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La troisième mort du porte-avion français “Foch”

ByVeritatis

Août 29, 2022


Commandé en 1955, lancé cinq ans plus tard et armé en 1963, le porte-avion français “Foch” s’apprête à connaître la même fin laborieuse que son jumeau, le “Clemenceau”. Parti le 4 août des cotes brésiliennes, il se rendait vers la Turquie pour y être démantelé, après cinq ans d’inactivité. Mais par crainte des conséquences environnementales d’un tel projet, la grogne écologiste turque a convaincu son gouvernement de refuser l’entrée du navire dans les eaux territoriales du pays. Le 26 août dernier, le ministre de l’Environnement turc a donc interrompu ce qui devait être l’ultime voyage du bâtiment militaire, alors que celui-ci était déjà au large du Maroc.

Pour rappel, le “Foch” a été vendu au Brésil en 2000, après 37 ans de services rendus à la Marine nationale française. Là-bas, il est renommé “Sao Paulo” et subsiste tant bien que mal pour la Marinha do Brasil. En 2014, les Brésiliens prévoient de le remettre en état pour qu’il dure jusqu’en 2039, avant de prendre conscience de l’ampleur de la tâche et d’abandonner. En 2017, le navire est désarmé et le Brésil cherche à s’en débarrasser. En 2021, c’est l’entreprise Cormack Maritima, agissant pour le compte du chantier naval turc SÖK Denizcilik, qui s’empare de la coque du navire pour la modique somme de 1,6 million d’euros. Très rapidement, écologistes et syndicats se liguent pour protester contre cette acquisition qui sent l’amiante…

Pour autant, Ankara livre une autorisation à Brasilia le 7 juin 2022, laissant espérer une fin “heureuse” pour le “Foch”. Deux mois — et de nombreuses manifestations — plus tard, le ministère de l’Environnement turc demande la remise d’un nouvel “inventaire des substances dangereuses” au Brésil, ce à quoi ce dernier répond brièvement : “Trop tard”. Le navire devait arriver au port d’Izmir le 10 septembre.

Enfin, le vendredi 26 août dernier, le ministre de l’Environnement Murat Kurum annonce officiellement que “le navire ne sera pas autorisé à entrer dans les eaux territoriales turques”. “L’annulation du ministère turc résulte très directement de la mobilisation citoyenne de ces dernières semaines”, se félicite l’avocat Arif Ali Cangi, membre du collectif d’associations écologistes et de chambres professionnelles d’Izmir ayant lancé une action en justice contre le ministère.

C’est ainsi que le “Foch” subit le même sort que son jumeau avant lui, qui s’était fait refouler des eaux indiennes pour les mêmes raisons, une vingtaine d’années plus tôt. Par les temps qui courent, difficile d’imaginer que les barrières écologiques viendraient à s’abaisser. Pour autant, le site Opex360 cite les propos du haut fonctionnaire français Alain Juillet pour souligner un paradoxe : “L’affaire du Clemenceau est emblématique à cet égard. Les Américains viennent de désamianter un porte-avions et de le couler à Pearl Harbor, mais aucune ONG n’a émis la moindre critique. Sur le chantier où devait être démantelé le Clemenceau, un très gros vaisseau de transport de troupes britannique, le Sir Galahad, amianté comme tous les bâtiments de guerre, est en train d’être découpé, mais les militants de Greenpeace n’ont pas protesté lorsqu’il est passé par le canal de Suez”, déplorait-il en 2006.

Deux possibilités s’offrent désormais au “Foch” : ou bien Brasilia communique en urgence les documents réclamés par Ankara, ou bien il fait demi-tour et attend qu’une nouvelle procédure soit lancée…





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