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En Auvergne, 650 motocross vont traverser des zones protégées


26 août 2022 à 09h22,
Mis à jour le 27 août 2022 à 09h50

Durée de lecture : 6 minutes

Luttes
Quotidien

Ils aiment écouter rugir les moteurs le soir au fond des bois. Du 29 août au 3 septembre, la Haute-Loire espère accueillir 100 000 spectateurs aux International Six Days of Enduro (ISDE), dit « Les Six Jours d’Enduro », du nom de cette compétition de moto tout-terrain. Six journées pendant lesquelles 650 « enduristes » venus d’une trentaine de nations vont sillonner à motocross 600 kilomètres en pleine nature. Ces parcours vont leur faire découvrir les vallées cachées du Gévaudan, du Haut-Allier, franchir la frontière avec le département voisin de Lozère… Et traverser plein pot des zones protégées Natura 2000 : presque 100 km de piste traversent les gorges de la Loire, et 6,7 km les gorges de l’Arzon.

« C’est un événement touristique très important pour faire connaître notre département, défend Annie Ricoux, vice-présidente Les Républicains à l’environnement et au développement durable de Haute-Loire. Il y a un enjeu pour attirer des touristes, et montrer qu’on a une belle Haute-Loire avec un espace environnemental très important, qu’on le respecte et qu’on le maintient. » Les associations de protection de l’environnement redoutent pourtant l’impact des bolides sur la faune et la flore des milieux naturels traversés. « On a demandé à éviter ces espaces protégés. Ça nous paraît ahurissant qu’on en soit à faire des compétitions de moto sur des sites Natura 2000 », s’exaspère Jean-Jacques Orfeuvre, vice-président de France Nature Environnement Haute-Loire.

L’épreuve d’enduro est composée d’un parcours à réaliser dans un temps imparti, et des secteurs chronométrés ponctuent le parcours. Pxhere/CC0

La ligne de départ a été tracée en terrain conquis. « L’Auvergne est un spot de France important pour l’enduro, qui est très implanté dans notre département, assure Colette Chambonnet, vice-présidente de l’association SOS Loire Vivante. On est déjà confronté à la pratique des sports motorisés dans les espaces préservés, où l’on constate une fréquentation régulière de moto, de quad et de 4×4. » Les collectivités locales ont toutes mis la main à poche pour soutenir l’événement. La région Auvergne-Rhône-Alpes a accordé une subvention de 150 000 euros à la compétition, le Conseil départemental de Haute-Loire a déboursé 90 000 euros, la Communauté d’agglomération du Puy-en-Velay 50 000 euros, et son Conseil municipal 10 000 euros.

« Ce déni climatique me paraît grave »

Pour Annie Ricoux, l’enjeu écologique est contrebalancé par les gains économiques pour son département. « Notre réseau routier ne nous dessert pas suffisamment. Nous avons été très pénalisés sur l’industrialisation, on est sur une zone verte, très rurale et très touristique », justifie-t-elle. Les organisateurs de l’ISDE prévoient 3,5 millions d’euros de retombées économiques directes. Une estimation basée sur la précédente édition des Six Jours d’Enduro à Brive-la-Gaillarde (Corrèze) en 2017.

La promotion de ce loisir énergivore et polluant exaspère les associations de défense de l’environnement. En particulier au terme d’un été caniculaire ravageur pour la biodiversité. « Ce déni climatique me paraît grave, dénonce Jean-Jacques Orfeuvre. On est dans une urgence absolue à freiner le réchauffement climatique, qui produit des épisodes de sécheresse et qui oblige à réduire les consommations de pétrole et d’énergie. Il imposerait de mettre la sobriété au cœur de nos pratiques. »

400 tonnes de CO2 seront émises par les motocross. Wikimedia Commons/CC BYSA 4.0/Jacques Dancede

Quelles sont les mesures prévues pour limiter l’impact de la compétition ? Contacté, le comité organisateur de l’ISDE n’a pas répondu à Reporterre. Ses représentants ont assuré auprès de nos confrères de Zoom d’Ici nettoyer, sécuriser et baliser chaque tracé pour protéger les espaces traversés. Des ponts temporaires ont été construits au-dessus des rivières pour éviter aux motos d’abîmer leur lit. « Ce sont les enduristes qui tracent les chemins et qui évitent leur disparition. Eux respectent l’environnement », a lancé avec aplomb le député LR de la Haute-Loire Jean-Pierre Vigier, selon Zoom d’Ici. « On ira faire le tour des chemins pour s’assurer de l’état dans lequel ils nous sont rendus, avant de régler le dernier tiers de la subvention », prévoit Annie Ricoux.

Dominique Gauthier, le coprésident du comité, a promis que les 400 tonnes de CO2 émises par les motocross seront compensées par l’implantation d’une parcelle de 170 000 m² de pins laricio en Corse. Une stratégie théoriquement bénéfique, mais qui n’incite pas à la réduction d’émission et « devient un levier d’inaction climatique », expliquait à Reporterre Myrto Tilianaki, chargée de plaidoyer chez l’ONG CCFD-Terre solidaire.

SOS Loire Vivante redoute également l’après-compétition. Théoriquement, les pilotes ne doivent pas divulguer le détail des tracés en zone Natura 2000, et leurs balisages seront retirés une fois le mondial achevé. Dans la pratique, l’ouverture du sentier au travers des espaces protégés peut inciter les amateurs à les essayer. « À Brioude, les gens venaient refaire les circuits ouverts par le mondial de 1980 », précise Colette Chambonnet.

Les associations écologistes misent sur la touche

Depuis janvier, les associations écologistes ont écrit cinq courriers à la préfecture pour obtenir le tracé précis des parcours et l’étude d’incidence de l’ISDE. En réponse, la préfecture et les représentants des trois clubs organisant le mondial les ont invitées à deux réunions. « Le climat cherche à être apaisé et constructif, constate Colette Chambonnet. Le comité d’organisation est venu dans nos locaux le 21 juin pour présenter les parcours et des éléments de l’étude d’incidence, mais les informations étaient partielles, les tracés très schématiques, aucun document détaillé ne nous a été fourni. Cela nous a toutefois permis de partager nos inquiétudes. »

« On a l’impression qu’ils ne jouent pas le jeu, confirme le vice-président de FNE Haute-Loire. Nous sommes une association agréée, présente dans les commissions environnementales. Là on a été exclus de toutes les réflexions. On n’a pas eu accès aux études préparatoires. C’est affligeant : on regroupe une dizaine d’associations sur le département et il y a un bouclier pour qu’on ne mette pas notre nez dans ces réunions de travail. »

À moins de deux semaines du championnat, les associations de défense de l’environnement viennent seulement de recevoir l’ensemble des documents nécessaires pour jauger son impact. Un calendrier serré pour étudier ou contester les circuits et les efforts environnementaux entrepris par le mondial d’enduro. Un tempo surprenant venant des passionnés de vitesse.

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