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des cartables neufs pour les plus modestes


Boussy-Saint-Antoine (Essonne)

Le sac à dos est bien trop grand pour elle mais Fatou s’en fiche : l’adorable petite fille ne veut pas le rendre. « Je vais à l’école ! », répète-t-elle en boucle en sautillant, impatiente de faire sa rentrée des classes. Ça ne sera pas pour cette année : Fatou est encore trop jeune pour intégrer la maternelle. Cela ne l’empêche pas de s’intéresser aux fournitures scolaires amenées par le Secours populaire. 

Nous sommes le 17 août, il est environ 9 h 30, et un bénévole de cette association de lutte contre la pauvreté et l’exclusion vient de garer un camion sur le parking de l’hôtel Jinhka, à Boussy-Saint-Antoine (Essonne). Surnommé le SecoursBus, il amène tous les quinze jours de la nourriture et des produits d’hygiène aux 147 personnes (sans compter 20 mineurs isolés) logeant dans cet hôtel géré par le Samu social.

Comme chaque année à l’approche de la rentrée scolaire, la structure a aussi prévu des cartables remplis de trousses, de crayons ou encore de cahiers. Neufs, tous ces produits sont issus de dons provenant de grandes enseignes. « Les familles qui habitent ici ont très peu de moyens et dépensent le peu d’argent dont elles disposent dans de la nourriture. Et puis, ça n’est pas facile pour les enfants d’étudier dans ces conditions donc on essaie qu’ils se sentent bien en leur fournissant un beau cartable et de belles fournitures », explique Camille Rousselot, responsable de ce SecoursBus qui s’arrête régulièrement dans quatre autres hôtels similaires du département.

Fatou essaie un cartable sur le parking d’un hôtel social en Essonne. © Tiphaine Blot/Reporterre

Devant le camion justement, l’ambiance est chaleureuse malgré le ciel gris souris. De nombreuses mères et leurs enfants font patiemment la queue pour récupérer un ou plusieurs sacs à dos. Leur contenu a été composé en amont, de façon à correspondre aux besoins propres à chaque niveau scolaire : maternelle, primaire, collège ou lycée. Les plus jeunes reçoivent par exemple une ardoise, comme celle que l’on voit dépasser du sac d’un petit garçon aux yeux rieurs. Les collégiens, eux, ont à disposition des compas, des pochettes ou encore des copies doubles.

Le coût de la rentrée scolaire pour un élève de sixième s’élève à 208 euros en moyenne

De son côté, Ibtissem a récupéré deux cartables au motif fleuri pour deux de ses filles, scolarisées en primaire. « Je fais exprès de prendre les mêmes : comme ça, elles ne vont pas se disputer ! » dit cette mère de quatre enfants, enceinte de son cinquième. La trentenaire, qui arbore une veste elle aussi recouverte de fleurs, raconte avec pudeur la difficulté de vivre avec seulement 245 euros d’aides sociales par mois. Acheter des fournitures scolaires relève tout simplement de la mission impossible. D’autant qu’avec l’inflation qui touche la France depuis plusieurs mois, leur prix a largement augmenté : par exemple, le coût de la rentrée scolaire pour un élève de sixième s’élève à 208 euros cette année… soit 4,25 % de plus qu’en 2021.

Abdel, réceptionniste de l’hôtel, aide à décharger le camion du Secours populaire. © Tiphaine Blot/Reporterre

« Cela coûte très cher, surtout au collège avec les listes imposées par les écoles. C’est vraiment difficile pour nous », abonde Nahla, la douceur incarnée. Malgré son absence de ressources, cette mère célibataire fait tout, au quotidien, « pour que (s)es quatre enfants ne manquent de rien ». Sa fille, Rawane, 10 ans, les ongles peints de toutes les couleurs, s’apprête à entrer en CM1 et va avoir un joli cartable pour la rentrée. Elle a choisi le sac qui lui plaisait le plus : celui dans les tons parme. Elle a hâte de retrouver ses copains et copines même si « cette année, les vacances sont passées trop vite ». Un petit garçon accompagné de son papa, lui, est un peu déçu : il voulait un cartable à roulettes mais tous ont déjà été pris.

De nombreuses mères et leurs enfants ont récupéré des sacs à dos pour être prêtes pour la rentrée. © Tiphaine Blot/Reporterre

Que ce soit Ibtissem, Nahla ou encore Fatimata, venue elle aussi chercher deux sacs, toutes ont le même discours : leurs enfants réclament les mêmes affaires que leurs camarades de classe issus de milieux sociaux plus aisés. L’enjeu est symbolique pour ces familles : qui n’a pas souvenir d’avoir vu des élèves subir des moqueries parce qu’ils n’avaient pas les bons vêtements ou le bon sac à dos ? Alors, toutes ces mères le disent : cette distribution de fournitures scolaires neuves est très importante.

Lire aussi : « Pour éradiquer la pauvreté, il faut donner de l’argent aux pauvres »

Surik identifie le même phénomène : « Ma petite sœur est très exigeante à ce niveau-là ! » Âgé de 19 ans, ce jeune homme a dépassé ces considérations matérielles : « Pour moi, un sac est un sac : le regard des autres, ça n’a aucune importance. Je veux juste pouvoir étudier. Et, sans le sac de lycéen que je viens de prendre, je ne pourrais pas suivre mes études : je n’ai pas les moyens d’acheter toutes ces fournitures. » Il vit depuis un an avec ses parents et ses frères et sœurs dans une seule et même pièce de l’hôtel et utilise la quasi-intégralité de sa bourse étudiante pour acheter de la nourriture. « Bosser dans ces conditions-là, c’est dur, mais je n’ai pas le choix », souffle-t-il. Surik nous quitte, pressé de donner à sa fratrie les affaires récupérées. Plus tôt dans la matinée, il avait proposé son aide pour décharger le SecoursBus.

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