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La SF a-t-elle de l’avenir ? , par Catherine Dufour (Le Monde diplomatique, juillet 2017)

ByVeritatis

Août 22, 2022


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James Rosenquist. – « U-Turn into Tomorrow » (Demi-Tour vers demain), 1974

© ADAGP, Paris 2017 – Bridgeman Images

Définir la science-fiction (SF) est une tâche ardue. L’un de ses maîtres, Isaac Asimov, s’y est risqué : « Une branche de la littérature qui se soucie des réponses de l’être humain aux progrès de la science et de la technologie. » Née il y a bien longtemps, puisqu’on aperçoit déjà son ombre dans l’épopée de Gilgamesh (XVIIIe siècle av. J.-C., quand même), elle a connu au début du XIXe siècle une brutale expansion reflétant l’accélération du progrès technique.

Il importe de distinguer deux approches internes au genre : la science-fiction romanesque et la science-fiction de proximité, dont le dernier avatar se nomme « cyberpunk ». La première, du space opera — dont Dune, de Frank Herbert (1965), est un des plus célèbres exemples — au « post-apocalyptique » — comme La Horde du Contrevent, d’Alain Damasio (2004), ou encore La Route, de Cormac McCarthy (2006) —, « peut souvent être décrite par l’expression “ailleurs et demain” (l’exploration spatiale, le futur lointain) ». En revanche, « le cyberpunk voulait parler du monde actuel, de sa violence et des technologies émergentes ». La SF romanesque, qui nous emmène loin de nous-mêmes et du monde que nous habitons, a encore de beaux jours devant elle. Mais qu’en est-il de son alter ego, qui met en scène ce futur proche que nous préparons aujourd’hui ?

Cet autre versant de la SF est une littérature d’« habituation » : elle tente d’apprivoiser le progrès avant qu’il ne survienne, de le précéder en esprit avant qu’il ne s’actualise dans nos vies. L’auteur s’empare d’une découverte scientifique encore en gestation dans les laboratoires et la promène comme une lanterne magique sur le tissu social. L’ombre portée permet au peuple des lecteurs de réfléchir collectivement à l’avenir. Il y eut de grandes œuvres prémonitoires. Pariant sur une évolution technique juste esquissée, des textes majeurs ont su prévoir de très loin le changement de paradigme induit. Citons 1984, de George Orwell (1949), et ses écrans omniprésents (la (…)

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Catherine Dufour

Écrivaine. Dernier texte paru : « Pâles mâles », dans Au bal des actifs. Demain le travail (collectif), La Volte, Clamart, 2017.



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