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La langue sans nom des Balkans, par Jean-Arnault Dérens & Simon Rico (Le Monde diplomatique, juillet 2017)

ByVeritatis

Août 24, 2022


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Bogdan Pavlovic. — « Lecture diurne », 2013

bogdanpavlovic.com

Le 30 mars dernier, une Déclaration sur la langue commune était présentée à Sarajevo par de nombreux intellectuels de la région, avec pour but d’en finir avec les querelles linguistiques qui divisent les quatre anciennes républiques yougoslaves depuis les années 1990. « Utilise-t-on en Bosnie-Herzégovine, en Croatie, au Monténégro et en Serbie une langue commune ? La réponse est oui », peut-on lire en préambule de ce document, qui précise : « Il s’agit d’une langue commune de type polycentrique, c’est-à-dire d’une langue parlée par plusieurs peuples dans plusieurs États, avec des variantes reconnaissables, comme l’allemand, l’anglais, l’arabe, le français, l’espagnol, le portugais et bien d’autres. » Comme le note le linguiste serbe Ranko Bugarski, « la différence, c’est que chez nous ce sont les variantes qui portent un nom, tandis que l’entité globale, qui n’a plus de statut, a perdu son nom officiel ».

Les réactions n’ont pas tardé. C’est en Croatie qu’elles ont été le plus vives. Lors de son sermon de Pâques, l’archevêque de Zagreb, Mgr Josip Bozanić, a tonné : « C’est une agression contre la langue croate qui prépare une autre agression ! », tandis que la présidente conservatrice Kolinda Grabar-Kitarović assurait que « cette prétendue langue commune est un projet politique déjà mort avec la Yougoslavie ». Du côté serbe, le linguiste Miloš Kovačević lançait : « Si l’on ne donne pas de nom à cette langue, c’est parce que tout le monde sait qu’il s’agit de la langue serbe. » Cet ardent nationaliste considère la langue serbe comme un « trésor » que les peuples voisins chercheraient à « voler ».

À l’époque yougoslave, il n’existait aucun doute sur l’existence d’une langue commune parlée par quelque quinze millions de locuteurs dans les Balkans, sans compter les importantes diasporas. Cette langue portait le nom de « serbo-croate » ou « croato-serbe », et on pouvait l’écrire en utilisant deux alphabets, le latin ou le cyrillique — les deux graphies étant (…)

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