. Une étude de 2018 suggère cependant que l’eau en bouteille en contiendrait deux fois plus que l’eau du robinet.  Si dans le cas de l’eau du robinet le plastique semble provenir essentiellement de fibres,  notamment issues du lavage des vêtements, les micro-plastiques présents dans l’eau en bouteille viendraient, eux, en majorité de la bouteille elle-même. En outre, une étude assurait également qu’une bouteille en plastique réutilisée contenait 20 fois plus de bactéries que la gamelle d’un chien et 100 fois plus que la cuvette des toilettes… 

Les bouteilles en plastiques sont par ailleurs elles-mêmes une source énorme de pollution.  Même si une partie est recyclée, cette récupération a un coût environnemental non négligeable, en énergie et … en eau. De plus, seuls 58% des bouteilles en plastique sont recyclées en France. Il s’agit d’ailleurs du déchet le plus retrouvé dans la nature ; un drame écologique lorsque l’on sait qu’il pourra mettre plusieurs siècles à se dégrader complètement. 

25% de l’eau en bouteille vient du robinet ! 

Si dans l’imaginaire collectif, l’eau en bouteille provient d’une source profonde et pure, dans les faits, il n’en est pas toujours ainsi. Et pour cause, 25% de l’eau en bouteille proviendrait de l’eau du robinet retraitée par un fabricant pour être revendue. L’eau en bouteille est d’ailleurs avant tout une affaire économique puisqu’elle est mise à prix en moyenne 120 fois plus chère que l’eau du robinet.  

De plus en plus, la société capitaliste et consumériste semble traiter l’eau comme un produit à vendre comme les autres. Pourtant, il ne s’agit pas d’une denrée ordinaire ; l’eau a en effet ceci de particulier qu’elle est indispensable à la vie. Trois petits jours sans eau seulement suffisent pour causer la mort de la plupart des individus.  

 

#4 : L’eau est un droit pour tous 

Pour cette raison, bon nombre de citoyens et de politiciens dans le monde se sont élevés pour  un droit fondamental à l’eau. En France, la NUPES avait même proposé de l’inscrire dans la  constitution et garantir une quantité d’eau vitale gratuitement à chaque français. En Uruguay,  l’accès à l’eau fait effectivement partie des droits humains constitutionnels depuis 2004.  

Il faut dire qu’au regard de la conjoncture actuelle, le fait de sanctifier l’eau parait de plus en plus indispensable. La situation climatique a en effet déjà commencé à provoquer une raréfaction de l’eau, et la crise va empirer d’année en année. Le stress hydrique induit par ce  dérèglement planétaire se manifeste déjà avec des impacts importants sur l’agriculture, l’industrie et même les réserves en eau potable. La multiplication des incendies ne devrait pas non plus arranger les choses, d’autant qu’il faudra utiliser des ressources colossales en eau pour lutter contre, dont celle du réseau public.  

 

#5 : Un modèle agricole à repenser 

@Pixabay

En prônant un modèle agricole intensif, l’humanité met clairement en danger ses réserves  d’eau. D’abord parce que ce modèle agricole est l’un des principaux secteurs d’émission de  CO² et donc directement responsable du dérèglement climatique, mais aussi parce qu’il ne  produit pas de façon durable. Et c’est sans parler de la pollution engendrée par les pesticides évoquée ci-avant. 

L’un des principaux problèmes posés par l’agriculture intensive, et également l’un des enjeux écologique crucial de notre temps, consiste dans l’érosion des sols. Comme l’explique le couple d’agronomes Claude et Lydia Bourguignon, l’usage intensif des labours et des produits phytosanitaires détruit toute vie souterraine. Or, sans vie, le sol s’érode et devient incapable d’absorber l’eau, de régénérer les nappes phréatiques et les rivières. Par là, cette façon de faire procède à l’augmentation de la sécheresse. 

Les méga bassines, qui fleurissent un peu partout dans le monde, participent aussi à un  modèle agricole aberrant. En effet, des géants de l’industrie agricole n’hésitent pas à pomper  l’eau de nappes souterraines afin de créer de grandes retenues d’eau pour l’irrigation de leurs terres. 

 

#6 : Trop de viande 

@Unsplash

Enfin, la surconsommation de viande pose également un énorme problème au niveau de la  consommation d’eau.

Il faut par exemple deux fois plus d’eau pour produire un kilo de viande de porc que pour produire un kilo de céréales. La situation est d’autant plus grave que cette  surconsommation favorise également la déforestation. Enfin, l’élevage intensif a pu aussi être  impliqué très souvent dans la pollution de nappes phréatiques.

En Bretagne, la prolifération des algues vertes est, elle aussi, largement due à l’élevage porcin intensif. 

 

#7 : De l’eau pour les riches ? 

La différence est déjà frappante dans l’accès à l’eau entre les pays occidentaux et les autres.  L’écart est d’autant plus consternant que 99% de l’eau potable utilisée ne sera pas bue dans les pays les plus riches comme la France. Mais la distinction peut également s’observer entre les citoyens de même pays selon leurs classes sociales. Et en matière d’eau, comme pour tout le reste, il semble que les plus riches puissent s’octroyer bien des privilèges avec la  bénédiction des gouvernements libéraux.

En effet, alors que la plupart des Français restreignent leur consommation d’eau pour lutter contre la sécheresse, le gouvernement Macron n’a pas hésité à accorder des dérogations aux terrains de golf afin de pouvoir arroser leur green. 

Dans le même temps, d’autres grandes fortunes n’ont aucun scrupule à construire leur profit sur l’eau, au détriment des plus pauvres et du bien commun. Des multinationales n’hésitent ainsi pas à piller les ressources pour faire des bénéfices. Il faut dire que les financiers sont  prêts à tout pour créer un marché de l’eau. À Wall Street, le cours de l’eau en Californie est même entré en bourse en 2020. 

#8 : L’eau plus chère que le Coca 

Coca Cola: Mexican national drink @Ghassan Fayad/Flickr

À plusieurs endroits dans le monde, la situation devient d’ailleurs ubuesque. Au Mexique,  dans certaines zones arides, le coca-cola est même moins cher que l’eau. Peu importe s’il faut six litres d’eau pour produire un litre de soda et peu importe si la surconsommation du soda  pose un gros problème de santé publique. 

D’autres grandes multinationales ont récemment défrayé la chronique. En France, Nestlé  accapare ainsi la célèbre source de Vittel. En période de restriction d’eau, le géant Suisse  continuait à puiser allégrement dans la nappe phréatique , à l’inverse des habitants locaux qui s’alimentent pourtant au même endroit.

À Volvic, un autre titan de l’agroalimentaire, Danone, monopolise de même manière la source locale au détriment des locaux.  Citons également le cas du village Prolom, en Serbie, dont la source est exploitée pour vendre des bouteilles  partout dans le monde ; et pourtant, les habitants n’ont toujours pas l’eau courante ! 

 

Pour une gestion publique de l’eau 

Afin d’éviter ce genre de dérives, il devient sans doute plus qu’urgent de confier l’intégralité  de la gestion de l’eau à l’Etat. Pourtant, partout sur Terre, y compris en France, la gestion du  réseau est de plus en plus remise à des entreprises privées. Or, comme à chaque fois que l’on confie un service d’intérêt public à une entreprise privée, les prestations ne peuvent que se dégrader. Et pour cause, une entreprise privée a vocation à faire du profit, ce qui est  complètement antinomique avec l’idée même de service public. Un risque que nous ne pouvons définitivement pas prendre avec une ressource aussi vitale que l’eau. 

– Simon Verdière 

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